CHAPITRE III
ment qui est le plus haut de tous. Nous ne trouvons pas dans cette école ce que l'on doit trouver dans toute morale : un tableau fidèle de la vie de Thumanité. Ni d'un fait purement expérimental elle ne peut tirer le premier devoir, l'obligation stricte de respecter autrui, ni, à plus forte raison, l'obligation plus large de travailler à son propre perfectionnement ou à l'îimélioration du milieu humain, ni le dévouement enfin, dont la loi est précisément de n'en pas avoir et qu'aucun artifice ne pourra jamais faire rentrer dans une des catégories de l'obligation. Ce n'est pas dans le réseau des déductions géométriques ou des analyses du fait primordial que peut tenir cet élan d'héroïsme, cet essor de l'amour libre qui défie tous les syllogismes, déconcerte tous les calculs, qui, véritable souverain d'un ordre supérieur, se joue de la logique humaine en la dépassant et triomphe de la réalité en la transfigurant.
Ainsi se révèle pleinement et de toutes parts l'insuffisance de la Morale indépendante. Dans son horreur de la métaphysique, elle veut, de gré ou de force, extraire toute la morale des faits, des faits seulement. Mais les faits ne contiennent et ne révèlent que les associations régulières et les successions constantes ; ils ne contiennent pas et ne révèlent pas la loi morale avec son caractère auguste et sacré. L'autorité de cette loi lui vient d'ailleurs; le sentiment de l'obligation et du respect qui s'y joint est la manifestation de son origine. Qu'on donne à cette origine le nom que l'on voudra, conscience, intuition, raison pure, révélation permanente et naturelle, il importe peu; ces noms divers marquent la source supérieure d'où dérive la
loi qui s'impose aux activités libres, en règle Taccord, en assure le respect réciproque par la justice, en garantit les plus magnifiques développements par la vertu. On nous dira que c'est là de la métaphysique. Soit! si la métaphysique consiste à donner une réalité objective et assigner une origine plus haute que l'expérience à certaines conceptions que les faits ne contiennent pas, dont ils peuvent tout au plus susciter l'apparition sans l'expliquer jamais. Il le faut bien pourtant si l'on établit que les faits, aiême généralisés, ne constituent ni la nécessité mathématique et logique ni cette nécessité d'un ordre singulier et nouveau dans le monde des phénomènes, la nécessité qui s'adresse à des volontés libres et qui s'appelle l'obligation.
J'ai évité avec le plus grand soin, dans le cours de cette controverse, tout ce qui pouvait sembler être un appel au sentiment. Je me suis renfermé simplement dans les propositions de l'école dont je vour lais combattre l'empirisme, et je crois avoir dé* montré l'impuissance de cette méthode à produire du sein de l'expérience une loi comme la loi mo» raie. Je ne puis cependant pousser le scrupule, jusqu'à écarter complètement l'idée de la sanction. Il est de toute évidence qu'une morale qui supprime systématiquement la question de la fin de l'homme