PROGRÈS DANS LE CHRISTIANISME
durer pendant des siècles nombreux sans qu'il y ait aucun retour vers le bien et l'idéal : l'autre, celle de la vraie religion, étant un progrès lent, mais continu et perpétuel, ou bien une série de renaissances et de résurrections, mais sans interruption complète du progrès. Le judaïsme des derniers siècles est un progrès sur la religion de Moïse, comme celle-ci sur la religion des patriarches. Le christianisme, nouvelle effusion de l'Esprit- Saint , est un progrès immense , et dans l'Eglise même il y a, de l'aveu des grands docteurs, un progrès dans la connaissance de la vérité ; il peut aussi y avoir, si les chrétiens le veulent , un progrès de l'amour, de la foi , et par suite une extension plus grande de l'action de la vérité dans l'univers. Ce progrès des effets de la religion est subordonné au bon usage de la liberté humaine. On se demande souvent pourquoi il y a encore tant dé païens dans le monde dix-neuf siècles après l'Évangile. Ne pouvons-nous pas dire que la faute en est aux chrétiens qui n'accomplissent pas leurs devoirs, ne vivent pas conformément à leur foi , et , au lieu de travailler à la gloire de Dieu, sont souvent cause que l'on blasphème son nom? Le progrès aura lieu cependant, parce que Dieu est fidèle à ses promesses ; mais il sera plus lent et moins complet si les hommes ne coopèrent pas à l'œuvre divine. Chacun de nous a sa part dans la grande œuvre de la propagation de la vérité ; chacun a sa part de travail ; chacun aussi aura sa part de gloire dans la victoire définitive du bien.
Terminons ici cet exposé; nous croyons avoir justifié nos assertions primitives , à savoir que la religion ca-
tholique satisfait d'une manière plus universelle qu aucune autre aux instincts religieux des hommes, et, par suite qu elle contient ce qu'il y a de bon dans les autres religions, qu'elle établit entre ces divers éléments une parfaite harmonie , qu'elle produit cette merveiUe par une force vitale interne , et enfin que cette institution vivante et harmonieuse est progressive , perpétuellement jeune , et doit durer autant que l'humanité.
Que deviennent , si ces assertions sont fondées , les objections tirées des ressemblances entre toutes les religions? N'est-il pas évident que cette institution vivante , animée par une force interne spéciale, est par elle-même une individualité tout à fait originale , quelle que soit la ressemblance extérieure et partieUe que la religion ainsi formée puisse avoir avec les autres? N'est-il pas vrai que les ressemblances se tournent en preuves et que leur harmonie devient une marque de la transcendance de cette religion sublime qui rassemble tout en elle , et un signe incontestable de l'action d'une cause supérieure qui ne peut être que la puissance divine en elle-même?
Il existe néanmoins , nous l'avons remarqué , une autre démonstration plus claire , plus simple , plus accessible à tous les esprits , de cette divinité exclusive du christianisme. C'est celle qui résulte des différences précises et distinctes qui existent, sur un grand nombre de points, entre la religion de l'Évangile et toutes les autres. C'est par la recherche de ces caractères spéciaux de la transcendance du christianisme que nous terminerons la série de nos études sur l'histoire des religions.