CHAPITRE XII
grès. Immobiles, invariables, fixées une fois pour toutes, comment pourraient-elles contribuer au progrès, quand elles-mêmes y sont par nature étrangères et en paraissent incapables pour leur propre compte? Les religions, les littératures, les formes politiques, ne représentent également qu'une influence fort lointaine ; elles sont elles-mêmes des effets d'un état social déterminé, non des causes. L'intelligence seule, sous la forme de la science, est la maîtresse de l'histoire, parce qu'elle est la maîtresse de la nature. C'est le dernier mot de cette puissante dialectique qui a soulevé à travers l'Angleterre et l'Ecosse des- tempêtes de polémique, — et dont M. de Tocqueville avait le pressentiment exact quand il signalait dans sa correspondance cet inconnu qui passait du premier coup « à Tétat de lion de première taille ». — ^Voilà un positivisme conséquent jusqu'au bout. Il élimine de la théorie et de l'histoire du progrès la liberté et la morale, considérée soit comme sentiment, soit comme doctrine. La liberté est une chimère. On ne dit pas que la morale en soit une ; mais son influence dans l'évolution des sociétés est nulle quand elle n'est pas prépondérante : elle est funeste quand elle domiae. M. Bagehot se rattache à l'école expérimentale de son pays, très-voisine du positivisme, en ce sens qu'elle prétend appliquer à tous les problèmes de l'ordre moral les procédés et les méthodes de l'histoire naturelle. Ce caractère est bien marqué dans le titre même de son dernier ouvrage : Les lois scientifiques du développement des nations dans leurs rapports avec les principes de la sélection et de rhérédité. Le savant auteur nous avait montré, dans une étude célèbre sur la constitution an-
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glaise, un rare esprit d'observation exacte et de subtile discussion. Dans le livre que nous avons sous les yeux, il fait un pas de plus. C'est l'esprit d'observation réglé et dirigé par les théories les plus récentes des Bciences positives. C'est l'application rigoureuse du darwinisme à l'histoire. Le premier chapitre résume en traits expressifs cette philosophie du progrès : de même que la science géologique essaye de retrouver dans chaque parcelle de terre la trace des forces qui y ont laissé leur empreinte et qui l'ont faite précisément telle qu'elle est, de même la science historique doit traiter l'homme lui-même comme une antiquité. Elle doit essayer de lire, elle commence à lire, dans l'ensemble de tous les éléments qui composent chaque homme, un résumé complet de l'histoire de sa vie entière, la résultante d'une foule d'actions et de modifications antérieures accumulées dans les siècles écoulés.
La physiologie vient ici en aide à l'histoire. Elle a découvert ce pouvoir, — sur lequel est fondée l'éducation, — que possède le système nerveux de faire passer dans l'organisation des actions volontaires en les transformant en actions plus ou moins inconscientes, c'est-à-dire réflexes. Le corps de l'homme, après l'éducation, est rempli de propriétés qui y sont comme emmagasinées, et de facultés acquises qui s'exercent sans que la conscience y ait part. La même chose arrive pour la race. Il existe une tendance en vertu de laquelle les descendants de parents cultivés auront une plus grande aptitude à la culture que les descendants de parents non cultivés. Si Ton n'admet pas cette idée, on ne comprendra jamais le tissu connectif de la civù lisation. Là rét^JftJMl^ttiawB agissante qui relie