CHAPITRE Xn
lion ; il se sépare ainsi des positivistes français. Pour M. Auguste Comte, partout où il y a une évolution sociale, elle s'accomplit uniformément, sous la direction des mêmes lois, celle, par exemple, qui fait succéder Tétat métaphysique à la théologie ou la science positive à la métaphysique. M. Buckle, plus docile aux faits, est beaucoup moins systématique. Il ne fait pas dépendre les progrès de chaque groupe humain de cette loi uniforme de succession entre les diverses conceptions de Tunivers, ce qui est une théorie singulièrement abstraite ; il se tient plus près de la réalité et de la vie. Toutes les actions humaines, selon lui, ont leurs antécédents ; mais il peut y avoir deux sortes d'antécédents. Les variations dans les résultats, dont l'histoire est pleine, les progrès ou les décadences de la race humaine, ses misères ou ses prospérités, . sont l'effet d'une double influence : l'une qui se produit du dehors sur l'esprit, — l'autre qui se produit de l'esprit sur le dehors. Ce sont là les matériaux nécessaires d'une histoire philosophique. D'un côté, nous avons l'esprit humain obéissant aux lois de sa propre existence, et, quand il ne rencontre pas de résistance au dehors, se développant selon les conditions de l'organisation qui lui est propre. D'autre part, nou3 avons ce qu'on appelle la nature, obéissant également à ses lois, mais entrant incessamment en contact avec l'esprit de l'homme, excitant ses passions, stimulant ou énervant son intelligence, don* nant par là même à ses actes une direction qu'ils n'auraient pas prise sans cela. Ou l'homme modifiant la nature, ou la nature modifiant l'homme, telle est la double source qui alimente l'activité humnine.
3;i6 PROBLÈMES DE MORAr.E SOCIALE.
Quelle est de ces deux influences la plus importante ? La question est complexe : dans les civilisations orientales, et généralement dans les civilisatioQS placées en dehors du courant européen, M. Buckle établit, avec une richesse singulière de preuves et d'exemples, que le principal agent est l'imagination, laquelle est placée sous la dépendance immédiate de la nature. Dans l'Europe, au contraire, c'est l'intelligence' qui prédomine et qui est le ressort moteur de notre grande civilisation occidentale. Ce sont donc ici, les lois mentales qui sont les plus importantes à connaître et à établir ; mais il y a deux espèces de lois mentales : elles sont intellectuelles ou morales. Or, une comparaison Bcientitîquemeat instituée par l'auteur l'amène à conclure que les lois intellectuelles l'emportent de beaucoup dans l'œuvre de la civilisation sur les lois morales. La seule cause véritable du progrès humain, c'est la découverte des vérités scientiflques. C'est l'intelligence seule qui arTrancbit le genre humain de ses misères et de ses servitudes. C'est elle qui dompte la nature et tourne ses forces au bien-être de l'homme; c'est elle qui a tué le monstre de l'intolérance et qui a déshonoré la persécution celigieuse; c'est elle qui tuera un jour le fléau de la guerre : elle l'a déjà, nous assure-t-on, fortement entamé par ces trots grands faits tout intellectuels : l'invention de la poudre à canon, l'économie politique, la vapeur. Les prétendues vérités morales ne sont pour rien dans ces pro-
1. i. Two leading hcH bave been estsblished, which broadiy separale Europe from other parts of the worW. The civilizations e.xterior lo Europe a ir> Eiimpoby tbLiu