Castex, La douleur physique, in-8, Paris, p
2. Cette forme d'hallucination est d'une nature analogue à celle des impressions sensorielles. J'ai indiqué dans un précédent article (Revue philosophique, mai 1907, p. 507) une autre forme possible, admise par certains auteurs et qui serait obsédante.
influence dans diverses formes de maladies mentales. Je n'ai pas la compétence nécessaire pour entreprendre ce travail qui serait long, minutieux, incertain comme résultats. Je me restreindrai à un cas unique, mais qui, par sa simplicité et sa clarté, me paraît un excellent exemple à produire.
Avant d'y arriver, j'indique en courant quelques hypothèses probables. Les peurs morbides et persistantes désignées sous le nom de « phobies »; l'état perpétuel d'inquiétude des scrupuleux décrit par Pierre Janet, peuvent-ils s'expliquer sans une mémoire des émotions passées, fréquemment renaissante? L'hypocondriaque, dans son état perpétuel d'angoisse et d'alarmes, avec la préoccupation incessante de sa santé, quoiqu'il vive surtout dans le présent, ne peut guère échapper à une comparaison avec sa douleur passée, ne fût-ce que pour entretenir sa minutieuse enquête sur lui-même. — Faut-il mentionner les idées fixes qui, avec leur caractère d'obsession, sont aussi bien des émotions fixes? Ce serait peut-être abuser de l'équivoque que de considérer cette permanence comme équivalant à une mémoire.
Dans les cas de double et triple personnalité, la mémoire est un facteur très important, puisque généralement chacune d'elles a sa mémoire propre; mais cette étude a toujours été restreinte aux éléments intellectuels. Les variations du caractère qui relèvent de la vie affective ont été notées avec soin. Dans l'observation la plus complète qui existe, celle de Miss Beauchamp *,, le Dr Morton Prince décrit trois
1. The Dissociation of a Personality, a biographical Study in abnormal Psychology, in-8, New-York, 1906. C'est un ouvrage de 512 pages consacré tout entier à la biographie de Mlle Beauchamp.
personnalités principales qu'il nomme : la sainte, la femme, la diabolique, mais je ne vois pas que le problème de la mémoire affective ait attiré son attention. — Je trouve cependant un cas de dissolution embryonnaire de la personnalité où l'indépendance de la mémoire affective s'affirme d'une manière très curieuse; il a été rapporté par Sollier : « C'est celui d'une jeune fille nerveuse qui, à la suite d'un violent choc moral (la mort de son père tué à la chasse), présente ce phénomène. Les sensations actuelles dépouillaient chez elle toute espèce de ton émotionnel; mais les souvenirs l'avaient conservé. Quand elle songeait à son père, c'était toujours le même désespoir. Quand elle voyait sa mère, elle savait que c'était elle, mais n'éprouvait aucun sentiment. Par contre, si elle songeait à un voyage fait en compagnie de son père et de sa mère, le souvenir de sa mère s'accompagnait du sentiment qu'elle ressentait alors pour elle. Cette jeune fille, par suite de la dualité de la perception dépouillée de ton émotionnel, et du souvenir accompagné d'émotion, finit par avoir l'impression qu'elle avait changé de personnalité et se mit à parler d'elle-même à la troisième personne... ce qui prouve le rôle immense du ton émotionnel de nos sensations et de nos souvenirs dans l'idée que nous avons de notre personnalité '< »
.Maintenant, j'arrive à la maladie ou disposition morbide qui, selon moi, est la preuve la plus solide du souvenir affectif, puisqu'elle dépend de lui et tout entière repose sur lui : c'est la nostalgie (mal du pays). Elle consiste, on le sait, en une tristesse pro-