‹ Problèmes de morale socialeChapitre 4 sur 228 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

mations inattendues qui correspondent à quelque besoin nouveau, factice ou réel, des esprits; il faut qu'elle puisse marquer avec précision la portée scientifique de ces divers mouvements, faisant la part des justes concessions, abandonnant, s'il y a lieu, les parties faibles et ruinées de Tancien dogmatisme, ou bien réduisant à leur vraie valeur des prétentions exagérées, des programmes fastueux, des systèmes bruyants, mais sans nouveauté véritable et sans consistance.

Quarante années à peine se sont écoulées depuis que M. Jouflfroy publiait les admirables prolégomènes de son Cours de Droit naturel. La partie historique de ce bel ouvrage est à refaire en partie ou du moins à compléter sur bien des points essentiels. Elle ne correspond plus aux préoccupations de la conscience humaine, agitée par tant de théories diverses, inquiète de savoir comment les nouveaux systèmes sur la nature pourront, comme ils le prétendent, produire une doctrine solide des devoirs et des droits; ou bien en quoi M. Stuart Mill a renouvelé, dans sa Théorie du Bonheur^ la doctrine un peu vieillie de Jérémie Bentham; enfin ce qu'il faut espérer ou craindre des promesses de cette nouvelle école qui, sous le drapeau de la Morale indépendante, prétend rallier tous les hommes de bonne foi. — Sous toutes ces formes, c'est l'empirisme qui pénètre dans la conscience, non sans de graves préjudices pour la société future. Or, il serait puéril de croire, comme on le soutient parfois, qu'il suffit d'abandonner au bon sens public la réfutation de ces dangereuses erreurs. Dans ce temps de critique radicale, le bon sens ne suffirait pas à cette rude besogne, il importe de l'aider dans sa tache. Un double excès

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est à craindre : rinfatuation frivole de certaines opinions qui se croient trop facilement à Tabri derrière le fragile rempart de formules banales et d'arguments vieillis, ou bien un découragement sans mesure qui fait qu'à certains moments les meilleurs esprits semblent s'abandonner et se laissent emporter à de soudaines paniques. C'est ici que se montre l'jitile efTort de la vraie philosophie (car, quoi qu'on en dise, il y en a une vraie). Son œuvre est d'appliquer toutes les ressources de la méditation et de la science à raffermir la raison dans ce qu'elle a d'indestructible, à la défendre dans ses justes limites et dans ses droits, à la préserver de ses propres défaillances, à la prémunir enfin contre l'esprit de scepticisme, issu d'une critique négative ou d'un empirisme absolu.

Aucune de ces luttes, après tout, n'est inutile. Elles renouvellent les questions, elles en avivent l'intérêt en renouvelant les procédés de démonstration, La vérité ne vieillit pas, mais les formes vieillissent, les aspects changent, les points de vue ie transforment ou se développent. II n'est donc pas mauvais que des adversaires ardents viennent de temps en temps ranimer autour de l'Idée éternelle le zèle endormi, la débarrasser des vêtements d'emprunt sous lesquels l'esprit de système ou de routine la dérobe, et faire resplendir au jour, en enlevant ses voiles d'une main hardie qui la glorifie en voulant la profaner, son immortelle jeunesse et son idéale beauté.

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