‹ Problèmes de morale socialeChapitre 146 sur 228 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qu'il n*y a aucune illégitimité absolue à invoquer contre elle, M. de Broglie nous montre à merveille que cette peine court risque à chaque instant de paraître illégitime, puisqu'elle peut cesser d'être nécessaire, qu'elle a contre elle la présomption dans la plupart des cas, que c'est par conséquent une peine vicieuse, funeste; et il presse le législateur de travailler constamment à en purger son œuvre. Dès 1826, il prétendait que le moment était venu où l'abolition de la peine de mort était une idée mûre, qu'il fallait l'établir définitivement sur le terrain des idées qui s avouent et des choses qui peuvent se faire. De même, M. Franck termine son livre par ce noble vœu qu'une peine non garantie contre la faillibilité des jugements humains, disparaisse de nos pratiques et n'épouvante plus la conscience par la possibilité d'erreurs irréparables.

Mais les magistrats ne se rendent pas encore, loin de là; ils reculent dans les âges futurs l'époque où l'échafaud pourra être impunément renversé. Et qu'on le sache bien, nous prenons ici nos témoins parmi les représentants les plus autorisés d'une magistrature éclairée, pénétrée de toutes parts des idées philosophiques, nullement réfractaire à un légitime progrès. A ces titres, de pareils témoignages doivent être pris en très-sérieuse considération. Je sais ce qu'on dira : A force de vivre face à face avec les crimes, les juges finissent par en voir partout. — A quoi les magistrats répondent, non sans raison, que les philosophes, vivant dans leur cabinet, finissent par ne plus voir l'envers de la société, et que cet envers est bien laid. De part et d'autre, il peut y avoir une certaine

part d'exagération et d'illusion en deux sens con-^ traires.

Quoi qu'il en soit, les magistrats sont à peii près unanimes à déclarer, en France au moins et pour le temps où nous vivons, que ce serait une vraie calamité sociale d'abolir prématurément la peine de mort, qu'il serait fort dangereux de devancer à cet égard des idées et des mœurs qui ne sont nullement préparée^, dans certaines classes, à. cette funeste réforme, que c'est se payer de généreuses illusions que d'imaginer notre société comme portée si avant dans les voies du progrès, et de croire â la douceur absolue de nos mœurs, à la répugnance croissante pour le sang versé. Ils insistent sur ce fait, que la profonde connaissance qu'ils ont du personnel des prisons leur permet de certifier avec autorité, à savoir que la plupart de ces caractères pervertis ne s'arrêtent sur la limite qui sépare les délits du crime que par la crainte de la mort. A leur gré, c'est une singulière erreur de croire que les criminels ne redoutent pas l'échafaud. Les raws exemples, toujours les mêmes, de ceux qui ont mieux aimé la mort immédiate que l'emprisonnement à long terme, ne prouvent que la lassitude extrême de certaines volontés épuisées. Ce n'est pas la marque d'un sentiment général, mais le signe particulier d'un tempérament fatigué de lutte. Au contraire, le grand nombre des coupables ne redoutent que le dernier châtiment; seule, la crainte de mourir les empêche de transformer le vol en assassinat. Il n'y a que Virréparable qui puisse encore agir sur ces imaginations brutes; en toute autre espèce de châtiment, indifférents à l'infamie, ils ne sont sensibles qu'à lespoir qui

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