‹ Problèmes de morale socialeChapitre 30 sur 228 · LdL Morale indépendante, année 1866-67, p · texte numérisé non relu

LdL Morale indépendante, année 1866-67, p

égale à la sienne, pour lui résister et lui faire sentir la nécessité des égards mutuels par le péril de sa résistance ?

Et comme l'histoire de Thumanité recommence en quelque sorte avec chaque individu, s'il est vrai que le monde ait dû se passer de justice jusqu'à ce que deux forces rivales se soient tenues en échec ou heurtées l'une contre l'autre, chacun de nous ne doit attendre que de la lutte et de la résistance la conception du respect dû à autrui. D'où cette conclusion qui s'impose : tant que nous sommes les plus forts, le droit est donc avec nous? Si le respect nécessaire de la liberté d'autrui ne se révèle qu'à l'apparition d'une force égale à la nôtre, il est donc tout naturel que le plus fort domine et se préoccupe uniquement d'affermir et de développer sa puissance ? Il y a deux races éternelles dans le monde : les Caïn et les Abel. Or, selon vous, quand la victime résignée comme Abel accepte la mort sans résistance, le meurtrier ne doit pas avoir la conscience de son crime ; il ne doit pas avoir la claire révélation de la justice qu'il viole? Quelle contradiction manifeste avec les faits I Qui ne voit, qui ne sait, au contraire, que la faiblesse de la victime ne fait qu'accuser davantage la violence et la brutalité de la force, et que la résignation d'Abel manifeste au meurtrier lui-même son crime dans toute son horreur? Caïn — le Caïn de tous les temps — fuit éperdu devant son forfait. L'odieux abus qu'il a fait de sa puissance lui a plus clairement et plus fortement révélé la justice violée, que ne l'eût fait la résistance égale ou victorieuse d'un ennemi.

Non, il n'est pas vrai que l'idée de la justice n'ait

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