‹ Problèmes de morale socialeChapitre 32 sur 228 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

la faire sortir d*un fait, à moins qu*on ne Vy ait mise au préalable. Un fait réduit à lui-même n'expliquera pas ce qui est le caractère propre de la loi morale, Tautorité. Elle a essentiellement le caractère d'un commandement, ou elle n'existe pas. Ce caractère est si clair que Kant y a vu toute la loi, et qu'il Ta marquée de ce nom si expressif : l'impératif catégorique. Elle est essentiellement une loi, c'est-à-dire un ordre et non pas un conseil; elle nous dit : tu dow, et l'homme obéit. Mais ce n'est pas cette acceptation de la loi par l'homme qui fait son caractère obligatoire. Elle règne sur nous, même quand nous la rejetons de notre \ie et de notre cœur; elle nous poursuit des clartés vengeresses de son évidence même dans les aveuglements de notre perversité ; elle nous accable de son autorité jusque dans nos désobéissances et nos révoltes.

En vain M. Proudhon proteste. Tout son orgueil de penseur affranchi s'indigne à l'idée d'une pareille tyrannie. Il ne veut pas plus de l'autorité mystique d'une loi rationnelle que de l'autorité d'un maître visible. La Révolution, selon lui. n'aura pas dit son dernier mot, tant que subsistera cette forme intérieure de servitude qu'elle doit abolir au même titre que toutes les autres. Si son œuvre est d'affranchir l'homme, elle doit l'affranchir de ce dernier joug. La loi morale serait une loi de contrainte, s'écrient en chœur M. Proudhon et ses disciples, si elle venait d'autre part que de notre volonté; elle n'est et ne peut être que le commandement de l'homme à lui-même. L'homme possède et crée de son fond le droit et la justice. Sa liberté n'est pas seulement liberté, elle est

aussi puissance juridique, elle a le pouvoir de lier et de délier. L'homme, à moins d'être un esclave, n'obéit qu'à lui-même. On n'est pas loin d'invoquer les principes de 89 contre l'idée de l'obligation rationnelle ; c'est le dernier débris de l'ancien régime , il doit disparaître avec les autres.

Il y a dans tout cela de singulières déclamations. 4 quelle conscience humaine, si elle n'est pas aveuglée par le système, persuadera-t-on jamais que dans le caractère impératif de la loi il y ait rien qui ressemble à une tyrannie, et dans notre obéissance rien qui ressemble à une contrainte humiliante? Quelle singulière manière de comprendre l'obligation 1 Si cette loi a un caractère de nécessité, nous savons que ce n'est pas le caractère de cette nécessité physique qui rattache un fait à son antécédent, ni de cette nécessité logique qui enchaîne l'intelligence à l'axiome, mais d'une nécessité particulière, sut generis^ pour laquel la langue a trouvé ce mot admirable V obligation^ l'obligation qui s'impose à l'activité libre, mais en la respectant, qui la soumet à Tévidence du principe, mais sans anéantir la possibilité du choix contraire , libre nécessité, si je puis dire, ou plutôt nécessité telle qu'elle peut subsister dans un être libre, maître de soi-même sous cette loi, maître de la violer, sinon de ne pas y croire.

Que nous parle-t-on ici de servitude? Il n'y en a d'aucune sorte, puisque l'homme reste en possession entière de son acte, même sous le coup de l'évidence? Que nous parle-t-on d'humiliation? La seule humiliation pour l'homme, c'est de se soustraire à cette loi, d obéir à d'autres motifs, de subir des tyrannies étran-

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