‹ Problèmes de morale socialeChapitre 222 sur 228 · CHAPITRE XV. fc · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. fc

fonde et autrement grave. Il s'agit bien cette fois de notre destinée tout entière, mise comme enjeu suprême dans cette grande partie qui se joue autour de nous, en nous, et dans laquelle, si nous perdons, tout ce que nous croyons, tout ce que nous espérons •est à jamais perdu.

Une autre destinée s'impose à nous, si les doctrines nouvelles ont raison contre notre raison. Il ne faut pas s'y tromper, et toute illusion à cet égard serait une faiblesse d'esprit ou un aveuglement volontaire. Il est plus viril et plus digne de voir les choses telles qu'elles sont, et de prendre son parti en conséquence. M. Max Millier, dans des leçons récentes données à l'Institution royale de la Grande-Bretagne, raillait ingénieusement ces per sonnes qui se dédoublent intellectuellement, eatimant sans doute que la recherche scientifique, quelles que soient les découvertes auxquelles elle aboutit, ne doit jamais toucher les convictions morales ou religieuses. Audacieuses dans leurs idées spéculatives, timorées dans leurs croyances pratiques, quel singulier et ridicule contrasLe ! ce Elles semblent admettre que le monde a été créé deux fois, l'une d'après Moïse, l'autre d'après Darwin. J'avoue que je ne puis adopter cette distinction artificielle, et il me prend envie de poser à ces philosophes de sangfroid la question que le paysan allemand posait à son évêque, qui, comme prince, s'amusait tout le long de la semaine, et, comme évêque, passait le dimanche en prière : « Qu'adviendra-t-il de l'évêque, si le diable arrive et enlève le prince? » — M. Max MûUer a raison. La recherche scientifique n'est pas

un simple délassement intellectuel, et ' les croyances du savant ne peuvent se séparer de celles de l'homme qui est dans chaque savant. « Quand on s'embarque à bord d'un navire, il y faut mettre les deux pieds, on ne peut en laisser un sur la tefre ferme. En quelque lieu qu'il nous conduise, il faut l'y suivre ; en quelque lieu qu'il nous débarque, il faut tenter d'y vivre. La conception du monde et de notre place dans le monde, telle qu'elle a été présentée dans l'école de M. Darwin, ne touche pas seulement aux intérêts de la science, elle va droit au cœur, et doit devenir pour tout homme aux yeux de qui la vérité soit scientifique , soit religieuse , est sacrée, une question de vie et de mort dans la pleine acception du mot. » Tout est sérieux ici, tout doit l'être. Or ce qu'il faut bien comprendre, c'est que -parmi les conséquences extrêmes, mais infaillibles, résolument acceptées déjà par quelques-uns des représentants des nouvelles écoles, la première et la moins contestable est le règne mathématique des forces fatales qui nous produisent, nous régissent et nous dévorent avec la même et implacable indifférence.

Ce qui résulte en effet des généralisations scientifiques les plus fortement liées, les plus logiques, qui ont été produites autour de nous dans ces derniers temps, c'est une idée toute nouvelle de la vie, dans laquelle une suite de phénomènes nous a introduits à une heure donnée, d'où la liaison d'autres phénomènes nous retirera demain, apparitions accidentelles à la surface du temps et de l'espace infinis. Le monde n'est plus ce tout harmonieux où chaque être^ le plus

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