‹ Problèmes de morale socialeChapitre 171 sur 228 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

appliquées à d'autres moments de l'histoire, deviennent des préjugés à rebours, des préjugés rétrospectifs. M. Littré se moque spirituellement de cette manie des publicistes ignorants d'importer, à tort et à travers, le présent dans le passé et le passé dans le présent. Il dénonce le point de vue étroit du dix-huitième siècle, qui est resté celui de plusieurs de nos historiens ou de nos critiques, d'après lequel on s'enorgueillit, commed'un mérite, de la supériorité de ses lumières, condamnant les époques antérieures à 1 ignorance et à la barbarie, sauf quelques siècles de l'antiquité grecque ou latine. Il raille l'école révolutionnaire, pleine de haine et de dédains si injustes pour le moyen âge, et qui ne pourra sortir de l'état polémique stérile et négative où elle se débat aujourd'hui « qu'en honorant comme il convient la période de domination du catholicisme », en essayant de comprendre les raisons qui ont rendu la féodalité nécessaire, les mêmes au fond que celles qui la rendent impossible aujourd'hui. C'est là un principe scientifique d'impartialité, un élément désormais acquis dans les théories sérieuses du progrés.

MM. Buckle et W. Bagehot se rattachent par plus d'un point à l'école positiviste. VHisioire de la civilisation en Angleterre a marqué une ère importante dans son développement*. Les cinq premiers chapitres de Touvrage contiennent toute la théorie philosophique de M. Buckle, et d'abord la démonstration de ce principe que la suite de l'histoire est soumise à des

1. Bucklé'8 History of civitizatian in Englandy chapters, i-vi, new édition, 1871.

lois générales qu'il est possible de découvrir. Ce principe, nous le connaissons déjà, c'est le déterminisme. Les actions de Thomme se produisent avec la régula* rite des autres phénomènes, c'est-à-dire qu'elles sont des phénomènes naturels : sans cela, il faudrait admettre qu'elles procèdent du hasard ou d'une intervention surnaturelle, ou du libre arbitre, trois conceptions complètement condamnées, nous dit-on, et qui n'ont servi jusqu'à présent qu'à empêcher la science historique de se former. Les actions humaines, n'étant ni arbitraires, ni libres, ni asservies par un agent supérieur, ne dépendent que de leurs antécédents : dès lors elles doivent présenter ce caractère d'uniformité qui constitue précisément l'essence de la loi. Étant donné les mêmes circonstances, les mêmes résultats doivent se produire, — ce qui permet d'une part la détermination des lois historiques, que l'on déclare impossible sans cela, d'autre part la prévision certaine de l'avenir, qui deviendra possible quand toutes les circonstances seront connues, c'està-dire quand tous les éléments du calcul nous seront donnés.

Jusqu'ici, M. Buckle ne fait que se conformer à la tradition positiviste. Nous avons vraiment lieu de nous étonner que M. Stuart Mill signale cet ensemble d'idées comme ayant provoqué une sorte de révolution dans l'histoire. Tout ce premier chapitre n'est d'ailleurs que le développement pur et simple de Vidée d'une histoire universelle^ un opuscule très-curieux où se révèle le déterminisme de Kant. C'est quand il vient à établir les lois de l'évolution humaine selon les divers pays que M. Buckle montre ses qualités d*inven-

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