‹ Problèmes de morale socialeChapitre 15 sur 228 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

une théorie à la fois expérimentale et déductive de nos droits et de nos devoirs, et voilà leur morale fondée. Le procédé est identique.

Un autre trait de ressemblance entre la philosophie positive et la Morale indépendante, c'est la prétention à la neutralité et l'impossibilité pour l'une et pour l'autre de s'y maintenir. Le positivisme avait commencé par se déclarer absolument neutre entre les divers systèmes et même les diverses tendances de la métaphysique. Dans la pensée d'Auguste Comte, fidèlement reproduite par les premiers successeurs, la philosophie positive ne devait pas être plus hostile au spiritualisme qu'au matérialisme ; entre les deux elle devait garder l'équilibre. Au delà des faits positifs étudiés et classés par des sciences qui devaient elles-mêmes s'ordonner dans une savante hiérarchie, s'ouvrait la région de l'infini et du mystère. On ne la niait pas, on en permettait même l'accès à l'imagination, à la poésie et à la foi. On ne l'interdisait qu'à la science. A l'égard de ce mystérieux au delà, le positivisme doctrinal se résumait dans l'absence complète, scrupuleuse, de négation et d'affirmation, dans un état d'équilibre parfait. Voilà la limite marquée d'une maiiy^irconspecte et ferme. Mais, dans le fait, cette limite n'a pu être longtemps observée ; elle a été envahie, violée sur mille points. L'expérience systématisée est devenue bientôt sinon une métaphysique, du moins la négation formelle de la métaphysique. Pouvait-il en être autrement? C'est une loi de l'esprit humain qu'en toute chose, il ne peut se tenir longtemps dans ce milieu purement idéal. Particulièrement dans cet ordre de questions philosophiques la neutra-

lité absolue est une pure chimère, elle est toujours plus près de la négation, et quand l'équilibre est rompu, c'est toujours du même côté. La même loi s'accomplit dans le parti de la Morale indépendante. Entre le spiritualisme et les doctrines opposées, il a prétendu d'abord à Téquilibre ; mais là aussi on n'est arrivé qu'à un équilibre instable, et pour quiconque a suivi les manifestes de la nouvelle école, il est trop clair que ce n'est pas du côté du spiritualisme qu'elle penche. Rien, au fond, de plus logique et de plus naturel. On a commencé par déclarer parfaitement inutiles, au point de vue du problème moral, toutes les spéculations métaphysiques, et comme l'on proclamait en même temps que la science morale était Tunique nécessaire, cela équivalait clairement à dénoncer comme oiseux ce genre de curiosité à une génération positive et affairée comme la nôtre. Or, l'esprit humain se désintéresse vite de ce qu'on lui signale comme inutile. Il n'aime pas perdre en rêveries creuses sa peine et son temps. Par une transition insensible, il arrive à nier ce qu'il a d'abord dédaigné, et voilà comment la neutralité de la Morale indépendante s'est transformée, comme celle du positivisme, en une véritable aversion contre la philosophie spiritualiste. L'indifiTérence proclamée touche de près, dans cet ordre de questions, à l'hostilité déclarée.

LA MORALE INDÉPENDANTE (suito). — EXAMEN DE SES THÈSES

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