CHAPITRE IV
(le répression sur ce raisonnement faux, sur ce calcul vicieux. Elle n'a le droit que d'en appeler d'un raisonnement faux, qui autoriserait le vol ou le meurtre, à un raisonnement meilleur qui les interdirait au nom de la logique.
Voilà, résumée aussi exactement que possible, et le plus souvent avec les traits mêmes que lui a donnés Tauteur, la théorie de M. de Girardin sur la justice sociale. L'exactitude scrupuleuse avec laquelle nous l'avons exposée nous confère le droit de la juger avec une entière liberté.
Il n'y a qu'un droit au monde, répète sans cesse l'impérieux dialecticien : c'est le droit du plus fort. La force, c'est le droit. Et ailleurs : « Il n'y a jamais eu d'autre critérium que le succès légitimé par la durée. «Puis, portant un défi que nous relèverons : « Que prouve, s'écrie-t-il , l'impossibilité de trouver une définition du droit, qui mette les penseurs d'accord? Cette impossibilité prouve que c'est un mot qui n'a pas de sens précis , que c'est un nom donné à une chose qui n'existe qu'imaginairement, qu'en réalité il n'y a pas de droit. »
Jamais on n'avait porté aussi loin la négation d'un bien primordial et d'une justice supérieure à la société humaine, ii'est à ce titre qu'il nous a paru intéressant d'étudier cette négation dans un type d'écrivain qui la
représente avec une si complète franchise. Qui, sauf M. de Girardin, aurait osé avancer une série de propositions semblables : la force comme principe du droit, la réciprocité comme garantie, la durée comme sanction ?
Ce qu'il y a d'étrange, c'est de voir par quelles autorités inattendues M. de Girardin prétend confirmer cette thèse. Hobbes et Locke, passe encore. Il y a, sur plus d'un point analogie entre l'auteur du traité de la Nature humaine et Tauteur des Questions philosophie ques. Quant à Locke, sa méthode empirique, sinon sa doctrine, le rapproche, en apparence au moins, de l'empirisme de M. de Girardin, déclarant une guerre à mort à tous les lieux cœnmuns sur la justice universelle, le droit inné, la distinction primordiale du bien et du mal. La polémique de Locke contre l'innéité des principes de morale permet peut-être à un publiciste pressé, qui n'a pas le temps de vérifier les nuances , les détails et les conséquences, de s'appuyer de son autorité. — Mais quoi ! voici que les plus grands esprits de tous les temps viennent donner successivement leur témoignage, sou» la forme d'épigraphes placées en tête de chaque chapitre ou de citations tout à fait imprévues ! Aristote, Platon, Pascal, Montesquieu sont successivement appelés à comparaître, et tous viennent déclarer docilement que c'est M. de Girardin qui a raison contre MM. de Lourdoueix, Thiercelin, Blot-Lequesne, et ce qui est plus grave, contre la conscience et la raison, qui défendent le sentiment et l'idée du droit. Je commence à douter, non de l'exactitude matérielle des citations, mais de leur exactitude morale. On