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CONCLUSIONS A L EGARD DU CHRISTIANISME

A l'égard du christianisme nous pouvons poser deux conclusions certaines.

La première est sa transcendance.

Si l'on considère dans l'histoire des religions le fait spécial du développement de la religion juive, de ses prophéties, et en même temps l'apparition du christianisme dans l'univers , les faits certains qui accompagnent son origine, son triomphe, par des moyens apparents très

tre idée religieuse que la crainte des esprits des morts ni d'autres usa- '^8 liturgiques que les rites de l'enterrement.

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faibles, sur le polythéisme si puissant de l'Occident; si à celle considération on Joint celle de la doctrine chrétienne ello-mfime, de sa beauté, de sa vitalité, de son efficacité pratique, on se trouve en présence d'un phénomène absolument difl'érent de tout ce qu'on rencontre dans ie reste de l'histoire des religions.

La transcendance absolue du christianisme, l'impossibilité d'expliquer son origine et sa durée par les causes qui pourraient expliquer celle des autres cultes, la nécessité d'avoir recours pour en rendre compte à une cause transcendante elle-même, telle est la vérité qui ressort avec éclat de l'étude impartiale' de l'histoire des différents cultes de l'univers.

A cette conclusion s'enjoint une seconde. En considérant dans leur ensemble les différents cultes de l'univers, oQ reconnaît qu'ils répondent à des besoins généraux et permanents de la nature humaine, que l'homme est naturellement religieux, que la religion n'est pas dans la \ie de l'humanité un accident, mais une forme essentielle.

On reconnaît aussi que ce sentiment universel comporte diverses variétés, et se réalise dans des cultes très divers..

Or, il se trouve que le christianisme, religion transcendante, renferme dans son sein toutes les parties nobles et élevées des autres religions , les réunissant dans une admirable harmonie, et s' adaptant ainsi à toutes les aspirations légitimes du cœur humain.

Donc le christianisme, religion transcendante à nulle autre pareille, est en môme temps la religion universelle en principe, c'est-à-dire adaptée à tous les besoins de l'humanité.

De là à conclure que le christianisme est divin, il n'y a qu'un pas.

Ce pas est aisément franchi par Fapplication du principe de causalité.

A tout phénomène il faut une cause proportionnée.

Or, aucune cause humaine, aucune cause terrestre, aucune cause rentrant dans la classe de celles que l'histoire énumère, ne peut rendre raison du christianisme.

Il faut donc une cause supérieure.

Cette cause doit, pour être porportionnée à l'effet, posséder certains attributs.

. Elle doit avoir la faculté de prédire l'avenir et de diriger les événements.

Elle doit posséder le pouvoir de déroger aux lois de la nature physique.

Elle doit être parfaitement bonne, le christianisme étant une œuvre de bonté.

Elle doit avoir une parfaite connaissance du cœur humain, et de toutes les variétés de la nature de l'homme suivant les époques et les races.

Or, que peut être une telle cause, sinon ce Dieu même que les prophètes et l'Évangile annoncent au monde et font adorer aux hommes?

Celui qui parle dans la révélation chrétienne se manifeste par ses œuvres.

Le spiritualiste, en présence de la grande œuvre du christianisme, doit reconnaître la main du Dieu créateur qu'il adore.

Le panthéiste ou l'athée, s'il ne veut pas nier les faits, doit reconnaître que cette* œuvre est inexplicable par sa philosophie.

Le sceptique enfin, celui qui croit que la raison est impuissante pour trancher d'une manière certaine le litige entre l'idée d'une cause immanente et celle d'une "îause transcendante de l'univers, doit reconnaître que le

christianisme jette dans la balance, du côté de !a foi au Créateur, un poids suffisant pour l'enlralner.

NOUVEAUX PB0BLÈHE3 A l'É&ARD DU CBRISTIANISHE. "

Néanmoins, cette conclusion étant posée, et solidement appuyée sur cet argument invincible, deux nouveaux problèmes se présentent à l'esprit, l'un relatif aux temps antérieurs à l'Évangile, l'autre à l'histoire du christianisme.

Si le christianisme est une œuvre divine, s'il constitue la seule religion vraie, la religion universelle destinée k l'humanité entière, pourquoi est-il venu si lard dans le monde? Pourquoi s'est-il écoulé tant de siècles avant que sa lumière ait brillé sur riiumanité? Pourquoi dans lea siècles précédents, à partir de Moïse, la vérité religieuse sans mélange d'erreur n'a-t-elle brillé que sur un petit peuple dans un coin de l'univers, et Dieu a-t-il semblé laisser lea sages du monde, les Socrate, les Platon, lea Confucius, les Cakia-Mouni, etc., chercher la solution du problème de la destinée humaine, sans leur tendre une main secourable? Pourquoi, avant Moise, voit-on le polythéisme régner dans l'univers entier, sauf quelques patriarches isolés qui croyaient au vrai Dieu?

A l'égard des temps postérieurs, on peut trouver surprenant que le christianisme, après un ai grand développement de puissance miraculeuse k son origine, après sa victoire merveilleuse sur le polythéisme antique, se soit ralenti dans aa propagation, qu'il ail dû reculer plus tard devant l'islamisme et que , à l'heure qu'il est, il ne compte comme adhérents qu'une fraction de l'humanité

qui n'atteint pas la moitié du nombre total des humains.

On se demande pourquoi Dieu , dont la puissance est infinie et la bonté sans limites, n'a pas répandu avec plus d'abondance une lumière si nécessaire et a laissé tant de peuples dans les ténèbres.

Il n'y a pas, nous le croyons, de réponse complète et absolument satisfaisante à cette question. Dieu ne nous a pas révélé ses desseins et nous devons sur ce point rester dans l'ignorance.

Quelques considérations néanmoins, sans résoudre pleinement le problème , en diminuent la gravité.

En premier lieu, la révélation nous enseigne que l'état actuel de l'humanité n'est pas son état primitif. Elle nous apprend que l'humanité a été soumise à une première épreuve dans la personne de son chef, ef qu'à la suite de la chute du premier homme, elle s'est trouvée placée dans un état de dégradation et de désordre. La singularité de l'économie de la vraie religion, arrivant .si tard, rencontrant de tels obstacles, et ayant Jusqu'à nos jours des succès si variables et qui ne semblent pas proportionnés à la puissance d'une cause divine, peut être considérée comme l'un des effets de ce bouleversement du plan primitif du Créateur.

En second lieu , bien que la vraie religion soit destinée à tous les hommes, et que l'adhésion à une doctrine et à une société uniques soit obligatoire en principe, l'Église n'enseigne pas que ceux qui, par l'effet de leur éducation, ou, d'une manière plus générale, par l'effet des causes secondes de toute nature, se trouvent en dehors de sa lumière, doivent être punis pour ce fait seul, ni que tout espoir de salut leur soit enlevé. On connaît sur ce point la largeur des doctrines de l'Église de Rome, toutes différentes de celle qu'un esprit sectaire

avait répandues en France dans les derniers siècles. Ainsi, avec la bonne foi, qui est toujours possible, et par l'effet de la grâce, qui n'est refusée à personne, une lumière imparfaite, tellequ'elle peut exister par l'effet des anciennes traditions ou du témoignage de la conscience en dehors des limites de la vraie religion , peut tenir lieu de la lumière totale.

Il faut observer enfin que nous ne connaissons pas l'étendue du champ de l'action div-ine dans l'espace ni dans le temps. Nous ne savons pas si la lutte de la vérité contre l'erreur ne s'étend pas au delà de notre globe, et nous ignorons quel rapport existe entre les djx-nèuf siècles qui nous séparent de l'avènement du christianisme, et la durée complète qui lui est assignée par la Providence. Il est donc possible que cette disproportion apparente qui nous choque entre l'action divine et les résultats que nous Constatons dans la limite de notre horiïon, ne se renconlre pas dans l'ensemble de l'œuvre céleste de la vraie religion, et que, de bien des eûtes, la réalité de celle œuvre surnaturelle déborde l'apparence qui se manifeste ii nos yeux.

Ces considérations diminuent la gravité du problème, mais, comme nous l'avons dit, elles ne le résolvent pas.

Il nous reste à examiner la vraie valeur logique de cette objection.

VALEl'lt LOGEOUE DE LOBJECTIOS.-

D'une part, en comparant le christianisme aux autres cultes, nous conslalons sa transcendance et nous en concluons qu'il a Dieu pour auteur.

D'autre part, encomparant la religion chrétienne, telle

qu'elle se manifeste dans Thistoire, avec ce qui nous semble devoir être une œuvre divine, nous sommes surpris, et le christianisme parait au premier aspect inférieur à ce qu'il devrait être.

Telle est, si nous ne nous trompons, la vraie situation logique qui résulte du rapprochement entre la preuve et l'objection. D'une part, effet inexplicable par les causes humaines et exigeant une cause divine. D'autre part, effet qui semble trop faible, étant donnée l'action de cette cause toute puissante.

Or, si nous appliquons les principes de la logique, nous reconnaîtrons qu'un effet sans cause, ou, ce qui revient au même , un effet supérieur à la puissance de sa cause, est une rigoureuse, une absolue impossibilité.

Donc, quelle que soit la force de l'objection, il ne pourra jamais être conforme à la logique de considérer le christianisme comme produit par des causes humaines, ni de lui retirer son caractère divin.

D'autre part, qu'un effet soit inférieur à ce que la cause pourrait faire et même à ce qu'elle semblerait devoir faire, quand cette cause est libre, cela n'a rien d'impossible.

Que Dieu ait pu répandre dans le monde une lumière plus abondante qu'il ne l'a fait, cela est certain. Mais il pouvait, pour des motifs à nous inconnus, limiter et restreindre la puissance et l'étendue de son action ; cela n'a en soi rien d'impossible , bien que cela puisse nous sembler étonnant (1).

(1) Dieu, dans toutes ses œuvres, fait moins qu'il nepourrait faire. Quelque parfait que soit un être fini, Dieu pourrait toujours créer un être supérieur. Quant à savoir ce qu'il devrait faire , ce qu'il conviendrait qu'il fit, c'est une question que la créature n'a pas le droit de poser ni la puissance de résoudre.

La logique se prononce donc en faveur de la conclusion certaine tirée de la transcendance du christianisme, et la difficulté provenant de la difTusion tardive et relativement limitée de la vraie religion peut rester h l'état de problème non résolu.

Une telle situation d'esprit, consistant à admettre sur de solides preuves le christianisme comme une vérité divine et absolue, et à se reconnaître en même temps incapable de résoudre certains problèmes qui se présentent d'eux-mêmes, dès que cette divinité est admise, a son analogue dans les sciences.

Bien souvent les faits conduisent à une conclusion qui entraine des difficultés ultérieures dont la solution est inconnue et ne peut même pas être devinée. C'est ainsi que la découverte des courants électriques d'induction est un fait acquis à la science, bien que le mode d'action de ces courants, et leur transmission si merveilleusement rapide soient des problèmes que les savante n'osent pas encore aborder.

Il est un autre moyen de s'assurer que les raisons tirées de l'histoire des religions en faveur de la vérité du christianisme sont infiniment plus fortes que l'objection que nous venons de signaler et qui est tirée de cette même histoire.

C'est de comparer entre elles les conséquences logiques qui résultent des deux opinions, l'une qui admet le christianisme comme divin, l'autre qui le rejette.

La première opinion a, nous en convenons, contre elle, l'argument tiré de la disproportion apparente entre l'étendue de l'œuvre considérée comme divine, et la puissance de son auteur. Cette dilHculté se confond avec une difficulté plus générale, à savoir, l'obscurité et le caractère mystérieux du plan divin. Par conséquent

elle peut être acceptée, et elle pouvait être prévue, puisqu'elle résulte de Tincapacité de l'être fini à comprendre les desseins de l'Être infini.

Mais la seconde opinion, celle qui rejetle le christianisme, se heurte à bien d'autres obstacles.

Elle entraîne d'abord comme conclusion nécessaire la négation de la transcendance du christianisme. Elle oblige à expliquer TÉvangile et sa propagation par des causes naturelles, par les mêmes causes qui rendent compte de la naissance et du développement des autres religions. Or cela est impossible : nous l'a-, vous démontré. De plus, les vains efforts des incrédules, la série de théories creuses et vaines qu'ils ont imaginées dans le but d'arriver à une solution acceptable de ce problème, prouvent la vanité de cette tentative de faire rentrer le christianisme dans les proportions d'une œuvre humaine, et de lui ôter son auréole divine.

De même que Paulus, Strauss, Baur, ne sont pas parvenus, par leurs systèmes contradictoires et éphémères, à éliminer le surnaturel de TÉvangile, de même M. Renan est aussi impuissant que M. Havet à donner des raisons plausibles des triomphes de la foi au crucifié dans l'univers.

Mais ce n'est pas tout, et en supposant même cette difficulté résolue, il en subsiste une autre plus grave encore.

Si en eff'et le christianisme n'est pas divin, aucune religion n'est divine. La révélation chrétienne est la seule qui puisse être avouée par l'histoire , et l'Évangile est la seule base historique qui puisse porter une religion surnaturelle acceptable par la raison.

Donc, point de religion objective, point de miracles réels y point de communication avec le ciel , ni dans le

PHOBLEMES ET CONCLUSIONS.

présent ni dans l'avenir. Toute religion, en tant qu'elle prétend établir une telle communication, ne serait qu'illusion et mensonge.

Mais alors, comment expliquer cheï rhomme des instincts religieux si puissants et si universels? Gomment expliquer qu'il poursuive toujours cette vérité qu'il est incapable d'atteindre?

Comment expliquer que la religion, néecssairemenl mensongère dans ses promesses, soit une des conditions de la vie sociale, et que l'humanité ne puisse pas s'en passer ?

Selon les adversaires du christianisme, la croyance universelle aux objets invisibles ne serait qu'une universelle illusion. L'histoire des religions ne serait que l'histoire des erreurs nécessaires de l'humanité. Ce serait l'histoire d'une infirmité incurable de la pensée de l'homme. Les instincts religieux, dont l'essence est la foi à l'invisible, seraient directement contraires aux instincts scientifiques qui portent à ne croire, à n'admettre que ce qui peut être vérifié d'une manière palpable.

L'homme, selon cette doctrine, serait comme partagé en deux moitiés ennemies; le cœur, le sentiment religieux, la conscience même, car la conscience croit à un Dieu vengeur, seraient d'un cûté , la raison et l'intelligence seraient de l'autre : un dualisme irrémédiable, un antagonisme radical et indestructible, serait caché dans les profondeurs les plus intimes de notre nature.

Quel singulier être serait l'homme, passionné à la fois pour la vérité et pour la fable, pourvu de facultés opposées dont la satisfaction simultanée serait impossible, et obligé de choisir entre l'amour du vrai ell'amour de l'idéal et du bonheur 1 Aucun Élre de l'univers n'est ainsi fait : chacun a des facultés qui sont en

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accord, qui tendent harmonieusement à une fin unique, laquelle développe l'être tout entier et satisfait à ses aspirations.

L*homme seul serait nécessairement privé du bien auquel il tient le plus et auquel tout son être aspire, ou ne l'obtiendrait qu'au prix de l'illusion et du mensonge; et cependant l'illusion et le mensonge répugnent à sa raison et à sa conscience.

Cette difficulté est propre à ceux qui nient le christianisme. Ceux qui reconnaissent sa vérité objective ne sont pfi^s obligés de déclarer absolument mensongers les instincts religieux de l'humanité. L'erreur subsiste dans les fausses religions, mais elle n'est qu'accidentelle. L'idée de la Divinité, la foi au surnaturel, la croyance à une révélation et à une vie future, loin d'être considérées comme des instincts irrationnels et illusoires, doivent être regardées comme la préparation et l'anticipation naturelle de la vraie religion. Les religions imparfaites dont la base et les dogmes ne cadrent pas avec la science, l'histoire et la raison, sont cependant partiellement vraies; elles sont destinées à disparaître, mais elles ne doivent pas emporter dans leur ruine l'idée fondamentale qui les anime ; cette idée doit subsister et revivre dans une religion plus haute. Le christianisme est , s'il est divin , le terme du progrès religieux de l'humanité, il est appelé à réaliser l'harmonie de la nature humaine, à satisfaire à la fois tous ses instincts, à ouvrir à l'intelligence, au cœur et à la conscience, des horizons qui leur permettent de s'épanouir librement et de tendre pacifiquement vers une fin qui les satisfasse.

Les rationalistes, qui rejettent si facilement le christianisme, qui s'arrêtent devant des objections de détail comme devant des obstacles insurmontables, se trou-

vent donc obligea d'admettre l'esistence dans la nature humaine d'une oonlradiction inlime et irréductible. Ils sont obligés d'admettre qu'à la différence de tous les autres êtres, l'homme est dépourvu de la possibilité d'atteindre la fin qu'il cherche, et qu'il n'a d'alternative qu'entre l'illusion et un vide désespérant contre lequel sa nature proteste. N'est-ce pas là une difficulté philosophique plus lourde à porter que tous les mystères de l'Évangile 7

L'existence dans la nature humaine d'aspirations religieuses mensongères et sans objet est contraire à la notion d'une Providence et d'un Dieu bon. Elle est contraire encore à l'idée du progrès de l'humanité, car un être qui nécessairement cherche ce qu'il ne peut pas atteindre n'est pas capable de progrès; il ne peut que tourner dans un cercle et rouler d'illusions en illusions.

Ne Croyons donC pas que la situation d'esprit des incrédules soit facile et dépourvue d'embarras. La transcendance du christianisme et l'universalité des aspirations religieuses sont, pour ceux qui nient l'Évangile, des difficultés infiniment plus graves que les objections par-dessus lesquelles il faut passer pour croire à la divinité du christianisme.

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