CHAPITRE XI
des éléments du progrès, ni Jean-Jacques Rousseau, qui mettait l'âge d'or dans l'état de nature, ni Diderot, qui dans'^V Encyclopédie n'a fait aucune place au mot nouveau de perfectibilité^ aucun d'eux n'a eu le pressentiment du grand rôle que cette idée allait remplir sur la scène du monde*.
Voltaire n'a que des railleries contre elle, toutes les fois qu'il la rencontre sur sa route. « Cette scène du monde presque de tous les temps et de tous les lieux, écrit-il à M. de Bastide, vous voudriez la changer ! Voilà votre folie, à vous autres moralistes ; le monde ira toujours comme il va. » Son unique remède au mal, c'est un gouvernement fort « qui pourrait pourvoir à tout. » Sa théorie des grands siècles, qui s'élèvent comme des colonnes isolées audessus du niveau bas et commun de l'histoire, n'est pas autre chose que l'ancienne théorie de la grandeur et de la décadence des civilisations. Pourtant il reconnaît un certain progrès, mais d l'usage restreint des grands seigneurs éclairés et des bourgeois riches, c'est le progrès des lumières, TafFranchissement de toute foi positive et de tout joug religieux, bons à conserver pour les petites gens. « La raison triomphera, écrit-il à d'Alembert, au moins chez les honnêtes gens; la canaille n'est pas faite pour elle. » C'est aussi d'un progrès purement philosophique, dans le sens de l'émancipation religieuse, qu'il s'agit dans le livre d'un contemporain célèbre de Voltaire, le Voltaire et le Diderot de l'Allemagne, Lessing, qui dans son Éducation du genre humain trace les linéaments d'un christia-