‹ Problèmes de morale socialeChapitre 225 sur 228 · CHAPITRE XV, 4M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV, 4M

tioDs incessantes de la forcQ ne ^rempliront jamais, même pendant Téternité, notre personnalité s'épouvante parce qu'elle se sent là perdue, anéantie.

Pascal, qui a ressenti dans sa grande âme toutes les émotions, j'oserais dire tous les frissons de l'infini, aurait seul pu rendre le désespoir de l'âîne humaine aux prises avec ces implacables pensées. Il éprouvait, à coup sûr, quelque chose d'analogue quand il disait : « Le silence étemel de ces abîmes infinis m'effraie, » ou bien encore : « En regardant tout l'univers muet et l'homme sans lumière, abandonné à lui-même et comme égaré dans ce recoin de l'univers, sans savoir ce qui l'y a mis, ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté dans une île déserte et effroyable, et qui s'éveillerait sans connaître où il est et sans moyen d'en sortir. » Voici que de ces abîmes silencieux une voix s'est élevée. Pascal n'est plus seul, il est sauvé. Mais imaginez un Pascal sans Dieu, un Pascal sans la croix, en face de cette solitude sans bornes, muette et ténébreuse, où dans le jeu immense des éléments, sa personnalité est à l'abandon. Il se sent gagné par le désespoir, par la folie devant ces abîmes, il n'en peut soutenir l'horreur, il va s'y engloutir ; mais quel cri terrible, quel cri déchirant il aura jeté avant de disparaître dans le gouffre 1

Ce cri sera le dernier. Oui, ce Pascal du positivisme pourra jeter encore son désespoir dans un cri suprême. Mais c'est qu'il espère vaguement que les profondeurs inconnues vont s'émouvoir et lui répondre. C'est qu'au fond, et malgré toutes les assurances de la science, il doute encore. Le jour où il ne doutera plus, il

s'irritera plus ; il se résignera à Tinévitable , il s'arrangera de manière à vivre le mieux possible avec lui. L'apaisement se fera, rabaissement plutôt, irrémédiable, définitif, si les nouveaux dogihes peuvent jamais établir leur empire. On prendra une autre forme d'esprit, d'autres habitudes mentales; on s'acclimatera dans d'autres régions de sentiment et d'idée. La folie mystique, les rêveries spiritualistes seront bien déracinées cette fois ; il n'y aura plus qu'un rêve et qu'un idéal, l'amélioration de la vie humaine dans les bornes étroites où l'a mesurée le rhythme de la force élémentaire, principe aveugle, règle inconsciente de tout être, de tout phénomène, de toute vie. L'industrie et la science seront les seules divinités, visibles et tangibles, de ce monde nouveau. Pour cela, il faudra refaire une autre humanité, on nous le promet. Nous attendons les prophètes à l'œuvre ; mais nous savons d'avance qu'on n'obtiendra rien tant qu'on aura laissé subsister ce mystérieux au delà conservé sous des noms différents dans les nouvelles écoles, même les plus hostiles à toute idée transcendante ou mystique, — soit Yimmensité vaguement montrée par M. Littré à l'horizon des phénomènes, au bord de laquelle il s'efforce de retenir l'esprit humain, ce vide à la limite de toute science « où la foi avait placé ses vains royaumes », « ce gouffre défendu », autour duquel erre éternellement le désir exilé, — soit cette région de V inconnaissable^ décrite par M. Spencer comme s'il la connaissait, où il place le principe anonyme des choses, la source inépuisable de la force, principe et pouvoir à la fois réel et inaccessible que l'on nous indique et que l'on nous interdit à la fois, comme pour

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