‹ Problèmes de psychologie affectiveChapitre 3 sur 30 · B^havior of the lowers Organisais, New-York · texte numérisé non relu

B^havior of the lowers Organisais, New-York

La conclusion de notre auteur, c'est que la tendance fondamentale de tous les organismes à chercher et à trouver leurs conditions de vie serait expliquée par l'adaptation de leur conduite (Behavior) au milieu et par son caractère régulateur.

Ainsi cette sensibilité diffuse se spécialise; mais ses actes, comme les réflexes, n'impliquent pas nécessairement une conscience. Elle paraît exiger quelque centralisation que l'apparition du système nerveux rend possible et qui, dans l'évolution ascendante de la vie cérébrale, s'affermit et augmente en complexité. Certaines questions pourraient se poser ici; je les omets, parce qu'elles sont plutôt discutées que résolues : Si le courant nerveux, qui aboutit d'abord aux centres inférieurs, ne suscite que des réactions inconscientes, purement physiologiques? — Si, lorsque ce courant agit sur les centres supérieurs (la masse cérébrale), il ne se produit pas, au début, des consciences partielles, locales, simultanées qui précèdent la forme unifiée?

Quelque solution qu'on adopte, ce qui est certain c'est que la conscience, lorsqu'elle se constitue, est totalement ou principalement affective et ne peut être autre. Elle exprime d'une part l'état des tissus et du travail organique, les impressions issues des viscères comme le canal alimentaire et ses annexes, les organes respiratoires, génitaux, et autres parties internes; — d'autre part, les impressions qui dérivent des contractions musculaires, des mouvements.

Quelques naturalistes (Owen, Charlton Bastian, Romanes) ont fait remarquer qu'il y a lieu de croire « que ces impressions émanant des tissus et des viscères forment une portion importante de la masse

totale des impressions qui excitent l'activité cérébrale et la vie mentale (autant qu'elle existe) des animaux invertébrés; que c'est par ces stimulus intérieurs que ces animaux sont déterminés à leurs actes et à leurs mouvements habituels ». Nous ne sommes pas très autorisés à mesurer l'intensité des sensations organiques d'un poisson, d'un reptile ou d'un oiseau d'après celles qui nous sont familières à nous-mêmes. Cependant, chez ces animaux, beaucoup d'impressions viscérales peuvent être plus conscientes que celles que nous éprouvons et elles peuvent entrer dans une proportion beaucoup plus grande dans la trame des impressions sensitives qui constituent la vie consciente de ces êtres (Bastian).

Même remarque pour l'enfant qui vient de naitre. Une grande partie du système nerveux embryonnaire cesse de fonctionner, tandis que d'autres parties se développent et constituent le système dit sympathique. Quand les poumons ont, pour la première fois, fourni au corps sa nouvelle nourriture — l'oxygène — la portion du système embryonnaire qui détermine la corrélation des poumons avec les autres parties du corps entre en fonction. Aussitôt que l'estomac a reçu sa première nourriture (le lait maternel), les nerfs correspondants commencent à travailler et ainsi de suite. A cette période les sensations internes sont tout, les sensations externes, fondement de la connaissance objective, presque rien. La conscience intellectuelle sommeille encore ou est à peine éveillée; rien ne présage sa destinée future.

La conscience primordiale est donc purement affective. Sur elle repose la psychologie intellectuelle qui, par la variété, la richesse, la complexité de ses opé-

râlions, cache l'autre. D'où cette illusion fréquente quelle est fondamentale et seule existante.

•2' Au-dessus de ces manifestations élémentaires de la vie affective y a-t-il des manifestations supérieures, vides de tout contenu intellectuel ou très pauvrement pourvues? Beaucoup de psychologues semblent admettre implicitement et comme une chose évidente que tout phénomène affectif est associé à un acte de connaissance. Quelques-uns même ont soutenu explicitement et, avec beaucoup de légèreté, « qu'il n'y a pas un état émotionnel qui ne soit lié à un état intellectuel ».

J'ai essayé ailleurs ' de montrer par des faits qu'il existe une vie affective pure, autonome, indépendante de la vie intellectuelle, qui a sa cause en bas, dans les variations de la cénesthésie qui est elle-même une résultante des actions vitales; que dans la psychologie des sentiments le rùle des sensations externes est bien mince, comparé à celui des sensations internes; que tout changement profond dans la conscience des fonctions vitales modifie le ton affectif : or, les sensations internes n'ont rien de représentatif. J'ai produit des exemples où l'on constate ces trois moments successifs : organique, affectif, intellectuel — et où l'on voit que ce n'est que ultérieurement que le sentiment vague et diffus prend corps, se fixe dans une perception ou une idée.

J'ai réduit ces états de conscience affective pure à quatre types principaux :

1° États agréables (plaisir, joie), celui du hachich et de ses analogues, l'euphorie du phtisique et des

1. Psychologie des sentiments. Introduction, p. 8 (F. Alcan).

2° États pénibles (tristesse, chagrin), la période d'incubation de la plupart des maladies, la mélancolie des périodes menstruelles, etc.

3° États de peur : sans raisons, sans causes apparentes, sans objet, sans justification, peur de tout et de rien.

4° État d'excitation : se rapproche de la colère, est fréquent dans les névroses; c'est une manière d1ètre instable et explosive qui, d'abord vague et indéterminée, finit par prendre une forme, s'attacher à une représentation et se décharger sur un objet.

Mais ces quatre groupes n'épuisent pas la matière. Sans prétendre à une énumération complète, rappelons d'autres états, fréquents dans la vie, étrangers à la conscience intellectuelle.

D'abord la fatigue. On l'a définie « la conscience de la faiblesse musculaire)). A l'état normal, nous avons un sentiment confus mais continuel de l'état de contraction ou de relâchement de nos muscles : bienêtre, vigueur, légèreté quand ils sont fermes et bien tendus; fatigue, quand ils sont atoniques et relâchés. Passagère chez l'homme sain, la fatigue s'installe à demeure chez les débiles — notamment les neurasthéniques, elle ne disparaît jamais. Elle devient une forme permanente de la conscience affective, attribuable à elle seule, en raison de sa subjectivité pure.

La névrose d'angoisse est un exemple encore plus saisissant de l'autonomie affective. « Il est des cas, dit le D Sollier, où l'émotivité se montre à l'état isolé, indépendant de toute cause provocatrice. Elle se traduit par une inquiétude vague, une appréhension pénible allant souvent jusqu'à l'angoisse. Elle se localise tantôt dans l'appareil respiratoire (suffocation,

dyspnée); tantôt sur le cœur (palpitations, resserrement); tantôt sur l'estomac (malaise indéfinissable Raccompagnant de tristesse, de dépression). L'angoisse est un état émotionnel qui ne correspond à aucune émotion particulière et qui participe à la fois de toutes; d'où le caractère vague, indéterminé, diffus de ses manifestations et le sentiment incomparable et inexprimable qui en résulte. C'est de l émoiivité pure pouvant présenter tous les degrés, depuis une simple gène prédominant dans un point du corps jusqu'à l'état de malaise général le plus pénible.... Le rôle des représentations est très secondaire : c'est presque toujours une explication, une interprétation de l'angoisse *; »

On pourrait citer encore l'état de détresse qui précède une syncope et l'état de confusion mentale qui prélude au retour de la conscience normale. Mais il convient surtout de rappeler le groupe des émotions- chocs dont la surprise est le type le plus net. Très fréquente et très connue, elle n'a pas été étudiée par les psychologues, peut-être en raison de sa simplicité et de sa courte durée. Sollier en a fait une très bonne analyse dont je résume les traits principaux. Le phénomène essentiel, primordial c'est l'arrêt qui peut être d'ordre physique — un bruit, une lumière insolites; d'ordre intellectuel — la compréhension subite dune erreur de raisonnement; d'ordre moral — éveiller chez autrui un sentiment contraire à celui qu'on attendait. Cet arrêt s'étend à toutes les fonctions, surtout quand la surprise est violente : le rythme du cœur est modifié, la respiration suspendue,

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