‹ Problèmes et conclusions de l'histoire des religionsChapitre 13 sur 38 · RELIGION DE CONFUCIUS · texte numérisé non relu

RELIGION DE CONFUCIUS

gende , Conf ucius ne se serait pas irrité de ces paroles du vieillard. Il aurait dit au contraire : « Je sais comment les oiseaux volent , les poissons nagent et les animaux courent. Mais l'animal qui court peut être pris au filet , le poisson qui nage pris à l'hameçon et l'oiseau atteint par une flèche. Quant au dragon céleste, je ne puis dire comment il monte sur le vent au travers des nuages et s'élève jusqu'au ciel. Aujourd'hui j'ai vu Lao-tseu et je ne puis le comparer qu'au dragon. » A la fin de l'année Gonfucius revint au pays de Lu et recommença son enseignement; sa réputation s'accrut de plus en plus, mille disciples lui vinrent de diff'érents pays.

A cinquante et un ans, à la suite d'une période de troubles, il fut nommé premier magistrat de la ville de Chunq-tû et une grande réforme eut lieu dans les mœurs du peuple sous son administration. Il fut ensuite choisi par le gouverneur de Lu pour être assesseur du surintendant des travaux et fit faire de grands progrès à l'agriculture. Nommé ensuite ministre de la justice, sa seule nomination, dit sa biographie, mit fin aux crimes; il devint inutile de mettre à exécution les lois pénales, aucun coupable ne se montra. Gonfucius démantela un grand nombre de châteaux forts, qui servaient de dé fense à une sorte de féodalité de barons. Il inaugura un gouvernement réformateur. La loyauté et la bonne foi furent désormais les vertus des hommes, la chasteté et la docilité celles des femmes. Il devint l'idole du peuple et des hymnes furent chantés en son honneur. Mais la jalousie vint bientôt renverser ce pouvoir bienfaisant. Le gouvernement du royaume vaincu de Chi, craignant que le royaume de Lu ne devint prédominant grâce au bon gouvernement de Gonfucius,. s'efforça de séparer le gouverneur de Lu de son sage conseiller. Il lui envoya

des femmes et des chevaux de prix et détourna ainsi son cœur. Gonfucius sentit la nécessité de se retirer. Il le fit lentement, de mauvaise grâce et à contre-cœur. Il espérait être rappelé, il ne le fut pas. Il commença alors à voyager d'un État féodal à un autre, espérant trouver un prince qui le prendrait comme conseiller : il fut toujours désappointé; sa vie même fut quelquefois menacée. Un jour que la foule Tassaillait, il dit à ses disciples : « Après la mort du roi Wan, la cause des lettres et de la vérité a été en moi. Si le ciel avait voulu que cette cause pérît, il ne me l'aurait pas ainsi confiée. Mais du moment que le ciel ne veut pas que la cause de la vérité périsse, quel mal peuvent me faire les hommes de Kwangi? » Il semble donc avoir cru un instant qu'il avait une mission divine, mais cette croyance ne dura pas jusqu'à la fin de sa vie. En effet, à soixante-huit ans, il revint dans son pays, où il fut reçu avec honneur. Il eut la douleur de voir mourir son fils et son plus cher disciple et s'écria : « Hélas! le ciel me détruit! » Un matin il se leva, et, ses mains derrière le dos, traînant son bâton , il sortit en murmurant : « La grande montagne doit s'émietter en poussière, la forte poutre doit se briser. Le sage doit sécher comme une plante. » Il s'assit alors contre sa porte. Un de ses disciples entra et le maître lui dit : « J'ai fait un rêve cette nuit. Aucun monarque intelligent ne se lève ; il n'y a aucun prince de l'empire qui me choisisse pour conseiller. Il faut que je meure. » Sept jours après il mourut. Sa mort fui mélancolique; il n'est pas dit qu'il ait fait aucune prière, ni manifesté aucune crainte. Il existe un livre qui décrit en détail le caractère et les mœurs de Gonfucius. Il était sobre, sans austérité exagérée. Il ne manquait pas à chaque repas d'offrir une partie de sa nourriture en

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sacrifice. Quoiqu'il ail combattu les superstitions, il n'y échappait pas lui-même. Il changeait de contenance lorsqu'il entendait le tonnerre, ou qu'il rencontrait une 'personne en deuil. Confucius a réuni les anciens livres sacrés de la Chine , les A'ings. Il a composé aussi de nombreux ouvrages de morale, fort admirés des Chinois, mais qui ne sont guère faits pour plaire aux lecteurs européens; ils sont froids, monotones et ennuyeux.

Tel a élé Confucius, sage, philosophe, écrivain, homme d'État, ambitieux, mais par patriotisme et par amour des hommes. Sous un bon gouvernement il était digne d'Ctre préfet, conseiller d'État ou ministre, et en tout temps et en tout pays de compter parmi les mem bres distingués d'une académie de sciences morales et politiques. Mais il n'a rien d'un héros, d'un saint, d'un révélateur ni d'un prophète. Son œuvre religieuse principale a consisté à fixer la tradition et à la défendre contre les altérations superstitieuses. La tradition qu'il recueillit était assez pure. Le peuple chinois est dépourvu d'imagination et de poésie; il est capable d'une religion sérieuse et d'idées morales, mais sa tendance principale est vers la politique et les choses terrestres. Dana un tel peuple, l'idée primitive du Dieu unique ne subit pas l'altération de la mythologie. Dieu fut invoqué sous le nom deTî, seigneur, de Shang-ti, empire du ciel, et enfin simplement de Tien, ciel. Ce terme n'indique pas une conception matérielle de la divinité. Le ciel est pour les Chinois avant tout un pouvoir moral. Le rapport établi entre le ciel visible et matériel et ce pouvoir qui maintient la justir.e ne peut que confirmer l'idée ' d'une rétribution pour le bien et le mal. La croyance des Chinois est en effet que le ciel se trouble matériel-

lement par Teffet des fautes des hommes. C'est ce qui explique leurs angoisses lors des éclipses de soleil. Le ciel est spécialement le dieu de Fempereur, qui seul lui offre des sacrifices. Peut-être ce monothéisme en Chine est-il uni assez étroitement à l'idée monarchique. Au dessous du Ciel, Dieu suprême, les Chinois admettaient des esprits agissants dans diverses parties de l'univers. Ce culte des esprits, qui pouvait être la source du polythéisme, était déjà la cause de superstitions magiques très nombreuses. Enfin les ancêtres étaient l'objet d'un culte spécial. On croyait à leur survivance, à leur protection sur les vivants, et Ton croyait aussi qu'ils jouissaient des honneurs qui leur étaient rendus par leurs descendants. Confucius réglementa par des écrits ce triple culte, mais en restreignant à d'étroites limites celui des génies. Il eut soin de dire que, si quelqu'un a péché contre le ciel, l'intervention d'aucun génie ne peut le sauver. Il semble aussi, pour conserver à la divinité son caractère de puissance morale et de loi inflexible, avoir laissé dans l'ombre la personnalité de Dieu, et on l'accuse d'avoir évité l'expression de Seigneur, et de ne s'être servi que du nom plus froid de Ciel. Enfin, bien qu'il ait réglementé avec soin le culte des ancêtres, on l'accuse d'avoir passé sous silence la vie future et insisté sur le caractère purement honorifique et traditionnel du culte rendu aux morts. Sous ce dernier rapport il aurait agi comme Moïse, qui dans le Pentateuque a gardé le silence sur la vie avenir; peutêtre l'intention des législateurs était-elle la même et consistait-elle à éviter les occasions de pratiquer la nécromancie et les superstitions qui se rattachent à l'idée de la survivance des défunts.

La morale de Confucius est assez pure d'erreurs.

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mais paa très élevée. 11 enseigne un principe appelé la règle d'or : « Ne faites pas aux antrea ce que voua ne voudriez pas qu'on vous fit. » Mais il ne s'éleva pas au-dessus de la stricte justice. Lao-tseu ayant selon la tradition énoncé la maxime : Rendez le bien pour le mal, Confucius répondit : « Mais alors que fera-t-on pour le bien? Rendez l'injure pour l'injure et le bien ' pour le bien. »

Telle fut la doctrine de Confucius, un déisme froid el sans vie, une religion ù peu près pure d'erreurs graves, mais incomplète, insuffisante pour le besoin des âmes; un ensemble de conseils sages et sensés, mais sans rien qui inspire l'enthousiasme. On comprend qu'elle n'ait pas suffi au peuple chinois, et qu'il ait préféré l'idolàtrîe et la magie du Taosiame et du Bouddhisme. Du reste le Confucianisme céda plus tard au courant qui tendait vers l'idolâtrie, et il existe aujourd'hui en Chine des images de Confucius auxquelles on rend le même culte que les sectateurs de Lao-tseu ou de Bouddha rendent à leur maître.

Quand les missionnaires catholiques arrivèrent en Chine, c'est avec les lettrés adhérant h la doctrine de Confucius qu'ils se mirent le plus facilement en accord. Ils purent accepter comme vrai presque tout ce que contenait la doctrine de Confucius et y ajoutèrent l'Évangile. On sait jusqu'à quel point alla cet accord. Tout le monde connaît la fajueuse controverse relative aux cérémonies chinoises. Quelques-uns des missionnaires crurent que l'on pourrait conserver les invocations au Ciel comme adressées au vrai Dieu , et le culte des ancêtres comme un simple culte d'honneur ci\il, et que par ces concessions il serait possible d'établir l'accord entre le christianisme et le confucianisme et de

donner à la religion de Jésus-Christ une situation officielle dans Tempire chinois. Après de longues discussions, le Saint-Siège condamna ces concessions ; mais le fait que la question ait pu paraître douteuse pendant longtemps à de graves théologiens montre que les erreurs contenues dans la religion de Gonfucius n'étaient pas très frappantes au premier abord.

Nous pouvons donc considérer cette doctrine comme une assez belle œuvre humaine, un code religieux et moral à peu près pur, péchant par défaut plutôt que par excès. Mais nous n'avons pas besoin d'ajouter, tant cela est évident, qu'il n'y a eu ni dans la vie du fondateur, ni dans sa doctrine, aucun signe d'une révélation divine. Gonfucius n'a jamais prétendu au titre de prophète et n'a réclamé pour sa doctrine d'autre preuve que celles de la raison et de la tradition immémoriale.

La religion propre à la Perse, celle deZaroastre^pent être considérée comme une religion éteinte. Elle ne s'est jamais étendue chez d'autres peuples que les Mèdes et les Perses ; elle a disparu devant l'islamisme, et n'est plus professée que par quelques peuplades pauvres nommées Guèbres, dans les montagnes de Perse, et par les Par sis de Bombay, au nombre de 40,000 environ. C'est dans ces petites communautés qu'ont été retrouvés les anciens livres sacrés de cette religion, et c'est par ses relations avec les Destours ou prêtres Parsis qu' Anquetil-Duperron est parvenu, à la suite d'un voyage plein d'aventures, à donner la première traduction du Zend-Avesta. Une telle religion intéresse plus Tarchéologie que la véri-

liible histoire. Il n'ya aucune vraisemblance qu'elle revive el qu'elle puisse lutter contre le cbrisliaiiisme ou Vislainisme. En outre, l'origine du culte et la vie du fondateur se perdent dans les nuages de la légende,

Zoroastre, fondateur réel ou imaginaire de cette religion, a vécu, selon la tradition, sous le règne d'un roi de l Bactriane, nommé Gustàsp. A quinze ans, il se retira aa j désert dans une grotte solitaire pour se livrer à la médi- . talion. Ce qui le préoccupait, c'étaient les abus de l'idolâtrie et du culte des dévas ou mauvais génies. Il passa sept ans dans la méditation, reçut des révélations (V Ahura-JUasdâ, le seigneur du ciel : puis il commença sa prédication. Il rencontra d'abord une vive opposition ; ; il vint ensuite à Baikh, à la cour du roi Gustasp. Ce monarque l'accueillit favorablement, embrassa la nouvelle i religion et employa sa puissance à la propager. Les adorateurs des dévas se soulevèrent, assiégèrent BaJkh et la livrèrent au pillage. Zoroastre périt sous leurs coups. Les livres des Parsis parlent de nombreux miracles que Zoroastre aurait faits pour prouver sa doctrine : il s'agit donc dans leur opinion d'une véritable révélation divine.

Que fant-il penser de l'histoire de Zoroastre? Le roi ] Gustasp, sous le règne duquel on le fait vivre, fait partie, de la série mythique des rois de Perse , conservée parles historiens du moyen âge ; mais comme cette série ne comprend ni Cyrus ni les successeiu's d'Alexandre, elle est évidemment sans valeur historique. L'esprit persan est d'ailleurs aussi incapable que possible de s'élever h la certitude historique. Sous ce rapport, la Perse est l'opposé de la Chine. Parmi les savants modernes, il en est, comme M. Darmesteter, qui considèrent Zoroastre comme un personnage purement mythologique, une personnification de l'orage, qui n'aurait pas plus de réa-

lité que Bacchus, Hercule ou Thésée. D'autres croient qu'il a existé, mais se partagent encore. Les uns le font vivre vers Tan 2000 avant Jésus-Christ , en Bactriane ; d'autres, vers Tan 500, en Médie : c'est une différence de 1500 ans et un changement complet de patrie. En résumé, sa vie nous est et nous sera toujours inconnue (1). Son œuvre, d'ailleurs, ne s'étant jamais étendue au delà l'un seul peuple et ayant à peu près péri, nous n'avons, pour l'apprécier complètement, qu'à indiquer les bases de son enseignement.

La doctrine qui prédomine dans le Zend-Avesta, c'est le dualisme, avec une tendance vers le monothéisme, et une autre tendance vers le polythéisme. Il y a deux principes : Ormusd, principe du bien et de la lumière; Ahrimariy principe du mal et des ténèbres. Tous deux sont éternels : aucun n'est la créature de l'autre. Mais ils ne sont pas égaux. Ormuzd possède, dès l'origine, la science parfaite; Ahriman est dans l'ignorance. Ormuzd crée de bonnes créatures; Ahriman, s'instruisant par la contemplation des œuvres d'Ormuzd , crée à son tour par imitation des créatures mauvaises. La lutte entre les deux principes doit durer pendant 9000 ans. A la fin Ahriman et les Dévas, ses acolytes, seront vaincus et précipités dans l'enfer. Ormuzd sera vainqueur, et ceux qui lui auront été fidèles jouiront avec lui d'un bonheur éternel. Telle est l'orthodoxie du zoroastrisme qui, comme on le voit, tend vers le monothéisme sans l'atteindre. Mais il faut ajouter que souvent on joint à Ormuzd d'autres esprits, tels que Mithra ou six génies nommés Amschapands y qui sont considérés comme lui

(1) Darmesteler, Ormuzd et Ahriman. — De Harlez, Introduction à la traduction de VAvesta. — DeHarlei, Origine du Zoroastrisme^ dans le Journal asiatique, 1878 et 1879.

RELIGIOS DE ZOHOASTHE.

étant associés ou étant presque se3égoux,ce qui ramène au polythéisme.

La morale est pure et Jélevée. Avant tout il faut être fidèIeàOrmuïd,ledieupur, et poui' cela n'avoir que des actions pures, des paroles pures, des pensées pures. De ce principe résultent des conséquences détaillées, qui forment un code assez beau et assez précis, comprenant la plupart des devoirs et principalement ceux de la véracité et la chasteté. La morale a pour sanction la vie future, dont les livres sacrés de la Perse donnent des peintures assez frappantes. Les âmes des morts restent pendant trois jours auprès des cadavres; au bout de ce temps, l'âme du juste reçoit les effluves de délicieux parfums, et voit venir devant elle, sons la forme d'une belle jeune fille, sa propre nature, œuvre de ses vertus et de ses efforts. Les âmes des méchants éprouvent des impressions directement contraires. Peu après avoir passé un pont mystérieux, elles sont jugées par Mithra et vont en paradis ou en enfer.

Le culte est simple, l'idolâtrie est interdite. La divinité est adorée sous le symbole de la lumière ou du feu. Mais ce qui dépare cette doctrine jusque-là raisonnable et pure, c'est une idée étroite et Ëupcrstitieuse de ia pureté liturgique et matérielle, conséquence du principe dualiste. La création physique est divisée en deux ;parties : l'une bonne, appartenant à Ormuzd; l'autre mauvaise, œuvTe d'Ahriman. 11 faut détruire les œuvres d'Ahriman : les prêtres zoroastriens sont armés de bâtons pour tuer les serpents et autres animaux impurs. Il faut ménager et respecter les créatures d'Ormuzd ; tuer la loutre, animal pur, est un crime impardonnable. L'eau, la terre et le feu, éléments purs, doivent être respectés. Or, ils seraient souillés par le contact d'un ca-

davre : de là, Fusage étrange d'exposer les morts, pour qu'ils soient dévorés par les oiseaux; les enterrer ou les brûler, ce serait souiller la terre ou le feu. De là aussi, par une conséquence plus singulière et plus funeste, le caractère d'impureté appliqué à certaines professions. Tous les artisans qui taillent la pierre ou emploient le feu, étant déclarés violateurs de la pureté des éléments , étaient considérés comme des parias.

Nous n'avons pas besoin , je crois, de discuter le caractère purement humain de cette religion. Elle est sans doute, par certains côtés, supérieure au paganisme, elle combat l'idolâtrie, elle enseigne un spiritualisme élevé. Mais le principe du dualisme est une erreur funeste. S'il y a deux principes éternels, pourquoi le bon seraitil plus fort que le mauvais? Pourquoi rester fidèle au bon principe, et quel motif y a-t-il de ne pas chercher, comme l'ont fait les magiciens de la Ghaldée, à apaiser les esprits mauvais, aussi puissants que les bons? Le dualisme ébranle la morale du zoroastrisme et la rend irrationnelle. Gomment d'ailleurs comparer Ormuzd, qui n'a été adoré que par les Mèdes et les Perses et n'a plus depuis des siècles qu'un petit groupe d'adorateurs, au dieu des juifs Jéhovah, dont le culte, sous ses différentes formes, s'étend sur l'univers entier et est associé à la vie des plus grandes nations civilisées? La révélation faite à Zoroastre est dénuée de preuves sérieuses. Laissons donc à l'archéologie l'étude intéressante du zoroastrisme. Elle ne touche pas à la question que nous traitons. On ne comprendrait pas que Dieu eût fait une - révélation à un homme et n'eût pas donné, pour preuves de la vérité de ,'sa parole , des témoignages plus certains que les récits légendaires des livres sacrés d'un petit peuple. Mais avant de quitter la Perse et le zoroas-

BEUGIOS DE ZOROASTRE. I«l

trisme, je crois devoir citer nn passage très intéreMuit du voyage en Perse d'Eugène Flandin. On y verra la poésie qui s'allache à ces cuites que le temps a détroks et dont il ne reste que les débris.

« Mes recherches dans les hypogées de Persépolis furent troublées par un incident qui mérite d'être raconté. J'aperçus, gravissant le sentier qui y conduisait, deux individus dont le costume me parut de loin différent de celui des Persans : c'étaient deu^ vieiUardsde petite taille, mais robustes et à l'œil vif. Au lieu du bonnet de peau d'agneau pointu, ils avaient la tête couverte d'un large turban à bouts pendants sur l'épaule. Leur barbe, au lieu d'Être soigneusement teinte d'un beau noir, selon l'usage des Persans, était telle que les années l'avaient rendue, tout à fait blanche. Ils échangèrent entre eus quelques mots dans une langue que je n'avais pas encore entendue dans ces contrées; puis ils m'adressèrent la parole en persan. Aux questions que je leur lis, ils répondirent qu'ils étaient des marchands de Yeid, où ils se rendaient après avoir accompli un long voyage qu'ils venaient de faire dans le nord de la Perse; ils ajoutèrent que, comme presque tous les habitants de Yezd, ils étaient de religion guèbre ; qu'ignicoJes comme Djemcbid, le grand roi qui avait élevé les palais de Persépolis, ils n'avaient pas voulu passer auprès de ces ruines sans venir y faire une pieuse visite. A peine avaient-ils achevé, qu'ils se mirent à ramasser du menu bois et des herbes sèches, en formèrent une espèce de petit bûcher sur le bord de l'escarpement du rocher où nous nous trouvions, et l'allumèrent en murmurant des prières dans la même langue que je les avais entendus parler à leur an-ivée; ce devait être du send, la langue de Zoroantre et du Zend-Avesla, celle dont les caractères

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étaient gravés sur les murs de Persépolis. Pendant que ces deux guèbres priaient devant leur feu , je levai les yeux sur le bas-relief supérieur de la façade du caveau funéraire devant lequel nous étions. La scène qu'il représentait était exactement semblable. Ce culte avait donc encore, après plus de deux mille ans, des adeptes dont la foi s'était conservée malgré les persécutions des sectateurs de Mahomet et d'Ali. Longtemps après le départ des deux guèbres, le petit bûcher brûlait encore, et sa fumée légère montait en colonne bleuâtre vers le ciel. Je me sentis sous l'influence d'une impression religieuse, en me retrouvant seul à côté de ces cendres invoquées qui avaient reçu l'hommage de deux vieillards prosternés devant elles; la fumée du sacrifice s'élevait lentement au-dessus des rochers sauvages qui dominent la plaine silencieuse, couverte de ruines, au milieu desquelles étaient encore les débris des antiques autels du feu (i). »

La pensée de Flandin est belle et touchante ; mais elle se rapporte aune religion déjà presqu'éteinte et morte. Or, ce n'est pas dans une telle doctrine que peut se trouver la vérité éternelle et la parole du vrai Dieu, qui, comme le dit l'Évangile, n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants.

La religion que nous devons étudier maintenant , le brahmanisme de l'Inde, est bien loin d'être, comme le zoroastrisme , une religion éteinte. C'est un culte très vivant qui a près de cent quatre-vingt millions de fer- Ci) Eugène Flandin, Voyage en Perse, t. IT, p. 203.

vents sectateurs, et, chose singulière, il a cette puissance après plus de trois mille ans d'existence et après avoir résisté aux influences religieuses étrangères les plus fortes. Le bouddhisme, doctrine sortie du brahmanisme , mais sa rivale et son ennemie , s'est développé dans rinde, mais il n'a pas triomphé de l'ancienne doctrine ; au contraire, il a disparu de l'Inde au moyen âge devant une réaction brahmanique. Les musulmans ont conquis l'Inde , mais leur force de prosélytisme a été presque impuissante; ils n'ont gagné à leur religion qu'une faible partie des Hindous, et n'ont même pas pu arracher leurs propres adeptes à leurs superstitions locales. Les musulmans de l'Inde sont à moitié brahmanistes. Les missionnaires chrétiens ont eu moins de succès encore, et le brahmanisme, transformé, mais toujours vivace, a résisté à ces trois énergiques causes de destruction, et a subi sans périr le choc de la propagande des trois plus grandes religions de l'univers. C'est donc une doctrine qui mérite d'attirer notre attention.

L'origine du brahmanisme ne saurait être fixée avec précision ; c'est une religion impersonnelle , qui n'a pas de fondateur et ne se rattache au nom d'aucun homme. Ce qui la constitue, ce sont d'une part un livre, le Vêda, et d'autre part une caste sacerdotale, la caste brahmanique. Le brahmane est l'homme du Véda; il l'apprend, l'interprète et l'enseigne : c'est son privilège. Le Vêda est le livre par excellence, la bible du brahmane. Selon Fopinion et l'enseignement des brahmanes, le Vêda serait un livre divin; il serait éternel, absolument vrai, sans aucune erreur. Le Vêda ne procéderait pas de la révélation faite par un Dieu personnel à un prophète. Il serait lui-même une sorte de divinité. Les paroles sacréejs

du Vêda auraient retenti de toute éternité au milieu du' monde. Certains hommes choisis, par leur vertu et par leur science , seraient parvenus à entendre ces paroles, et les auraient répétées aux autres. Ainsi aurait commencé lasruti (l'audition), à laquelle s'opposent les commentaires humains qui forment la smriti (la tradition) ; ceux-ci ne sont pas divins et peuvent contenir des erreurs (i). La sruti est infaillible au contraire; elle forme le canon du Vêda. Une fois répétées par les anciens chantres , les richis, les paroles sacrées ont été transmises de bouche en bouche par chaque maître , chaque guru brahmanique à ses élèves. Il s'est formé des écoles qui ont conservé les mêmes paroles , avec certaines variantes et certains changements dans leur ordre. De là sont résultées diverses collections de chants sacrés. Ce n'est que très tard, peut-être peu avant l'ère chrétienne, qu'il a été permis d'écrire le Vêda , et il a toujours été défendu de le traduire en une autre langue que le sanscrit.

X*examen intrinsèque du Vêda, que la science moderne a rendu possible, ne permet pas d'accepter sur son origine l'explication des brahmanes. Le Vêda n'a aucun des caractères d'une parole étemelle et surhumaine. Il se compose de couches superposées de chants et de commentaires , entre lesquelles il existe des différences de langage qui montrent qu'elles ne sont pas du même temps. Les plus anciennes parties doivent remonter au quinzième siècle avant l'ère chrétienne, à l'époque où les Aryas de l'Inde n'avaient pas atteint dans leurs migrations l'océan Indien. Les auteurs des plus anciens chants se déclarent quelquefois inspirés, mais d'une ma-

(1) Max Millier, Ancient sanscrit littérature.

nière vague, et ne parlent aucunement de celte audition passive d'une parole divine imaginée plus tard par les brahmanes. Les commentaires, considérés aussi comme faisant partie de la révélation , sont de beaucoup postérieurs. Mais ce n'est pas tout. En étudiant celte littérature, on y rencontre des doctrines absolument diverses. Il y a dans le Vêda comme deux religions superposées : Tune , contenue dans les anciens hymnes , est un polythéisme naturaliste, avec une idée de la vie future analogue à l'idée chrétienne, l'idée d'un ciel et d'un enfer éternels. La seconde, qui est le brahmanisme proprement dit, est un panthéisme idéaliste joint à l'idée de la métempsycose.

La religion ancienne, la religion qu'on a appelée proprement védique, parce qu'elle est contenue dans les hymnes du Véda, n'est qu'une des branches de ce polythéisme traditionnel que nous avons déjà étudié. Les dieux multiples y existent déjà, mais sans avoir acquis une personnalité très distincte ; leurs noms sont les voiles transparents de certains phénomènes naturels , le vent , l'orage, le soleil, l'aurore; ou des éléments du sacrifice, le feu, la libation. Cette religion primitive, pour des causes que nous ne connaissons qu'imparfaitement, mais dont l'une est certainement l'établissement de la caste sacerdotale des brahmanes, ne suivit pas l'évolution que nous avons constatée dans le polythéisme occidental. L'idolâtrie ne s'établit pas; le sacrifice, au lieu d'être comme dans l'Occident multiplié en raison du nombre des dieux, subsista comme un rite unique adressé au panthéon tout entier. Il n'y eut même pas de temples, ni de culte public. Le sacrifice était offert primitivement par le père pour chaque famille, et plus tard par le

brahmane seul au nom du chef de chaque famille. Puis la

spéculation philosophique, qui se développa de fort bonne heure, ramena les esprits à Tidée de Tunité du premier principe.

Sous l'effet de ces diverses influences , une sorte de religion nouvelle se constitua; c'est cette religion, distincte du polythéisme et qui porte spécialement le nom de brahmanisme, dont nous devons indiquer les principaux caractères. Le premier et le plus frappant consiste dans sa liturgie. La cérémonie du sacrifice, chargée de rites très compliqués, est la grande œuvre du brahmane. Cette liturgie est considérée comme ayant une véritable puissance magique sur la nature. Chose étrange, l'idée de la puissance de la liturgie devient si frappante qu'elle efface celle des dieux auxquels le sacrifice est offert. Les dieux ont besoin du sacrifice ; sans le sacrifice ils ne peuvent accomplir leur tâche. Voici un proverbe brahmanique : « Les êtres vivants sont soutenus par la nourriture; la nourriture est produite par la pluie; la pluie par le sacrifice ; qui ne travaille pas à faire tourner cette roue est indigne de vivre (i). » Dans la mythologie du Vêda nous voyons une grande guerre entre les dieux et les Asoras, espèces de démons. Elle correspond à la guerre des dieux et des Titans dans la mythologie grecque. Mais comment les dieux triomphent-ils ? Par des sacrifices, par des formules sacramentelles, par des versets du Vêda qu'ils ont entendus comme les chantres humains et dont ils se sont servis comme d'instruments invincibles. Bien plus, on voit dans certaines sectes, que les dieux ont créé le monde en offrant un sacrifice : mais à qui ce sacrifice est-il offert, puisque ce sont les dieux mêmes auxquels les

(1) Bagavad- Gita {iruduciion latine de Schlegel). Lect. III, v. 15 et 16.

sacrifices sont offerts ordinairement qui l'offrent à leur tour? Le livre sacré ne le dit pas; le sacrifice a fini par être considéré comme quelque chose d'absolu ; les noms des dieux subsistent dans les prières d'offrande, mais ces noms ne sont plus que de purs mots.

Si cette exaltation de la liturgie abaisse les dieux, en revanche elle exalte le prêtre. Le brahmane, Thomme du sacrifice , devient un être surnaturel supérieur aux autres. Il est sorti de la tête de Brahma, l'être suprême, tandis que les guerriers sont nés de son buste, les marchands de son ventre et les artisans de ses pieds. De <}ette idée naissent les privilèges légaux du brahmane. Celui qui a tué par mégarde un br^^hmane , doit vivre pénitent dans un désert pendant deux ans, jeûnant rigoureusement, portant constamment le crâne du mort, ou un autre s'il ne peut avoir celui-ci. Celui qui a volé une vache à un brahmane doit avoir le pied coupé (i). Celui qui a volé de l'or à un brahmane doit se présenter devant le chef du pays, portant une. massue de fer sur l'épaule, et devant lui confesser sa faute. Le juge doit edors' prendre la massue et en asséner un coup violent sur la tête du coupable; si le voleur n'en meurt pas, il est absous de sa faute. Par contre, les fautes des brahmanes sont toujours dignes d'indulgence. Lorsque les autres Tiommes sont condamnés à la confiscation de leurs biens, ou au dernier supplice, le brahmane n'est puni que d'une légère amende (2). Un brahmane connaissant le Rig-Vêda •ne serait souillé d'aucun crime, si même il tuait tous les habitants des trois mondes (3). Voici quelques prescrip-

(1) Code de Manu, XI, 72.

{2)iManu. XI, 99-100.

,(3) Manu, XI, 261.

tions du code brahmanique à l'adresse des rois : « Réduit à lui-même et à la dernière extrémité, que le roi n'irrite pas les brahmanes ; irrités, ils le feront périr à l'instant, lui, ses armes et ses équipages. Qui pourrait prospérer, après avoir tourmenté ceux qui, dans leur courroux^ peuvent produire d'autres mondes , d'autres esprits , régents des mondes, et enlever aux dieux leur divinité? Quel homme désireux de vivre nuirait à ceux qui par leur appui font subsister les mondes et les dieux? Le roi, lorsque sa fin approche , doit donner au brahmane tout le produit de ses amendes légales. Que le roi se lève dès l'aurore, et qu'après s'être levé il s'empresse auprès des brahmanes pour leur témoigner son respect, et qu'il se soumette entièrement à leurs prescriptions » (1). Sans doute les prescriptions énoncées par le code brahmanique n'bnt pas toujours été accomplies; les kshattrias ont souvent résisté aux brahmanes et lutté avec eux. Le pouvoir du sacerdoce dans l'ordre politique a toujours été énergiquement combattu. Mais je ne crois pas qu'on trouve nulle part, en aucune langue, un orgueil sacerdotal et des prétentions de l'homme à une puissance divine poussées aussi loin. Les brahmanes se sont substitués aux dieux qu'ils étaient chargés d'invoquer.

La liturgie n'est pas le seul aspect du brahmanisme. Nous avons à considérer maintenant son aspect philosophique. L'orgueil humain s'y manifeste autant que dansla liturgie. Dès les époques les plus anciennes la spéculation prend son essor. Un très étrange morceau du Rig- Vêda, cité par Max Millier, rappelle les spéculations de la philosophie allemande. Il commence ainsi : x( A l'originu il n'y avait ni être ni non être ; il n'y avait ni atmos-

(1) Manu. Ml, 37, 39 et 54.

jihère ni ciel, ni mort ni inimorlalité, ni distinclioii enlre le jour et la nuit; l'Unique respirait en silence, ne dépendant que de lui-même (1). " Il termine par une question plus étrange encore : " Qui peut savoir d'où ei fîorti cet univers? Les dieux l'ignorent, car ils ne sont ici ! qu'après son développement. Qui donc sait d'où l'uniyers est venu? A-t-il été fait par quelqu'un ou ne l'a-t-il paa été? Celui qui règne au plus haut des cieux sait cela, ou peut-être ne le sait-il pas. » La philosophie traite, on le voit, avec mépris les dieux multiples; ils ne sont venus (]u'aprè3 l'univers. Quant à l'Être suprême, à celui règne dans les cieux, elle se demande s'il connaît l'origine du monde. C'est se demander si le principe premier est un filre intelligent ou une force inconsciente. La spécu- , lation hindoue a toujours hésité entre ces deux solutions, en penchant toujours cependant vers le panthéisme ab- .■iolu. Elle a rejeté avec dédain les anciens dieux et a imaginé successivement divers êtres suprêmes, dont I dernier, celui qui a hérité des autres, a été Brahma, dont le nom signifie selon les uns le pouvoir, suivant d'autres la formule liturgique.

Qu'est-ce que Brahma? C'est l'être unique et le pre-; 1 inier principe; mais est-ce un créateur? Ce n'est certainement pas, comme Jêhovah, un créateur distinct du 1 monde. Seulement quelquefois il semble que ce soit un -^tre intelligent, qui ferait sortir le monde de sa subalance : plus souvent c'est une force aveugle. Néanmoir c'est l'être unique; lui seul existe, les autres êtres ne -sont que des apparences; l'évolution des phénomènes est comme un rêve de Brahma; quand il s'endort coni-

[D Rig-Véïlei, XK

plètement, le monde disparaît, quand il s'éveille et commence à penser, l'univers renaît. Dans un grand nombre de passages , Brahma est considéré comme un être sans attributs; c'est alors un panthéisme équivalent à l'athéisme. D'ailleurs, le sage, le philosophe est l'égal de Brahma; il est le même que Brahma. L'existence individuelle n'étant qu'une illusion , que le sage tâche de secouer les fantômes sensibles : il se reconnaîtra luimême, il verra qu'il est l'être suprême, qu'il est Brahma^ il entrera ainsi dans la béatitude.

Des spéculations des brahmanes sur l'infini et l'absolu,, nous pouvons passer à leurs notions sur la vie future , car elles sont étroitement liées entre elles. Nous avon& vu que dans les hymnes il était question d'un sort définitif, fixé à la mort pour les bons et les méchants. Dans^ les livres postérieurs apparaît l'idée de la transmigration de l'âme. Elle passe , suivant ses fautes , dans des corps d'animaux et de monstres. Les expiations pour toutes les^ fautes, principalement pour les fautes liturgiques ou le^ violations du droit des brahmanes, sont terribles. Bientôt ridée de la transmigration s'étend; non seulement les hommes, mais les dieux y sont soumis. Tout ce qui commence doit finir, mais pour recommencer. Tout ce qui naît doit mourir, mais pour revivre. C'est un cycle perpétuel, une roue afl'olante qui tourne sans fin. Ce ne sont plus les supplices seulement de la vie future, c'est le changement, c'est l'existence passagère qui est un mal, le mal suprême. A tout prix, il faut sortir de cette infernale prison roulante. A tout prix , il faut cesser de changer, de mourir pour renaître. De là l'idée du salut, de la délivrance, objet de l'aspiration de tout Hindou intelligent,, brahmane, guerrier ou marchand. Devant cette préoccupation, tout le reste pâlit. Le sacrifice liturgique lui-

BrtAILHANLSME ANCIEN.

môme devienl secondaire. Il ne sert qu'à obtenir i richesses et des biens temporels. Ce qui eet l'objet de l'élude des sages, ce qui est l'objet des discussions, des tournois littéraires et philosophiques à la cour des ■ rajahs de l'Inde, c'est la délivrance de l'âme, c'est le moyen d'obtenir un état fixe et de sortir de ce change- I ment indéfini. Cette délivrance, on le comprend, ne peut fitre que le passage du changement à la fixité, du relatif <i l'absolu. Elle consiste pour la plupart des philosophes à s'absorber en Brahma, l'être unique. C'est le système nommé vedania, le plus répandu dans l'anfiquité hindoue. Pour d'aolres qui admettent que l'homme a une individualité plus persistante, elle consiste à détacher l'âme de la nature , cause du changement , et i\ la laisser isolée , sans passions, sans action, sans jouissance et sans peine, car l'action, la passion, la jouissance et la peine supposent le changement : telle est !a solution de la philosophie Sânkhya. Le moyen de la, délivrance est double, c'est la science et la vertu. La science produit la délivrance rie l'àrae. La spéculation philosophique, apprenant à l'homme te néant rie l'existence changeante, l'identiâe à l'être absolu et immuable. Mais il faut joindre à la science la verlu, et ainsi la recherche de la déhvrance devient le principe de la morale brahmanique.

Cette morale n'est pas une morale religieuse; les dieux personnels ne sont rien pour le brahmane. Mais ce n'est pas non plus une morale humaine et sociale fondée sur l'opinion publique et les relations des hommes entre eux. C'est une morale philosophique et ascétique dont le principe est une loi mystérieuse selon laquelle les fautes produisent des souffrances dans les existences futures, d'oii il résulte qu'il faut éviter les fautes pour éviter les souffrances. Puis, comme le principe des fautes se trouve

dans les désirs du cœur, il faut réprimer ces désirs. Enfin, pour obtenir la délivrance complète de l'âme, pour échapper aux révolutions de l'existence, il faut réprimer entièrement les désirs et anéantir la concupiscence. Tel est le principe de la morale brahmanique. Les Hindous en ont tiré deux sortes de conséquences. Les uns, poussant à l'extrême le principe de l'ascétisme, en sont arrivés aux mortifications effrayantes et insensées des fakirs, à ces macérations étranges qui ont étonné tous ceux qui ont visité l'Inde, depuis le temps d'Alexandre le Grand jusqu'à nos jours. De là sont venus ces ascètes dont la vie semble inexplicable, ces hommes, qui s'imposent de rester des mois et des années dans une même posture, laissant leurs ongles croître dans leur chair, ou demeurant exposés pendant des journées entières au soleil des tropiques ; quelques-uns habitant dans les forêts, quelquefois y vivant nus et se nourrissant d'herbes et de fruits sauvages , d'autres exerçant la profession de mendiants ou de jongleurs et considérés comme des saints par le peuple hindou. L'ascétisme hindou, il est bon de le remarquer, a perdu de bonne heure tout caractère religieux. Probablement il a eu ce caractère à l'origine; le même terme, tapas, désigne la mortification et le sacrifice, mais à l'époque où nous rencontrons dans la mythologie hindoue les histoires des ascètes, leur système de macérations corporelles est devenu indépendant de l'idée de Dieu. Il est aussi chez le brahmane étranger à toute idée de charité et de bienfaisance. Le sentiment qui semble prédominer chez l'ascète brahmanique est l'orgueil. De même que le philosophe et le prêtre, l'ascète est supérieur aux dieux. Un ascète célèbre dans la mythologie, Visva-Mitra, entre en lutte avec le Dieu du ciel, et par la puissance de ses austérités, il place malgré

<;e Dieu une nouvelle conslellalion dans le lirmaniL'nt < et oblige les dieux à transiger avec lui (l).

Dans d'autres écrits brahmaniques on voit, quoique sortant du même principe, une morale plus sage et plue modérée. Tel est, par exemple, le tableau de la vie du brahmane. Pendant douze ans il est novice, disciple <locile d'un maître, et apprend le Vèda, obligé de servir I son maître et de lui obéir respectueusement. Puis il se i marie pour soutenir la caste ; il doit alors remplir les devoirs d'un père de famille et élever ses enfants jusqu'à <:e qu'ils aient l'âge d'homme. Alors il quitte sa famille «t se relire dans le désert pour s'y livrer à la mortification et à l'ascétisme. Enfin, ayant vaincu ses sens, il passe le reste de ses jours dans la contemplation de Brahraa, l'être unique. Il y a dans les livres brahmaniques de belles prescriptions sur la chasteté, la véracité, la fidélité aux promesses, sur l'aumàne et sur les devoirs des pères de famille. Elles sont déparées par le principe des castes et le mépris de certaines professions impures. Enfin on ne peut nier que celte préoccupation de la vie future ne soit très puissante et d'un grand effet moral. La confession des fautes est prescrite pour éviter les châtiments futurs. On trouve aussi dans les lois de Manu une pénitence terrible imposée pour une faute liturgique : le coupable doit avaler un verre d'eau bouillante; il en mourra; mais, ajoute le livre hindou, en détruisant son corps, il sauvera son àme. Il semble qu'au milieu de ces folies d'orgueil ou voie de temps en temps reparaître des sentiments analogues à ceux qu'inspire l'Évangile.

Noua ne nous arrêterons pas à apprécier la doctrine

(i) Hoir, Original

i54 HISTOIRE DES RELIGIONS.

brahmanique. Au point de vue humain elle contient de belles parties, d'assez hautes idées morales, bien que Torgueil y prédomine sous toutes les formes, orgueil du prêtre, de Tascète, du philosophe. Mais il est impossible de supposer une origine divine à une doctrine si incohérente et si contradictoire. Le fonrdement de la foi des brahmanes est Féternel retentissement des paroles^ sacrées du Vêda dans Funivers. C'est un fondement fragile : nous n'entendons pas ces paroles, et ceux même à qui on attribue cette audition n'ont pas dit que les choses se soient passées ainsi. Ces paroles d'ailleurs sont contradictoires entre elles et ne peuvent venir du cieL

Il est néanmoins utile, pour terminer cette étude du brahmanisme, de voir quelle transformation profonde il a subie dans les temps modernes. Le brahmanisme ancien, sans idoles, sans temples, et presque sans dieux» n'a jamais été une religion populaire. Il n'a pu être que le culte des classes éclairées. Même dans ces classes, iï semble qu'il soit tombé en décadence quelques siècles, avant l'ère chrétienne.

C'est alors que parût le bouddhisme. Çakya-Mouni,. de la caste des Kshattryas, lui-même élève des brahmanes, ascète et philosophe, fonda une religion nouvelle. Laissant de côté, sans même les combattre, la caste brahmanique, le dieu suprême Brahma et le Vêda des brahmanes, il établit une doctrine nouvelle, fondée sur sa propre parole et son infaillibilité. Il avait tout aussi bien le droit de se déclarer supérieur aux dieux et maître du monde que les brahmanes de caste et les autres ascètes. Il confia sa doctrine, relative à la délivrance, assez semblable d'ailleurs à la doctrine brahmanique, à un corps de moines mendiants recrutés dans toutes les castes. Ses disciples s'adressèrent au peuple, ce que ne

NÉOBRATraANlSME. 135

faisaient pas les brahmanes; ils instiluèrenl un culte public et le rendirent plus attrayant par l'empCoi d'images du Bouddha auquel on rendit un culte d'honneur. Les progrès de la nouvelle doctrine devinrent bientôt menaçants pour l'influence et rautorité des brahmanes. Alors, soit i spontanément, soit par politique, car l'bistoire de ces ! faits est très incertaine, il se produisit dans le brahmanisme une profonde transformation, Un grand nombre de savants pensent qu'il y eut alors fusion entre le brahmanisme et les cultes idolàlriques populaires très anciena dont la littérature des brahmanes, notre seul document pour les époques anciennes, ne parle pas. Le caractère de la nouvelle rehgion, du néo- brahmanisme ou de l'hindovisme, de cette religion qui dure encore dans l'Inde et dans l'Indo-Chine, c'est l'adoration de dieux très vivants, très concrets, très humains, représentés par des idoles. Il semble que l'évolution païenne, in rompue par la spéculation brahmanique et par la constiluliou de la liturgie, ait repris son esaor, et que le brahmanisme, soit rentré dans la voie générale où marchent les cultes païens. Anthropomorphisme très marqué et idolâtrie grossière, tels sont les caractères du nouveau culte. On peut en reconnaître un troisième, par lequel il se rapproche des cultes de l'Asie-Minenre et de la Syrie, dernières formes du polythéisme occidental mourant. Ce caractère est le mysticisme et le fanatisme. Ce n'est plus la science spéculative, ce n'est plus même l'ascétisme qui est le caractère dominant des nouveaux cultes. Ce sera la foi, la confiance en un dieu déterminé qui est considéré comme souverain, la confiance en un nom spécial, quelquefois en une formule spéciale de prières. A celte foi sera joint l'amour, la passion pour un être divin considéré comme parfait.

Quelques auteurs ont supposé que'ces sentiments ne pouvaient être qu une imitation du christianisme. Cela est douteux ; ces sentiments sont dans la nature humaine et peuvent se développer quand les circonstances sont favorables. Or, le nouveau paganisme avait sur le polythéisme gréco-romain un avantage immense. Il héritait des spéculations brahmaniques sur Tinfini et Tabsolu qui, tout en détruisant les dieux païens, avaient répandu dans les esprits certaines notions vraies relativement à la nature divine, celles de son unité et de sa perfection absolue. Ces idées se fondirent par divers artifices avec celle des dieux vivants concrets et visibles. L'exemple le plus frappant par son analogie avec le christianisme est la théorie des incarnations de Vichnou. Vichnou est pour ses sectateurs le Dieu suprême, l'Être absolu et infini. Mais il s'incarne sous diverses formes, celles d'un poisson, d'un lion, d'une tortue, etc., et enfin celle de deux héros. Rama et Krishna. Il descend sur la terre, sous une forme nouvelle, chaque fois que la religion est près de périr. Il paraît surtout sous la forme de Krishna, qui est un véritable dieu incarné. L'incarnation de Krishna ne paraît être ni une imitation de l'incarnation chrétienne, ni un écho d'une tradition primitive. Elle semble avoir été créée spontanément par l'association du culte d'un dieu visible avec l'idée spéculative de TÊtre absolu. Civa, l'autre grand Dieu de l'Inde, ne s'incarne pas , mais il paraît sur la terre sous différentes formes ; il a une biographie précise, connue et pleine d'aventures, et aux différents événements de laquelle se rapportent un certain nonibre de sanctuaires. Civa est, comme Vichnou, le Dieu suprême, mais tout brahmane inteUigent sait qu'il n'y a qu'un Dieu, et que Civa est au fond le même que Vichnou. Il est aussi le même que

Brahma, el l'unilé de ces différents êlres a été figurée par une sorte de trinité artificielle relativement récente, composée de Brahma, Civa et Vichnou. Le culte brahmanique moderne contient, associée au polythéisme, une idée très nette de l'unité divine- En cela, il diffère du polythéisme gréco-romain. Ce théisme vague et puissant est devenu plus net depuis que les brahmanes sont en contact avec les musulmans et les chrétiens monothéistes. Sur ce fond d'idéea, il s'est formé dans la hltérature hindoue d'assez beaux morceaux religieux ; on rencontre parfois des pensées métaphysiques ou morales analogues à celles des mystiques chrétiens. Une jolie légende montre comment, dans certains cas, ces païens se sont élevés jusqu'à la conception de l'amonr de Dieu. La princesse Mira Bai était pleine de dévotion pour Krishna. On veut la forcer d'abjurer son Dieu. Elle abandonne alors son trône et son époux pour ne pas renier sa foi, et, poursuivie par ses persécuteurs, va chercher un refuge au pied de la statue du dieu. « J'ai abandonné, lui dit-elle, mon amour, mon royaume, mon époux ; Mira ta servante se réfugie auprès de toi. Si tu sais que je suis sans tache, reçois-moi. » Alors, selon la légende, la statue s'entr'ouvrit et Mira disparut dans ses flancs (1). On dirait une légende du moyen âge. Il est vrai que ce récit date d'une époque récente, ce qui permet de croû-e que l'influence indirecte du chriatianisnie ou de l'islamisme n'y est pas étrangère.

Mais à côté de ces passages purs et élevés, le culte néobrahmanique contient une abondance de rites et de pratiques grossières, obscènes, cruelles, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Krishna, le dieu incarné, et

(I) Barlh, Beligiotu ofJnditt, \i. 337.

Giva, le dieu qui vient se manifester sur la terre, sont des personnages d'une moralité plus qu'équivoque. Giva est à la fois un ascète, un brigand et un débauché. Krishna passe sa jeunesse au milieu des bergères, et cette vie pastorale n'a rien d'édifiant. '^Plus tard, en arrivant avec sa suite à la porte d'une ville, il pille des marchands qui en sortaient; il est cependant le Dieu suprême incarné. Le culte de Giva est caractérisé par des symboles et des pratiques obscènes; celui de Krishna par une littérature erotique et sensuelle. Puis autour de ces deux personnages se groupent leur famille et leurs amis, leurs mères r leurs sœurs, leurs épouses, toutes représentées par de hideuses idoles ; la femme de Giva, Kali, est une négresse de la bouche de laquelle sort une énorme langue rouge et qui porte autour du cou un collier de crânes humains. D'autres dieux, leurs acolytes, sont représentés sous les aspects les plus difformes, avec des multitudes de bras et de têtes , singulière manière de représenter l'infini. Le panthéon néo-brahmanique est la plus révoltante collection de monstres que l'on puisse imaginer. Il n'a de comparable que celui des bouddhistes chinois. Autour de ces idoles se pratique un culte extrêmement varié, qui va d'un extrême à l'autre, d'un ascétisme insensé jusqu'à la débauche et à des bacchanales religieuses. Ge culte n'est pas dirigé en général par les brahmanes. Les brahmanes ont conservé leur ancien culte, froid et solennel; ils ne sont pas ordinairement prêtres des idoles, ils laissent ce rôle à des gens de caste inférieure, mais ils s'associent au culte et y prennent peurt, et tous sont adorateurs, soit de Vichnou, soit de Giva. Le néobrahmanisme est d'ailleurs divisé en une foule de sectes, toutes s'excommuniant et se méprisant les unes les autres ; la séparation en castes n'a fait que s'accroître ; ce ne

\ÉO-BBAHMAMSME.

sont plus des castes seulemenl, ce sont des multitudes el des subdivisions de petits groupes, qui se considèrent les uns les autres comme impies. L'union se produit néanmoins dans les grands pèlerinages, lorsqu'il s'agit pour eux d'aller chercher à Bénarès, À d'hnmensea distances, l'eau sainte du Gange pour la rapporter dans leurs foyers, ou lorsque les foules vont assister à ia procession de la statue de Jaggernaut , sous les roues de laquelle les fanatiques se faisaient écraser, espérant obtenir ainsi la délivrance de leurs âmes. Je n'en finirais pas, si je voulais décrire toutes les superstitions absurdes, les usages cruels, obscènes et révoltants du brahmanisme moderne. Ceux qui ont visité l'Inde savent que rien ne peut dépeindre ce mélange d'exaltation religieuse et de corruption morale (1), et le gouvernement anglais, bien qu'il se soit efforcé de s'immiscer le moins possible dans les croyances indigènes, s'est vu obligé de défendre un grand nombre des plus odieuses cérémonies, en particulier les sacrifices humains offerts encore récemment à la déesse Kali, et le suicide obligatoire des veuves, qui était, il y a un siècle, la loi générale des pays hindous.

Comment les idées et les sentiments élevés et purs dont nous avons parlé s'accordent-ils dans les esprits des Hindous avec toutes ces superstitions? C'est ce qu'il est " difficile de comprendre; c'est un problème analogue à celui que présente la littérature si élevée de l'Egypte h côté des pratiques révoltantes de son culte. Dans l'Inde et dans l'Egypte, il semble que les contraires ne s'excluent pas, que tout entre dans la pensée de ces hommes, tandis que rien n'en sort. C'est le grand obstacle à lu conversion des Hindous au christianisme. Ils adoreront

(0 Héber, érèque de CalcnlU. Karrative o{ a journeij. Il, 225,

volontiers Jésus-Christ, mais ils ne cesseront pas d'adorer Vichnou ou Giva. Bien plus, chez eux Tincrédulité ne détruit pas la superstition. Tel auteur hindou moderne qui professe dans un livre anglais le positivisme absolu, mettra en tête une formule d'invocation à quelque divinité spéciale de l'Inde.

Le néo-brahmanisme est donc devenu un grossier polythéisme. Il est aussi corrompu que le polythéisme gréco-romain, au moment où il fut détruit par le christianisme. Il amême cette infériorité de n'avoir aucune beauté, aucun idéal, et de remplacer le Jupiter de Phidias et la Vénus de Milo, par des monstres ei des magots. D'autre part, les forces du christianisme dans Tlnde ne semblent pas aussi grandes qu'elles l'étaient en Occident au temps de Constantin. Les Hindous tiennent à conserver une religioh nationale et à se rattacher à leur propre tradition, quelque corrompue qu'elle soit. Il sera très difficile de les en arracher.

Il sera, je crois, tout aussi difficile, et même il sera impossible de fonder, même avec l'adjonction d'idées chrétiennes, une doctrine religieuse logique et durable sur la Iradition incohérente du brahmanisme. Le passé de l'Inde, c'est l'incertitude et la contradiction; c'est le passage alternatif du polythéisme à un monothéisme vague, de la pure spéculation philosophique à une grossière mythologie , de l'ascétisme violent à un sensualisme sans frein. Aussi la tentative récente de fonder un déisme brahmanique sous le nom de Brahma- Somaj (1) a-t-elle peu de chance de réussir, et il est à

(1) Le Brahma-Somaj a été fondé au commencement de ce siècle, par Rab-Mohum-Roy. Il s'est divisé en plusieurs sectes, dont l'une des principales, intitulée Nouvelle Dispensation, a pour fondateur un brahmane nommé Chunder-Sen, qui se déclare prophète et envoie

craindre que l'on ne voie dans l'Iude les classes supérieures tomber dans l'incrédulilé complète, tandis que le peuple restera longtemps encore attaché aux plus grossières soperslitions.

Terminons ici notre étude. La Perse et la Chine nous ont montré des tentatives de réforme spirilualiste et morale, honnêtes, mais imparfaites et impuissantes. L'Inde, nous montre un caste sacerdotale qui, après avoir anéanti les dieux anciens pour se mettre à leur place, transige ensuite pour garder son influence avec les superstitions, la mythologie et le polythéisme. Il n'y a rien là qiù indique une action dirine. Il nous reste avoir si nous la rencontrerons dans l'étrange religion qui est sortie du brahmanisme, dans ce culte si bizarre et si plein de contrastes qui a été fondé par Çàkya-Mouni.

(Im l>rovluiEalions à tous les peuples de l'univers. Les pripci)>es du Brahma-Somaj sont le Ihélame, la doctrine de ta vie future sang métempsycose, l'exclusion de l'idoUtrie, l'égale lalenr de toutes les religions révélées de l'univers, et l'idée que ces révéltktions nont corrigées l't jugées par une révélation individaelle et interne. Le Brahnia-Sonia] se place en face de toutes les religions dans une situation analogue à celledu protestantisme libéral eslréme en face des sectes cliré- Ciennes. Mais on ne roit pas par quel moyen ce système pourra résister à la fois au rationalisme, an panthéisme et aux doctrines païennes toujours vivantes dans l'Inde. Dès i présent les Brahmoistes reviennent à des cérémonies de l'ancien culte brahmanique, et l'on voit se développer chez ensnn culte de Dieu, sous le nom féminin de Mère universelle, qui semble un retour encore diseimolé vers l'adoration des déeïses.

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