‹ Problèmes de psychologie affectiveChapitre 14 sur 30 · Lloyd Morgan, Animal Life and Intelligence, p · texte numérisé non relu

Lloyd Morgan, Animal Life and Intelligence, p

ment à l'opinion commune, est assez rare dans la psychologie animale l. On parle souvent de la « jalousie » d'un animal domestiqué contre un nouveau venu; mais ce fait et un grand nombre d'autres me semblent réductibles à la seule antipathie. Cette hypothèse d'un état plus simple que la jalousie me paraît, à cause de sa simplicité, une explication plus vraisemblable. N'oublions pas que les émotions des animaux sont encore moins faciles à deviner que leurs perceptions. Môme chez l'homme, quand on descend des civilisés dont les sentiments se sont formés sous la pression sociale, aux primitifs, on juge à l'aventure, on conclut un peu au hasard du complexe au simple : un même mot désigne des états analogues, mais où les différences dépassent les ressemblances. Sans doute, c'est seulement d'après notre propre conscience que nous pouvons inter prêter l'âme animale; mais en ce faisant, nous regardons dans un miroir déformant notre propre nature sans pouvoir déterminer la mesure exacte de cette déformation.

Dans le monde animal, les antipathies instinctives semblent suscitées par deux sens : la vue et surtout l'odorat. Si les animaux, qui parleur développement intellectuel ne sont pas trop loin de l'homme, composaient des traités de psychologie, le chapitre sur l'olfaction serait au moins aussi copieux que celui de la vision dans les nôtres. Les observations de nombreux zoologistes semblent établir que l'antago-

1. J'ai exposé ailleurs (Essai sur les passions, p. 93) mes doutes sur une prétendue passion jalouse chez les animaux : ce qui m'a valu beaucoup de critiques. J'ignorais à cette époque que Llyod Morgan inclinait au même scepticisme.

nisme entre beaucoup d'espèces ou variétés d'espèce (fourmis, abeilles) est dépendant de l'odorat (le cheval et l'odeur du chameau). Peut-être en est-il de même pour le chat et la famille des rongeurs qu'il assaille. Cette antipathie n'est donc pas très supérieure à un réflexe1.

L'antipathie instinctive est manifeste chez les petits enfants. D'après Preyer, « l'acte de secouer la tête en signe de refus est noté dès le quatrième jour; avec réflexion (?) et suite dans la seizième semaine ». Ce geste, ajoute-t-il, exprime « l'antipathie, le refus, bien plus que la négation. Le précurseur de ce mouvement d'expression, dit Darwin, est le mouvement de détournement de la tête pour refuser la nourriture, le sein, le biberon ». Preyer considère ce mouvement de latéralité, comme inné, réflexe, instinctif, tandis que le mouvement d'acquiescement signifiant oui se produit beaucoup plus tard et peut être considéré comme un mouvement acquis d'origine inconnue 2. — L'antipathie pour certains objets et certaines personnes se manifeste très tôt par le rejet du corps en arrière, l'occlusion des yeux, le mouvement des mains pour repousser.

1. C'est à une sensation olfactive qu'il faut attribuer la curieuse antipathie rapportée par un esprit critique et peu indulgent pour les anecdotes courantes, Llôyd Morgan. Un malin, six semaines après sa naissance, est mis, pour la première fois, hors du chenil où il était né. Il tomba en alarme devant la première boutique de boucher qu'il rencontra et manifesta toujours une violente antipathie pour tout ce qui tenait à la boucherie. « Chez son grand-père, son père et deux demi-frères, la même ■antipathie était innée. Un d'eux se jeta un jour sur un homme qui entrait dans l'hôtel où son maître logeait. Celui-ci saisit son chien et s'excusa en disant qu'il ne l'avait vu agir ainsi qu'avec les bouchers. Le survenant déclara aussitôt que tel était son métier. » Ouvrage cité, p. 306.

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