‹ Problèmes de morale socialeChapitre 45 sur 228 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

devient plus actif, à mesure que le danger social devient moindre. Chez l'homme grossier, brutal, dénué d'éducation, il ne faut rien moins que le crime pour le faire naître ; chez l'homme vicieux, chez le criminel, il s'oblitère peu à peu et quelquefois finit par disparaître tout à fait. »

D'ailleurs, telle qu'elle est, que suppose cette sanction invoquée par l'école qui prétend s'affranchir de toute conception métaphysique ou religieuse ? Ce trouble ou cette paix qui suit la dignité blessée ou satisfaite est-elle autre chose, au fond, que l'écho intime, le retentissement dans la conscience de l'accord qui s'établit entre l'homme et l'ordre moral, le signe sensible de sa destinée accomplie ou violée? C'est sans doute que la nature humaine est faite pour sentir l'ordre, elle y est prédisposée. N'y a-t-il pas là les traces visibles d'une harmonie préétablie entre le règne humain et l'ordre supérieur auquel ce règne confine de toutes parts ? Prenez garde, c'est déjà de la métaphysique I C'est qu'en effet, comme nous ne cessons de le répéter, vous ne pouvez, quoi que vous tentiez, vous enfuiî hors de la métaphysique ; vous ne le pouvez sans vous enfuir hors de l'humanité elle-même. La métaphysique, le monde invisible des causes, des fins, des esprits et des volontés, tout cela commence avec l'humanité. Le premier fait moral, une volition déterminée par l'idée du bien, c'est déjà un fait qui nous lie à l'ordre desT principes et des causes invisibles. — Vous essayez en vain de vous renfermer dans la stérile contemplation d'une volonté abstraite, séparée de sa cause et de sa fin, sans but dans l'univers immense» — Il n'y a plus rien où vous puissiez trou-

ver un point de repère dans linfini dépeuplé par votre hypothèse, plus rien sur quoi s'appuie la faible et vacillante liberté de Thomme, par où elle se dirige et s'oriente, plus d'étoile au ciel sur laquelle se règle son incertaine navigation à travers cet océan sans fond et sans rivage. De là, n'en doutez pas, naîtra dans le cœur de Thomme une tristesse incurable, lin abattement voisin du désespoir, sinon un sentiment plus bas, je ne sais quel sentiment vulgaire de délivrance et d'affranchissement des aspirations et des soucis d'en haut, une conception étroite de la vie, une résignation serxile à des plaisirs mesquins ou à des intérêts sordides, une abdication définitive de l'idéal et de l'infini. Est-ce donc là le sort de l'humanité, et n'est-elle pas née pour un autre destin que cette alternative entre un stoïcisme amer et sans joie ou un abaissement sans remède dans le plus triste bonheur?

Nous croyons avoir mis en pleine lumière la stérilité de la Morale indépendante. Elle épuise toute sa force, sa peine et son temps contre ses adversaires ; elle déploie dans cette lutte des ressources d'argumentation, un zèle et une conviction qui s'expriment par une incroyable ténacité dans la dialectique. Mais quant à la doctrine, elle est bientôt achevée ; elle ne sort pas de ces deux thèses négatives, indépendance absolue à l'égard des religions et de la métaphysique.

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