‹ Problèmes de morale socialeChapitre 17 sur 228 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

listne; il prend dans Tesprit humain la notion d'étendue, telle qu'il la trouve, il Tétudie, il la traite par le raisonnement ; il en tire une science parfaitement distincte de toutes les autres, ayant ses axiomes à elle, ses définitions à elle. Que lui importe que l'étendue soit conçue a priori, comme l'étendue intelligible de Malebranche, ou qu'elle soit due à une abstraction pure et simple, opérée sur l'idée du corps? Il n'est ni idéaliste, ni sensualiste, il est géomètre; il prend cette notion telle qu'elle se présente à première vue à toutes les intelligences, il en analyse les caractères, qu'il définit, il en déduit les propriétés. Qu'on se représente comme on voudra la nature des choses, qu'on explique par tel ou tel système l'origine du monde, il n'a de cela nul souci. Il n'a en face de lui qu'une notion abstraite et isolée ; dès qu'il a tiré de cette notion ce qu'elle contenait, sa tâche est finie; sa démonstration est achevée, si elle est telle qu'on n'y puisse rien changer. Il en doit être, à ce qu'on prétend, du moraliste comme du géomètre. Il n'a pas à s'occuper de l'origine de la loi. Il la saisit comme un fait, il prend le fait moral tel qu'il se trouve dans la conscience ; tout son office est d'en déduire, par voie d'analyse, les conséquences et les explications. Le spiritualisme ou le matérialisme ne sont pas plus intéressés dans la série des théorèmes moraux ainsi déduits qu'ils ne le sont dans le théorème sur le carré de l'hypothénuse.

Cette assimilation de la morale aux sciences exactes, à la géométrie, par exemple, est-elle soutenable un seul instant? Il est possible, nécessaire même, d'isoler l'objet de la géométrie de toute conception méta- ' physique; cela n'est pas possible pour la morale. On

PROBLÂMBS DE MOBALB SOCIALE. 3

peut être excellent géomètre tout en étant médiocre philosophe et même sans être philosophe à aucun degré. Avec la spécialité de ses données, la spécialité de sa méthode, de ses démonstrations, et des aptitudes d'esprit qu'elle exige, la géométrie ne relève absolument que d'elle-même. Elle n'emploie et ne doit employer que la considération abstraite de l'espace où elle place la diversité infinie des figures et conçoit les propriétés de chacune d'elles. En est-il ainsi pour la morale ? Et peut-on tenir cette gageure impossible que la nature et les conditions de cette science soient identiques à celles de la géométrie?

La morale ne saurait s'isoler des sciences philosophiques, parce que l'objet qu'elle étudie, ce n'est pas ' une notion abstraite comme celle de la géométrie, c'est l'homme. Cela se pourrait peut-être à la rigueur, par un effort difficile à concevoir et tout artificiel, en prenant pour point de départ la loi, sans se préoccuper de ses origines, ni des résistances ou des points d'arpui qu'elle peut trouver dans le cœur humain, ni des sentiments qu'elle y excite, ni du respect qu'elle inspire ou des espérances qu'elle fait naître irrésistiblement, ni des rapports actuels et possibles de l'homme avec l'universalité des choses qui l'entourent, c'està-dire en traitant la loi morale et l'homme comme deux abstractions. — Mais la chose est impossible si Ton considère la science morale autrement que dans la suite purement logique de ses théorèmes, dans sa réalité complète et dans toute son étendue, c'est-à-dire dans la nature des données qu'elle comporte, dans la diversité infinie de ses applications, dans l'extension légitime de ses conséquences poussées jusqu'à leur

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