‹ Problèmes de morale socialeChapitre 44 sur 228 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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paye. S'il était démontré que ces mobiles empêchent chaque jour un certain nombre de crimes, épargnent à certaines existences de grandes fautes et à la société de grands malheurs ou de grands scandales, vous pourrez, autant qu'il vous plaira, critiquer en délicats et en raffinés la moralité des agents qui subissent cette crainte, vous he pourrez pas contester le progrès qui en résulte, ni par conséquent l'efficacité sociale de ces mobiles. — Ah ! sans doute, si ces sanctions étaient de pures illusions et des chimères, s'il était prouvé que ce sont là des contes de nourrices et des épouvantes d'enfants, quelle que soit l'efficacité de pareilles idées, il y faudrait renoncer. Dût l'utilité sociale de la sanction être mille fois plus évidente encore qu'elle nous paraît être, si elle est fondée sur un mensonge, je n'en veux pas. Il faudrait repousser, comme une injure, le plus grand bienfait rendu aux hommes à ce prix. C'est payer trop cher même l'ordre social que de le payer d'une mystification. Mais si ce n'est pas là un amas de mensonges, s'il vous est impossible à tout jamais d'établir que cette espérance unanime du genre humain soit un rêve, que cette confiance auguste et sereine des Platon et des Kant dans un avenir illimité se trompe grossièrement, s'il y a en effet une justice idéale, réparatrice des insuffisances de la justice humaine et des lacunes de l'ordre réalisé ici-bas, si c'est nous qui, sur ces points si graves, avons la vérité, laissez-nous en recueillir dès cette terre le bénéfice et le fruit. Laissez-nous d'abord travailler à rendre les hommes moins barbares, moins mauvais, moins cruels, soit par la contrainte des lois humaines, soit par l'idée religieuse des sanctions. Encore une fois, la

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sanction n'est pas le but de la justice, elle n'est pas l'essence de la loi, elle n'en est que la conséquence. Mais si elle aide à l'accomplir, pourquoi l'exclure ? Trouvez- vous donc la civilisation une œuvre si facile, que vous lui retiriez ses plus légitimes appuis ?

Vous-mêmes, vous sentez le besoin d'une sanction ; vous en avez une, et vous la faites valoir à nos yeux. Examinons-la, nous verrons sans peine ce qu'elle suppose et par où elle est défectueuse. « Cette dignité, dites-vous, que l'homme affirme devant son semblable et en lui-même entraine à sa suite un malaise ou une satisfaction intime d'une nature spéciale, selon que sa dignité se trouve blessée ou satisfaite.... La sanction véritable est dans le trouble ou la paix de l'âme qui suit toujours la dignité blessée ou satisfaite. Cette sanction interne est seule en rapport avec la loi de la conscience. Les autres rémunérations ou châtiments sont étrangers à l'essence même de la moralité, et par conséquent il n'y a pas lieu d'en tenir compte. » — Voilà bien une sanction, mais combien insuffisante! Elle n'existe véritablement , avec ses souffrances intimes et ses délicatesses, que dans les plus pures consciences ; elle disparaît dans les natures grossières. « II s'en faut bien, disait un moraliste pénétrant, répondant d'avance à la théorie de la Morale indépendante, qu'une telle sanction soit efficace.... L'appréhension du remords n'existe qu'autant que le remords lui-même a été éprouvé, c'est-à-dire autant que des fautes graves ont été déjà commises. Il ne se développe pas chez tous les hommes avec la même énergie ; il suppose dans l'âme une certaine délicatesse ; plus l'âme est pure, plus il a de prix; c'est-à-dire qu'il

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