CHAPITRE IX
LE CHSI8TIAHI6HË ET LES AUTRES RELIGIONS COMPARÉS DANS LEURS ÉLÉMENTS COMMUNS.
En étudiant les ressemblances enlre le christianisme et les autres cultes , nous avons vu que ces ressemblances ne sont pas tm obstacle à la démonstration de la vérité chrétienne. Soit qu'elles proviennent de la révélation primitive, origine commune de toutes les reHgions, soit qu'elles naissent spontanément des instincts religieux du cœur humain, elles peuvent exister entre une religion divine et des œuvres humaines, mus que la distance qui sépare la première des secondes soit diminuée. Cette objection écartée, nous pouvons entreprendre la solution de cette question suprême. Le christianisme est-il une œuvre divine ou une œuvre humaine? Peut-il être le produit des causes naturelles qui ont transformé les anciennes religions et en ont fait naître de nouvelles, on bien exige-t-il l'action d'une cause surnaturelle?
Nous avons indiqué précédemment les deux manières selon lesquelles on peut concevoir l'action d'une telle cause, au milieu même des étroites et nombreuses ressemblances qui existent entre tous les cultes. Nous avons dit qu'on peut la considérer comme créant, entre des éléments religieux qui se trouvent dispersés et déformés ailleurs, une unité et une harmonie vivante qui ne se rencontrent pas dans les cultes humains. Nous avons montré, en second lieu, qu'il existe un grand nombre
d'éléments de la religion chrétienne auxquels on peut comparer certains éléments analogues dans les autres cultes, mais qui diffèrent tellement de leurs analogues et leur sont tellement supérieurs, qu'il faut, pour les expliquer individuellement, une cause transcendante et divine. Enfin, il peut y avoir et il y a réellement des éléments propres au christianisme et qui ne se trouvent pas ailleurs, même imparfaitement reproduits.
Ceci posé, nous renvoyons à une prochaine étude l'examen des caractères particidiers et spéciaux de la transcendance du christianisme, des éléments qui lui sont absolument propres , ou de ceux qui , individuelleinent considérés, sont tout à fait différents de leurs analogues. Nous allons, pour le moment, nous placer au premier point de vue et considérer le christianisme comme la religion qui satisfait le plus complètement et le plus parfaitement aux instincts religieux communs à toute l'humanité. Nous nous appuierons sur les ressemblances elles-mêmes, sur les éléments qui semblent identiques dans la vraie religion et dans les cultes erronés, pour montrer que la disposition de ces éléments, leur harmonie et la vivante et organique unité qui les contient ne sauraient venir de la terre.
Pour juger à ce point de vue la religion chrétienne, plaçons-nous tout d'abord dans l'hypothèse que nous croyons vraie et que nous ont déjà suggérée tant de vraisemblances, celle de la divinité du christianisme. Admettons que Jésus-Christ, fondateur de l'Église chrétienne, est vraiment le Fils et l'envoyé de Dieu. Supposons, en outre, qu'il ait pour dessein de créer une religion qui satisfasse parfaitement aux instincts religieux de l'humanité. Supposons qu'il ait voidu faire, avec une puissance et une sagesse divines, ce qu'ont fait, avec leurs lumières et
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leurs forces humaines, les fondateurs de culle, Zoroas- (rc, Çakia-Mouni, Mahomet. Ne pouvons-nous pas prévoir d'avance les traits principaux de cette œuvre divine? En premier heu, créée par l'Être qui connaît mieux que tout autre le cœur humain, cette reUgion devra satisFaire aux instincts religieux d'une manière plus universelle et plus proronde; elle devra par là même contenir dans son sein tous les éléments des autres religions; elle devra posséder une sorte de catholicité de doctrine, de rites et d'institutions, reproduisant en elle-même tout ce qui est bon et vrai ailleurs, et n'excluant que ce qui est contraire h la vérité, à la morale, à la perfection de l'idéal religieux. En second lieu, œuvre de l'intelligence suprême et infinie, elle devra ne contenir en elle-même aucune contradiction véritable. Lea| éléments communs aux différents cultes qui se trouveront en elle devront être unis d'une manière rationnelle et harmonique, être en accord les uns avec les autres, et, s'ils sont opposés par certains côtés, se modérer et se limiter mutuellement. En troisième heu, œuvre du Tout-Puissant, source de toute vie, la religion divine devra Être une institution vivante à la manière des êtres organiques, et satisfaire aux divers instincts de l'humanité , non par des croyances ou des rites étrangers et artificiellement assemblés, mais par un développement interne produisant les éléments religieux, comme l'Être vivant produit ses organes. En quatrième lieu, qui dit vie dit développement et progrès. Si donc la religion divine est une œuvre vivante, elle devra croître et se développer. Et ai cette religion est définitive et destinée h l'humanité entière, son développement doit durer aufant que le genre humain ; elle ne doit connaître ni décadence ni mort; elle doit être perpétuellement jeune et toujours prûte à se relever lors-
qu'elle a reçu quelque atteinte du dehors, ou lorsque le relâchement et la corruption d'une partie de ses fidèles ont terni son éclat et sa gloire.
Essayons d'appliquer ces quatre caractères : universalité, harmonie, vie et développement progressif, au christianisme et aux religions que nous avons étudiées jusqu'ici. Nous devons évidemment, dans cette étude, considérer le christianisme sous sa forme la plus complète et la plus élevée, qui est la religion catholique. Les autres sectes chrétiennes ne contiennent qu'une partie des éléments du catholicisme et ne possèdent pas cette unité vivante qui le caractérise. En outre, le protestantisme, par sa tendance et ses usages, est obligé d'adopter, sur ces points, une autre forme d'apologétique que celle qui nous semble la vraie. Dédaignant ou rejetant les formes extérieures de la religion, il considère ces formes, quand elles se rencontrent dans une branche du christianisme, comme des éléments étrangers à l'idée primitive de l'Évangile et dont l'analogie avec le paganisme devient alors aisée à expliquer. Selon cette doctrine , la transcendance du christianisme consisterait précisément dans son esprit et ses dogmes, à moins qu'on ne veuille y joindre, comme marque d'originalité, l'absence même des formes religieuses des autres cultes. Ce n'est pas le lieu de montrer qu'un tel système est contraire aux instincts de la nature humaine, que les sectes protestantes elles-mêmes n'y sont pas fidèles, et substituent nécessairement aux formes catholiques d'autres formes, telles que la prédication et la lecture des livres sacrés, qui ont leurs analogues dans certains cultes non chrétiens. Ce n'est pas non plus le lieu de montrer que la liturgie fait partie du christianisme primitif de l'Évangile. Mais il était nécessaire que nous signalions cette divergence entre le prêtes-
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tanlisme et la religion catholique, pour montrer le motif qui nous oblige à choisir la religion catholique, et non l'ensemble des communautés qui prennent le nom de chrétiennes, pour objet de notre étude et de notre démonstration.
Ouelle est la religion vraiment universelle , dont les doctrines et les rites répondent à tous les bons instincts du cœur humain? Ce n'est pas le polythéisme antique, auquel manque la grande idée du Dieu créateur qui anime les cultes monothéistes; ce n'est pas le judaïsme, religion locale et nationale; ce n'est pas l'islamisme, dont l'idéal moral est si abaissé et qui réduit le sentiment religieux an respect et à la crainte sans amour; ce n'est pas le bouddhisme, qm délruitridée de Dieu et propose lenéant comme béatitude suprême. Mais si nous considérons le christianisme sous sa forme parfaite , celle que lui a donnée son auteur, sous la forme catholique, nous y trouvons précisément cette universalité de doctrines que noua cherchons. Nous y trouvons le même monothéismeque dans la religion de Moïse, la même prescription du culte exclusif du Créateur, Comme dans le judaïsme et le mahométisme, c'est un Dieu invisible que les chrétiens adorent. Mais les mystères chrétiens modilîent, au point de vue de l'imagination et du cœur, l'austérité du culte de Jéhovah. D'une part son unité, sans fitro diminuée, s'enlr'ouvre pour ainsi dire pour manifester la société des trois personnes qui subsistent en elle, et, d'autre part, l'une de ces personnes se manifeste en chair et offre à l'humanité la Divinité invisible sous une cbair visible, qui lui appartient en propre et qui n'est pas un *imple symbole.
Par Teffet de ces dogmes, la forme extérieure de la prière et du culte se rapproche de ce qui existait dans le polythéisme antique, Finvocation s'adressant à plusieurs objets d'adoration et la Divinité se présentant sous forme visible à ses fidèles. Mais ce n'est pas tout. Un grand nombre des formes et des usages des cultes de l'antiquité grecque et de l'Orient trouvent place dans la liturgie et la discipline catholique. Le sacrifice, spiritualisé, il est vrai, est, comme dans l'antiquité, le centre de la religion. Le culte des images rappelle les formes extérieures du paganisme. L'ascétisme, en usage dans l'Inde, se retrouve dans la vie monastique catholique. Le célibat est conseillé, comme dans le bouddhisme , mais sans rien ôter à la sainteté du mariage. Jésus-Christ remplit aux yeux des chrétiens ce rôle d'homme idéal , de libérateur, de docteur, que l'on rencontre dans plusieurs des grandes religions. Lctsacerdoce et son autorité, la hiérarchie avec un chef suprême, qui existent dans un grand nombre de cultes, se retrouvent encore dans la religion catholique. On peut dire, en un mot , que toutes les formes religieuses, sauf celles qui sont immorales et absurdes , comme par exemple le culte des animaux, se rencontrent reproduites dans cette religion ; d'où il résulte qu'elle est adaptée à toutes les aspirations du cœur humain auxquelles les autres cultes devaient satisfaire.
Ce que nous disons en ce moment n'est, en général , pas contesté. Tout au contraire, c'est le thème habituel des accusations contre l'Église catholique. Les protestants l'accusent d'avoir restauré le paganisme et de s'être ainsi écartée du véritable esprit de l'Évangile. Certains rationalistes, de leur côté, disent que le catholicisme est le vrai christianisme, mais qu'il n'est qu*une copie des religions anciennes, ou du moins une religion