DE LA RELIGION
Lorsqu'on veut remonter aux origines premières de l'humanité, et que l'on s'abstient d'avoir recours au texte inspiré de la Genèse , on en est réduit aux hypothèses, ou tout au plus à des inductions plus ou moins vraisemblables. Quant à la religion, quelles sont, relativement à son origine, les hypothèses qui sont soutenues de nos jours par les savants? En est-îl une qui soit plus vraisemblable que les autres? C'est ce que nous avons maintenant à examiner.
Le système le plus généralement soutenu par les rationalistes est celui qui fait sortir la religion de très petits germes et la fait grandir par un développement continu. Le point de départ , la plus ancienne des religions est , selon cette opinion , soit le fétichisme proprement dit , le culte des pierres, des amulettes , des petits objets ; soit la croyance à des génies , à des esprits nuisibles, répandus dans le monde, soit enfin la simple crainte des revenants.
Selon cette théorie encore, ce serait chez les sauvages qu'il faudrait chercher les types de la religion primitive de l'humanité. L'humanité aurait commencé par un état analogue à celui des peuples les plus barbares ; elle ne pouvait avoir d'autre religion que celle que nous trouvons chez ces peuples.
ÙHIGINE IIE LA HEILIGION.
C'est de cet infime poinl ^e départ que, sous l'action de diverses causes, les idées religieuses se seraient élevées jusqu'aux grandes notions spiritualistea dont nous avons constaté l'existence dans les plus anciennes traditions des peuples civilisés.
Une seconde théorie, toute différente de celle-ci. a été exposée et soutenue par Max MulJor.
Selon cet éminent écrivain, ce ne seraient point les formes inférieures de la religion qui seraient primitives. Ln première origine de la religion serait une perception de l'Infini provoquée par les grands phénomènes de la nature. Cette perception produirait dans l'esprit humain une conception de la divinité très élevée, qui n'est cependant pas le monothéisme. C'est l'idée d'un pouvoir suprême qui peut être considéré comme unique ou multiple.
M. Max Muller a appelé cette doctrine l'hémihêisme (Dieu un), par opposition à la fois au monothéisme (Dieu unique et seul), et au polythéisme (plusieurs dieux).
Enfin la doctrine du monothéisme primitif, jointe à
■ celle d'une révélation primordiale faite à nos premiers
parents, peuvent être, comme nous allons le prouver,
établies sur des arguments vraisemblables même sans
le secours de la Bible.
Ainsi, suivant le premier système, l'idée élevée, mais nn peu vague et confuse, d'un Dieu suprême, que nous trouvons dans les anciens monuments des peuples civihsés, serait le résultat d'un long progrès à partir d'idées plus basses et plus grossières.
Selon la théorie de Max Muller, cette idée serait primitive; elle serait l'effet direct et immédiat des phénomènes éclatants de la nature physique sur l'Ame humaine. Selon la doctrine du mon^othéisnie primitif,
celte idée serait l'idée primitivement révélée du vrai Dieu, mais elle aurait subi une altération et une dégradation progressive qui la rendrait coneiliable avec le polythéisme.
Le premier système est celui du polythéisme primitif.
Le troisième celui du monothéisme primitif.
Le système intermédiaire , celui de Max Muller, qu'il a nommé hénothéisme primitif, suppose que la religion commence par une notion vague dont peuvent sortir, suivant les circonstances, soit le polythéisme, soit le monothéisme.