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CHAPITRE III

LA MORALE INDÉPENDANTE (SUite). — SES LACUNES ET SON INSUFFISANCE.

Nous croyons avoir mis en pleine lumière ce fait considérable que Técole qui se croit le plus complètement indépendante ne peut se soustraire ellemême aux rapports nécessaires qui lient la morale à la métaphysique. Elle ne peut établir avec quelque solidité son principe qu'en l'empruntant à la raison et l'ajoutant aux faits positifs qu'elle analyse.

Mais ce principe même et la formule qui l'exprime, elle est obligée de les transformer et de les amender sans cesse pour combler les lacunes de sa doctrine. Après avoir établi comment les dogmes vraiment solides et indiscutables de la Morale Indépendante supposent des problèmes métaphysiques résolus, il nous reste à montrer comment ses lacunes supposent des problèmes métaphysiques éludés.

Le plus grave desideratum de cette morale, c'est

l'impossibilité où elle est d'expliquer le respect de la loi morale, en Tassimilant à une des lois que découvrent les sciences positives, soit la relation perçue entre des quantités ou des figures, soit le rapport entre deux faits physiques. Ce genre de lois en efifet donne naissance au sentiment de Tévidence, à une adhésion intellectuelle, à la joie d'une conquête nouvelle sur l'inconnii. Mais où trouver rien qui ressemble à ce sentiment si admirablement commenté par Kant? Sa juste et profonde analyse y retrouvait deux éléments : le premier est un attrait qui nous fait aimer la loi, une inclination secrète qui nous porte à lui obéir; le second est une déférence presque craintive, qui fait que Tidée de la violer nous trouble, comme s'il s'agissait d'une atteinte à quelque chose de supérieur et de sacré.

Vous ne pouvez pas, dirons-nous aux partisans de cette école, expliquer ce sentiment profond et délicat du respect de la loi, si la loi morale n'est que la déduction d'un fait. Encore une fois et comme nous l'avons montré, ou bien vous introduisez à votre insu dans le fait un élément rationnel qui le surpasse, et qui apporte avec lui cette autorité que les faits ne comportent pas, ou bien vous réduisez la loi morale à un fait pur et simple. Acceptez- vous cette dernière hypothèse? La loi morale n'existe plus.

On ne saurait trop insister sur cette différence fondamentale entre les deux ordres de lois, qui n'ont vraiment de semblable que le nom et que les moralistes indépendants confondent sans cesse. Pour les lois physiques, il est exact de dire qu'elles sont contenues dans les faits. Elles expriment la liaison inva-

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