‹ Problèmes de morale socialeChapitre 213 sur 228 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Montre-toi, Jupiter, éclate alors, fulmine Contre ce fugitif à ton joug échappé.

Refusant dans ses maux de voir ta main divine, Par un pouvoir fatal il se dira frappé.

U tombera sans peur, sans plainte, sans prière, Et quand tu donnerais ton aigle et ton tonnerre Pour l'entendre pousser au fort de son tourment Un seul cri qui t'atteste, une injure, un blasphème, Il restera muet; ce silence suprême Sera ton châtiment.

Promélhée n'est qu'une belle imprécation; mais c'est tout un drame lyrique, en quatre parties, que Mme Ackermann a consacré à la grande figure et au grand nom de Pascal. Le SphincOy la Croix, Vlncomwe^ le Dernier Mot^ voilà les divisions de cette œuvre, la plus étendue et l'une des plus audacieuses du livre. Ici les anathèmes redoublent : ils ne s'adressent plus à un dieu mythologique, à un dieu de convention, au vainqueur des titans; ce ne sont plus des foudres inoffensives que le poëte va provoquer. Ses coups portent plus haut; c'est jusqu'au Dieu de l'Évangile que remontent les apostrophes de son impiété et les sacrilèges fureurs de sa poésie. C'est la croix qu'il veut abattre, la croix libératrice qui s'élève à ce sommet sublime où se fait le partage des deux mondes, le monde antique avec Tesclavage et la haine, le monde moderne avec l'égalité des âmes et la loi de l'amour. Toutes les fois que le poëte touche à l'idée chrétienne, c'est avec une émotion particulière qui justifie ce mot profond de Joubert : a On ne peut ni parler contre le Christianisme sans colère, ni parler de lui sans amour. )» S'il faut accepter la sombre al-

die PROBLÈMES DE MORALE SOCIALE.

ternative posée par Pascal : croire ou désespérer, eh bion ! le poëte aime mieux désespérer ; mais d'abord il décrit la lutte de Pascal avec le sphinx. Dans cejiâle et frêle chrétien qui l'a défié, le sphinx est tout surpris de trouver un athlète héroïque.

Quels assauts! quels ëlans ! Jamais lutte pareille Ne s'était engagée & la clarté des deux!

Parfois le spliius, outré d'une telle assurance, Tentait de t'arracher un rêve, une espérance, Tu ne lâchais pas prise, et l'animal ailé De ses ongles en vain labourait ta poitrine; Tu regardais couler ton sang avec transport, Dans tes bras déchirés pressant la foi divine, Et tu livrais tes flancs pour sauver ton trésor.

Pascal est vainqueur. Que va-t-il faire de sa victoire 1 Un hommage à la terreur insensée qui va tout prendre, sa force, sa volonté, sa raison. Cette vie cependant si pleine de luttes terribles et de dévorantes austérités, elle eut son heure d'enchantement. La légende d'un amour profond et délicat est venue jusqu'à nous. Quelle était cette femme assez belle, assez noble, pour avoir un instant soumis ce cœur si fier ? Les hommes ont à peine murmuré un nom :

L'image fugitive à peine se dessine;

C'est un fantdme, une ombre, et la forme divine

En passant devant nous garde son voile au front....

Si la triste et chaste inconnue ^ut qu'elle fut aimée et par qui, quelle dut être BonmuH, et quel dut L-lru aussi son eiïroil^^l^ûlÉfl^^ttnttmiM vinrent

Page 1