‹ Problèmes de morale socialeChapitre 215 sur 228 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

satisfaite? Le poëte, qui croit être ici la voix de Thumanité pensante, va-t-il abdiquer sa colère? Sa colère, oui. non sa tristesse. Lisez cette page où, pour la première fois, le positivisme a été défini en beaux vers. Si c'est là triompher, quel triomphe morne et quelle peinture de Texpiation 1

Il s'ouvre par delà toute science humaine Un vide dont la foi fut prompte à s'emparer.

De cet abîme obscur, elle a fait son domaine; En s'y précipitant, elle a cru Téclairer.

Eh bien ! nous t'expulsons de tes divins royaumes, Dominatrice ardente, et l'instant est venu.

Tu ne vas plus savoir où loger tes fantômes ; Nous fermons l'inconnu.

Mais ton triomphateur expiera ta défaite.

L'homme déjà se trouble, et, vainqueur éperdu. Il se sent ruiné par sa propre conquête; En te dépossédant, nous avons tout perdu. Nous restons sans espoir, sans recours, sans asile. Tandis qu'obstinément le désir qu'on exile Revient errer autour du gouffre défendu.

Le poëte ne retrouve un peu de calme que dans les rares instants où il oublie Thomme pour contempler la nature dans ses perpétuelles métamorphoses. Il s'élève alors à une sorte de quiétisme scientifique; mais il ne s'y complaît pas et ne s'y arrête pas longtemps. Dans cet ordre d'idées, nous avons remarqué la pièce intitulée le Nuage^ inspirée de Shelley ; l'influence du poëte anglais est sensible dans tout le volume. Aussi bien, s'il eût vécu de notre temps, Shelley eût été l'interprète prédestiné du naturalisme. Ce Nuage est tout un symbole de la doctrine de Tévolu-

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lion. Son histoire n'est-elle pas celle même des forces étemelles en circulation dans le Cosmos, qu'aucune forme ne limite, qu'aucun temps n'épuise, qu'aucun être ne contient, qu'aucun système, aucune formule ne définira jamais, qui échappent à la mort, et pour qui la naissance même n'est qu'une transformation ? « Je change, mais je ne puis mourir, » dit le nuage :

Levez les yeux, c'est moi qui passe sur vos têtes. Diaphane et léger, libre dans le ciel pur; L'aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes. Je plonge et nage en plein azur.

Le voilà; il flotte et voyage comme un mirage errant. L'aurore et le soir le colorent tour à tour. Il est calme et doux comme une vision heureuse. Regardez, maintenant c'est la tempête et l'horreur.

On croirait voir au loin une flotte qui sombre. Quand d'un bond furieux fendant l'air ébranlé L'ouragan sur ma proue inaccessible et sombre S'assied comme un pilote ailé.

La ruine et la mort ont passé sur les cités humaines. Voici maintenant la pluie bienfaisante et la divine fécondité des champs :

; Sur le sol altéré, je m'épanche en ondées, La terre rit; je tiens sa vie entre mes mains. C'est moi qui gonfle au sein des plaines fécondées L'épi qui nourrit les humains.

Où j'ai passé, soudain tout verdit, tout pullule : Le sillon cpie j'enivre enfante avec ardeur.

Je suis onde et je cours, je suis sève et circule, Caché dans la source ou la fleur.

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