CHAPITRE IL
d'autres mouvements matériels, qu'il appartient à la physique d'analyser, et qu'elle a déjà saisis dans leurs plus importantes manifestations.
En vain direz-vous aux matérialistes qu'ils se trompent, et grossièrement, puisqu'ils se trompent contre un fait. De quelle autorité^ voulez- vous que soit votre affirmation isolée contre un système qui prétend n'être qu'un vaste ensemble de faits liés entre eux par la plus rigoureuse observation ? — Il faudra bien convenir qu'un fait psychologique ne s'analyse pas comme un fait matériel. Le physicien observe le phénomène, il le constate avec la précision que peuvent donner la mesure et le nombre. Le psychologue observe aussi, mais comme ici tout est plus variable et plus compliqué ! Une fausse idée sur la nature ou sur l'homme a d'incalculables conséquences pour le résultat de l'observation. Là où vous voyez une cause libre, le matérialiste ne voit que le dernier retentissement d'une vibration. Il s'agit du même fait pourtant; mais la doctrine philosophique dont chacun dépend à son insu diffère chez les deux observateurs, et le même fait se prête à deux interprétations opposées.
J'ai donc le droit de dire aux défenseurs de la Morale indépendante, contempteurs de la métaphysique : Par cela même que vous prenez votre point de départ dans la liberté, vous verrez se dissoudre aussitôt cette unanimité si désirable des hommes que vous prétendez réunir sous la même loi, réconcilier dans le même devoir et le même droit. Vous n'aurez pour vous ni les positivistes qui suppriment l'inutile question de la liberté, ni les matérialistes qui suppriment la liberté elle-même. De gré ou de force, vous prenez parti. Si
rhomme est libre, vous déclarez par là qu'il n'est pas vrai que l'histoire du monde se résume dans la physique. Vous brisez la trame de la nécessité; vous y insérez un ordre de choses entièrement nouveau. Dès lors vous aussi vous vous déclarez contre cette loi de déterminisme universel, sous l'empire de laquelle les causes disparaissent et l'humanité n'est que la dernière dépendance de la nature. Mais alors pourquoi mépriser la métaphysique, puisque vous en faites vousmêmes, en affirmant ce monde invisible, des causes que répudie l'empirisme conséquent? C'est qu'en effet la métaphysique est inévitable, elle nous saisit partout, même quand nous y pensons le moins. Elle ne réside pas seulement dans les spéculations abstraites de la raison, elle se retrouve à chaque instant dans la science et dans la vie, elle est mêlée aux faits les plus élémentaires de l'existence psychologique. Elle est impliquée dans cette première affirmation de la Morale indépendante, qu'il existe un univers des âmes, un monde des libres volontés.
Ainsi, dès le premier pas, cette doctrine est prise en contradiction avec son principe, en jQagrant délit de métaphysique. La liberté est un fait réel, sans doute, mais c'est un fait d'un genre particulier et d'une portée extraordinaire, puisqu'il nous introduit immédiatement dans l'invisible région des causes. — La seconde proposition de la Morale indépendante est relative à l'origine de la loi.
Ici encore nous allons voir ce qu'il faut admettre de cette prétention de s'enfermer rigoureusement dans la méthode empirique et de n'emprunter ses principes qu'à l'ordre des vérités do fait. En toute occasion, les