CHAPITRE XV
Un fleuve le recueille; mais un désir irrésistible semble le pousser plus loin toujours vers un but inconnu ; il vole à ce but « comme un grand trait liquide qu'un bras invisible a lancé. » C'est l'océan qui l'appelle, qui l'attire, qui l'absorbe amoureusement.
Océan, ô mon père! ouTre ton sein, j'arrive !
Mais le soleil, baissant vers toi son œil splendide, M'a découvert bientôt dans tes gouffres amers. Son rayon tout-puissant baise mon front limpide : J'ai repris le chemin des airs. ^
Ainsi jamais d'arrêt, pas de repos ; la nature, patiente ouvrière, ne fait que dissoudre et recomposer.
Tout se métamorphose entre ses mains actives; Partout le mouvement, incessant et divers, Dans le cercle étemel des formes fugitives Agitant Timmense univers.
Ce petit poëme, à vrai dire, est une exception dans le volume que nous avons sous les yeux. C'est le seul où la philosophie nouvelle s'exprime tranquillement, sans quelque retour mélancolique ou passionné sur le sort qui est fait à l'homme dans l'univers dévoilé par la science. Partout ailleurs le problème de la destinée revient sous toutes les formes agiter le poëte, l'inquiéter dans la paix précaire et factice de ses convictions, jeter dans sa contemplation le trouble et l'effroi . du grand abandon, la révolte de la personnalité humaine contre la loi qui la condamne à une apparition éphémère suivie de l'anéantissement. L'amour et la mort, c'est le texte perpétuel des sombres méditations du poëte, et n'est-ce pas là en effet le double mot
qui résume la destinée terrestre de l'homme : l'ar mour, c'est-à-dire la vie, ses joies les plus pures, ses ivre^es, ses enchantements infinis avec ses aspirations sans borne et ses rêves d'éternité, — la mort, c'est-à-dire l'inévitable lendemain de ces ivresses, le démenti brutal à ces éternités promises, la rupture violente de ces pactes de l'amour oi!i un bonheur isolé de l'autre semblait être le plus cruel supplice, — où la séparation dans le néant semblait être la plus sanglante ironie? L" Amour et la Sîort, c'est le titre d'une des plus belles pièces du recueil, celle où la passion, en lutte avec les idées nouvelles, s'élève le plus haut dans cette lutte et prend, pour ainsi dire, son plus lier élao en s'appuyant sur l'obstacle infranchissable.
Regardez-Iee passer, ces couples éphémèresl Dans les bras l'ua de l'autre enlacés un moment. Tous, avant de mêler à jamais leurs poussidres, Font le mâme serment :
« Toujours I o un mot hardi que les deux ipû vieilliBSOI Avec Élonnement entendent prononcBr.
Et qu'oaent répéter des Et qui vont se
Vous qui vivrez si pei vain déû au néant?
inflexible qui ici-bas? » — E\ — Ils protesl contre la du:
cable nature'