‹ Problèmes et conclusions de l'histoire des religionsChapitre 8 sur 38 · ORIGINE DE LA REUGIOK · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA REUGIOK

rendent religieuse, et la portent à recevoir l'idée de Dieu. Mai^ ces dispositions ne se développent pas spontanément. H leur faut, comme â toutes les Tarultés humaines, une excitation extérieure. D'où viendra cette initiation ? Est-ce de la nature physique? A la rigueur cela pourrait avoir lieu. Il n'est pas impo^iaible de supposer qu'un enfant à qui l'on n'apprendrait pas la religion serait excité par le spectacle de la nature à craindre et à invoquer une puissance suprême. Maïs ce cas est très exceptionnel; il est douteux qu'une idée claire de la divinilé soit ainsi formée; il est probable qu'une âme livrée à la seule influence de la nature n'éprouverait que des impressions vagues et des sentiments confus, et n'arriverait à aucune croyance déterminée. La véritable initiation à l'idée religieuse, l'initiation régulière, normale, naturelle, c'est la parole humaine, ou pour être plus exact, c'est la tradition. Sans doute, répétonsle encore, la parole serait vaine et sans écho, s'il n'y avait pas dans l'auditeur une faculté de percevoir, de sentir le divin, ou plutôt toute une série de puissances et d'aspirations qui ne peuvent être satisfaites que par l'idée de Dieu. Mais cette terre féconde de Tàme religieuse demande à être ensemencée par la parole. L'enfant pourra contempler longtemps l'océan, le soleil, l'orage; il pourra sans doute être frappé d'admiration, il sera probablement saisi d'un sentiment de terreur superstitieuse, mais il ne croira pas en Dieu, il ne priera pas. Mais que sa mère s'approche de lui, qu'elle lui montre le ciel en lui nommant le Père céleste; qu'elle lui apprenne à joindre ses mains et à ployer ses genoux, et tout aussitôt, l'idée religeuse, l'idée claire, simple, d'un protecteur céleste et d'un monde supérieur au monde visible se formera dans son esprit, et son

cœur s'y attachera. C'est donc la tradition, c'est renseignement qui est la véritable initiation des âmes à Fidée religieuse. La religion que chaque génération humaine possède, lui vient en partie de son cœur, mais en partie aussi de la génération précédente. La foi se transmet de croyant en croyant, comme la vie de vivant en vivant. Ce qui prouve d'ailleurs cette vérité, c'est l'immense diversité des opinions religieuses dans le même pays, sous le même climat, en présence de la même nature, chez des peuples de la même race. Pourquoi, dans l'Inde, le musulman coudoie-t-il le brahmane? Pourquoi, dans les vallées du Nil, les chrétiens d'Abyssinie se trouventils au milieu de musulmans et de païens de même race? C'est parce qu'ils ont reçu un enseignement différent, c'est parce que leur âme a été arrosée par une autre branche du fleuve de la tradition. S'il en est ainsi, il nous semble qu'on peut admettre, jusqu'à preuve du contraire, que ce qui a lieu pour l'homme a eu lieu pour l'espèce humaine , qu'elle aussi a reçu à ses débuts la religion par un enseignement provenant de quelque chose d'antérieur à elle.

Pour établir que la race humaine a reçu son initiation de la nature physique, tandis que l'individu la reçoit de l'enseignement traditionnel, il faudrait des preuves bien fortes; il faudrait montrer que les pre~ miers hommes n'ont pas pu être enseignés. Or, cette preuve n'est nullement fournie par les partisans du naturalisme primitif. Remarquons, en effet, que les défenseurs de cette doctrine ne disent pas que l'homme soit un animal perfectionné. Max Muller reconnaît dan» l'homme une faculté religieuse spéciale, une perception de l'infini, que l'animal ne possède à aucun degré. Cela suffît à établir entre l'homme et l'animal un abîme ^

Page 1