CHAPITRE XV
assaillir rame douloureuse de Pascal, et son amour 8*immola lui-même,
Se croyant un péché, lui qui n'était qu'un rêve!
La foi reprit tout dans ce cœur : aussi quelle dure apostrophe du poëte au dieu jaloux!
Dans ton avidité désastreuse, infinie.
Tu ne lui laissas rien qu'une croix et la mort.
.... Ton rayon devint foudre en tombant sur cette âme;
Il a tout dévoré, l'holocauste et l'autel.
Alors éclate le dernier mot du poëte. Dût la noble cendre de Pascal frémir d^horreur. le poëte veut exprimer les colères que son âme tient amassées. « Oui, tout est vrai, Pascal, dans les sombres peintures que tu fais de Thomme. Voilà bien nos tortures, nos désespoirs, nos doutes ; mais lorsque, nous traînant des sommets aux abîmes, tu nous tiens suspendus entre deux infinis, tu crois que tu n'as plus qu'à dévoiler la foi pour nous voir tomber anéantis sur son sein! Tu t'es trompé, Pascal ! Eh quoi ! peut-on croire qu'il est un Dieu, qu'il dispose de la force infinie, et qu'il assiste aux jeux sanglants de l'arène humaine, imposant le massacre, infligeant l'agonie ? Faudra-t-il donc saluer ce dieu cruel comme le gladiateur mourant saluait César? S'il existe, forçons-le par nos anathèmes à révéler sa puissance et à nous écraser. »
 ces accents désespérés, vouant le monde au néant et condamnant les générations futures à ne pas naître, on croirait entendre un disciple de Schopenhauer. C'est la même inspiration, le même accent, le même mépris furieux pour la réalité et pour la vie. Le monde
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est aussi mauvais que possible, et Toptimisme est « une absurdité criante inventée par les professeurs de philosophie pour se mettre d'accord avec la mythologie des Juifs, qui prétend que tout est bien. » Promenons l'optimiste le plus endurci dans les hôpitaux^, les lazarets, les cabinets d'opérations chirurgicales, dans les cachots, sur les places d'exécution, sur les champs de bataille ; il verra si la vie est autre chose qu'une chasse incessante, où, tantôt chasseurs et tantôt chassés, les êtres se disputent les lambeaux d'une horrible curée, une guerre de tous cdntre tous, une sorte d'histoire naturelle de la douleur qui se résume ainsi : vouloir sans motif, toujours souffrir, toujours lutter, puis mourir, et ainsi de suite dans les siècles des siècles jusqu'à ce que la croûte de notre planète éclate. Qu'il vaudrait bien mieux que le monde, étant si mauvais, n'eût pas été ou qu'il cessât d'être I Lui aussi, Schopenhauer, s'écrierait avec volupté sur les ruines du monde :
Plus d'hommes sous le ciel, nous sommes les derniers 1
Mais cette philosophie du pessimisme peut-elle bien être celle de l'humanité? Ce sont des douleurs tristement privilégiées, des désespoirs aristocratiques qui ne descendront jamais des âpres sommets qu'ils habitent dans l'âme des générations, dans la conscience de l'histoire.
Dieu est détrôné. Â sa place, les lois aveugles et fatales régnent ; du moins il n'y a plus là quelqu'un à maudire, il y a simplement quelque chose à subir. Ces souveraines, si elles nous font du mal, c'est sans le vouloir et sans nous haïr. La raison va-t-elle être