CONCLUSION DÉFINITIVE
Ainsi, au milieu de tous ces problèmes, la conclusion fondamentale, qui seule est nécessaire pour la vie pratique des hommes, celle de la vérité de l'Évangile, se dégage d'une manière certaine : l'histoire fournit à la foi chrétienne une base solide et inébranlable.
Il emporte néanmoins d'observer quelle est la nature de cette preuve en faveur de la vérité du christianisme. G*est une preuve certaine ; c'est la conclusion d'un argument solide et irréfutable.
Mais son évidence n'est pas cependant telle qu'elle entraîne de force l'assentiment de l'esprit.
Il est possible, en présence de ces preuves, de rester dans le doute.
Il faut même, pour sortir entièrement du doute et pour arriver à la certitude de la foi, un acte de volonté.
La foi est libres c'est pour cela qu'elle est méritoii'e; ainsi Tenseigne la doctrine chrétienne.
Mais, tout en étant libre, la foi est raisonnable. En présence des preuves clairement aperçues, l*homme doit croire ; il est obligé de croire ; il serait, en ne croyant pas, coupable et imprudent à la fois; mais il peut ne pas croire* Ce caractère de la liberté de la foi est étrange au premier aspect. Il semble contraire à l'impartialité généralement requise pour la découverte de la vérité. En général, il semble que, pour arriver à bien connaître la vérité, il faille se tenir prêt à adopter également l'une ou l'autre alternative, selon que les faits seront conformes à l'une et à l'autre, et mesurer son assentiment à la valeur même des preuves.
Ici, au contraire, il est nécessaire, pour arriver à la vraie solution du problème, de désirer qu'il puisse être résolu, et de se porter par la volonté du côté de la solution favorable (1).
Ce qui cause la différence, c'est qu'il ne s'agit plus ici
(1) La célèbre thèse de M. OUé Laprune sur la certitude morale Contient la démonstration de ce rôle de la Tolonté dans l'acquisition des Térités pratiques et la réponse aux objections nombreuses qni ont été faites contre cette idée.
de vérités particulières, mais d'une vérité unicjue, principale, essentielle, laquelle est le moyen pour l'homme de pEtrvenir à sa fin , de développer toutes les puissances de son être.
L'aspiration religieuse, comme nous l'avons. dit, résulte du sentiment que le monde expérimental est incomplet, joint à la conviction de l'existence d'un monde supérieur, qui seul contientce que l'homme peut désirer, c'est-à-dire la pleine satisfaction de l'intelligence par la vérité, de la conscience par la sainteté, du cœur par la béatitude.
La vraie religion n'est pas autre chose que le vrai moyen d'atteindre ce monde supérieur : elle est la roule qui conduit l'homme à sa fm.
Pour pouvoir connaiire avec certitude la vraie religion, pour pouvoir acquérir sur ce point une conviction ferme, suffisante pour se diriger dans cette vie, il faut avant tout aimer et désirer ce monde supérieur; il faut être disposé h croire à sa réalité. Cette disposition dépend dans une certaine mesure de la volonté même de l'homme. Être libre, pour acquérir sa Un, il doit la vouloir librement : cela est vrai de la fin intellectuelle qui est la connaissance de la vérité comme de toutes les autres parties de la béatitude. Toute conviction rcli= gîeuse certaine repose, dans une certaine mesure, sur la croyance à. l'harmonie fondamentale entre le bien et le vrai, sur cette idée que ce qui rend l'homme meilleur et ce qui en même temps le rend plus heureux doit être vrai, idée d'oi'i résulte le désir de croire à ce qui nous rend meilleur et plus heureux.
Nous n'espérons donc pas que nos argumenta tirés de l'histoire des religions amèneront malgré eux k la foi chréUenne ceux qui en sont éloignés.
Mais nous pouvons espérer deux choses : d'une part, de dissiper certains préjugés et d*ébranler certaines convictions contiraires au christianisme qui sont fondées sur une vue inexacte des faits, et d'autre part, de montrer à ceux qui croient et à ceux qui désirent croire que la foi est raisonnable, que loin d'exiger le sacrifice de la raison, elle est au contraire le suprême résultat du bon usage de cette faculté, et que l'histoire bien connue et sagement interprétée fournit aux croyances chrétiennes un solide et indestructible fondement.
APPENDICE
THÉORIE DE M. FUSTEL DE COULANGES SUR l'oRIGINE DE LA KïTHOIOGlE PAÏENNE.
Dans soa remarquable ouvrage intitulé la Cité antique, M. Fuslel de Coulanges a exposé, sur l'origine de la mythologie païenne, une hypothèse qui contient une grande part de vérité, mais qui a besoin, pour être suffisamment vraisemblable, d'Stre complétée et ramenée è. l'idée géaérale d'un monothéisme primordial.
Suivant cet auteur, il y aurait eu dans l'antiquité grecque et romaine deux religions juxtaposées.
L'une est le culte des ancêtres, du foyer de famille , des lares ou pénates. Ce culte serait né d'une manière spontanée dans chaque famille patricienne. La différence entre les patriciens et les plébéiens consisterait en ce que les plébéiens n'auraient pas eu de culte.
La seconde religion consistaitdans la personnification etl'adoration des phénomènes physiques. C'est ainsi que seraient nés les grands dieux de l'Olympe grec et du Capitule romain.
« De ces deux religions, dit-il, la première prenait ses dieux dans l'Ame humaine, la seconde prit les siens dans la nature physique. Ii^i le sentiment de la providence et de la conscience qu'il porte en lui avait inspiré à l'homme la première Idée des dieux, la vue de cette
immensité qui Tenloure et qui l'écrase traça à son sentiment religieux un autre cours.
Ces deux ordres de croyance donnèrent lieu à deux religions que Ton v^oit durer aussi longtemps que les sociétés grecque et romaine. Elles ne se firent pas la guerre ; elles vécurent même en assez bonne intelligence et se partagèrent Tempire sur l'homme ; mais elles ne se confondirent jamais. Le culte des dieux de l'Olympe et celui des héros et des mânes n'eurent jamais entre eux rien de commun. De ces deux religions, laquelle fut la première en date, on ne saurait le dire : ce qui est certain, c'est que l'une, celle des morts, ayant été fixée à une époque très lointaine, resta toujours immuable dans ses pratiques, pendant que ses dogmes s'efi'açaient peu à peu; l'autre, celle de la nature physique, fut plus progressive et se développa librement à travers les âges, modifiant peu à peu ses légendes et ses doctrines et augmentant sans cesse son influence sur les hommes (1). »
L'existence des deux religions distinctes dont parle M. Pustel de Goulanges est conforme à ce que nous avons exposé ; le culte des morts est une des branches de l'animisme ou culte des esprits, et le culte des dieux de la nature physique est le résultat de la transformation de l'hénothéisme.
Mais nous ne pouvons concéder à M. Fusfcel de Coulanges que le culte! des morts , avec l'idée que le mort est un dieu , et avcic le rite du sacrifice , ait pu naître spontanément dans chaque famille patricienne. L'invraisemblance de rites et de doctrines identiques surgissant partout à la fois e^t manifeste. Les familles d'ailleurs, si elles existent individuellement avant de se réunir en
(1) La Cité antique, p. 140 et 141. •
cités, ne sont pas cppendinl primitives. Elles sont cUesniémes des branches d une souche commune. Le culte de la famille n'est donc pas né dans chaque famille à la fois; il est né dans le» familles patriarcales antiques, souches de nombreuses familles dérivées. Rien d'étonnant dès lors que lp culte soit partout semblable dans une même race. Quant auv plébéiens, ce ne sont pas des hommes qui nnnt pai.in\ent6 le culte de famille, ce sont des hommes qui l ont perdu ou qui en ont été exclus; une grande partie des plébéiens d'ailleurs n'étaient que des peuples conquis, et devaient avoir leur culte propre de famille.
Maintenant, d'où vient l'idée commune aux deux religions, celle des morts et celle des dieux de l'Olympe? N'est-il pas très vraisemblable que celle idée traditionnelle est antérieure à la constitution de ces religions, et provient des plus anciennes croyances de l'humanité, de ce monothéisme primordial dont tous les cultes sont sorlia7 On ne voit pas comment l'une de ces religions serait sortie de l'autre. On comprend assez bien au contraire comment chacune des deux a pu être une décomposition spéciale d'un spiritualisme primitif contenant la notion d'un Dieu unique, celle de la survivance de l'àme, et le rite du sacrifice. Avant de dire " le mort est un dieu » comme avant de dire " le soleil est dieu » il faut déjà avoir l'idée de Dieu.
ce o
en
ce
Cl. e
I— I u •— I es
ta
in
:3 g % S fi «
tn « «-^
w ;§5 Si fi^ 2^
o ra p.
Sa «* «> s s
•-J *^ 2 ctf
ft4
C fi
Sa
eu
S fol
.fi
Si
oo 'C
Si
Si
ce
ce
o fi
§3 (ac fi P4 £ *
fi S •-»