‹ Problèmes et conclusions de l'histoire des religionsChapitre 9 sur 38 · H1G1NË DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

H1G1NË DE LA RELIGION

un intervalle brusque, qui n'est pa^ soumis à la lui de oontinoité. Cela étaot, il y a eu des premiers hommes. Qu'ils aient été directemenl créés, ou qu'ils soient le résultat d'une transformation brusque ou d'une élévation faite d'un seul jet d'êtres inférieurs à la dignité humaine, il y a eu des premiers hommes. Dès lors, qui peut empêcher le Créateur d'avoir enseigné tes premiers hommes, et, tout en leur conférant la faculté religieuse, d'avoir mis lui-même en niouveraent cette faculté primordiale, par Due impulsion du même ordre que l'initialioQ qui, dans le cours des générations postérieures, se fait par la parole des parents. Noos ne pouvons savoir de quelle espèce a été cette communication divine; si elle a été la parole d'un être visible, ou une simple manifestation intellectuelle interne. L'état des premiers hommes qui n'ont pas eu de parents est absolument différent de tout autre et nous est inconnu (I).

Je ne puis comprendre par quel motif on déclarerait une telle communication impossible, et pourquoi on rejetterait la plus vraisemblable des hypothèses, celle que Dieu a ser\'i de père au premier homme et qu'il a commencé lui-même cet enseignement qui devait se transmettre ensuite des parents aux enfants. Je comprends encore moins pourquoi l'on préférerait supposer

(1) Une initiation de ce genre n'est pas identique aux rérélatioos postérieures, qni sont adressées à des hommes qui connaissent déjà le vrai Dien. Ce n'est pas sur le témoignage de Dieu que les premiers hnmmes ont cm à son exisleoce. C'est parce qu'il s'est manifesté â eui intérieurement ou eitérieurement. Celle simple remarque répond à une objection de Man Muller qui dit que l'idée de Dieu ne peut venir par révélation, parce que la révélation suppose déjA la connaissance du Dieu révélateur. Celte argulie, que nous pouvons qualifier de sopliistique, est le seul ar^inment que Mai Muller donne contre l'existence d'une révélation primitive.

que les premiers hommes aient été laissés en présence du terrible problème de l'invention de la religion , lorsque leurs descendants, qui ont de plus grandes ressources intellectuelles et morales, n*ont en règle générale qu'à la recevoir et à la conserver. J'ai encore plus de peine à admettre que, laissés ainsi à eux-mêmes, ou aidés seulement par le témoignage équivoque de la nature physique, nos premiers parents soient parvenus à découvrir ces vérités spiritualistes si élevées, que nous trouvons exprimées clairement et d'une manière unanime dans les antiques chants religieux de tous les peuples , et jusqu'à la hauteur desquelles il est rare que la philosophie des époques postérieures se soit élevée.

Nous pouvons donc admettre, ne fût-ce qu'à titre d'hypothèse, l'idée d'une révélation primitive. Or, cette hypothèse étant posée, il nous est facile de prouver qu'elle explique bien mieux que le naturalisme de Max Muller les idées religieuses étranges, bizarres et incohérentes des plus anciens peuples du globe. Si, en effet, c'est Dieu qui a instruit les premiers hommes, il a dû leur enseigner la vérité. La première idée de la divinité a donc dû être une idée vraie , celle de l'Être infini, parfait, tout-puissant, mais en même temps personnel et doué des attributs moraux de justice, de bonté, de miséricorde. Les premiers hommes ont dû également considérer ce Dieu comme la cause universelle de l'univers et comme jsupérieur à tout ce qui est visible. Sans doute, une telle idée contient une profonde philosophie , mais elle la contient sous une forme simple et familière , qui la rend accessible à des esprits non encore habitués aux subtilités de la pensée. L'expérience nous prouve que les enfants saisissent et acceptent

aisément celte ;idée ilu vrai Dieu, du Dieu créateur.

Mais, dans la suite des %es, la communîcalioa primitive avec Dieu ayant cessé et ayant été remplacée parune tradition descendant des pèrea aux enfants, celle idéesi haute a pu et a dû s'altérer. L'homme n'aime pas à adorer l'invisible; comme le peuple juifau pied du Sinaï, quand son maître est caclié dans les nuages , il cherche I à se créer des dieux visibles qui marchent devant lui.

Il était nature! aussi que l'idée de création, simple et si aisée à admetlre, s'effaçât avec le temps et la réilesion. La création est un acte si différent de ceux que nous voyons habituellement, un acte dont le comment nous échappe si complètement, que nous sommes portés à lui substituer quelque idée plus familière à notre expérience. On conçoit donc aisément qu'une nolion élevée, quoique simple, de la divinité, révélée à l'origine et conservée par tradition, ait pu s'altérer avec le temps, et qu'un monothéisme primordial se soit transformé en cette notion plus vague que M. Max Muller a appelée l'héno théisme, noti4in susceptible d'être transformée plus tard en polythéisme. Nous pouvons donc e.\pliquer les faits de la mÉme manière que M. Max Muller; mais, au lieu de supposer que cette notion incohérente et contradictoire, qui s'applique à la fois à un dieu ou à plusieurs dieux , soit une notion primitive et spontanée, nous voyons en elle le résultat delà dégradation lente d'une notion simple primitivement révélée.

Quiconque lit avec attention les documents primitifs des vieilles religions est frappé de leur caractère contradictoire. C'est un dieu spirituel et élevé au-dessus ' du monde, puis ce sont des dieux matériels et visibles : le soleil, la lune, l'orage, les fleuves; c'est un dien^J unique, et ce sont des divinités multiples, c'fiat une d

vinilé juste et vengeresse de la morale , et ce sont des. dieux grossiers qui se repaissent de sacrifices ou dont on achète le secours. Dans notre hypothèse , cette contradiction s'explique; le dieu unique, invisible, juste, le dieu de Tordre moral, c'est le dieu de la tradition; les dieux multiples et grossiers sont l'altération de la tradition, sous l'influence précisément de celte nature physique à laquelle l'école de Max Muller attribue la formation complète de la religion. Non, la nature physique ne crée pas la religion ; elle est, au contraire, bien souvent la cause de la corruption de l'idée religieuse. Sans doute, la nature bien interprétée raconte la gloire du Créateur, mais qu'il est facile de voir aussi en elle soit une force aveugle qui reste indifl'érenle aux besoins de l'homme et qui ne s'inquiète pas du bien ni du mal, soit une multitude de principes en lutte les uns avec les autres. Les brillants phénomènes font naître l'idée de l'infini dans l'âme, mais ils attirent cette idée vers eux-mêmes , ils se revotent des attributs de l'Être suprême; c'est un miroir qui reproduit la beauté divine, mais qui la multiplie et la déforme en la reflétant.

Ajoutons que celte idée d'un monothéisme primitif explique aussi bien l'origine de l'animisme que celle de Thénothéisme , et que cet antécédent unique peut être considéré comme la source commune de ces deux formes si diff'érentes du paganisme (1).

Ce qui, en efl'et, rend l'idée du Dieu créateur si difficile à conserver, c'est que cette idée dans son ensemble

(1) Voir l'appendice, note I.

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ne correspond à aucun type expérimenlnl. C'est un être d'une nature toute différente de celle des autres êtres, qui n'est compris dans aucuu genre.

La tendance de l'esprit humain doit donc être de rapprocher Dieu des êtres inférieurs, de le faire rentrer dans un genre.

Or cela peut avoir lieu de diverses manières.

Od peut assimiler Dieu aux phénomènes visible» les plus éclatants, au soleil, aux autres astres, au ciel, aux montagnes, c'est alors prendre la ligure et le signe pour la réalité. De cette tendance résultent le naturalisme et l'hénothéisme.

Mais à côté et au delà du monde visible l'homme conçoit des régions obscures et incounues. Ayant déjà l'idéa de Dieu, sachant même par la tradition que Dieu est invisible, il peut transporter son adoration sur les causes inconnues de l'univers, sur des èlres invisibles et peu connus.

D'autre part, l'idée de génies, de démons, d'âmes parcourant l'univers, a pu exister, soit à l'état de tradition primitive, soit par une création spontanée de l'imagination.

Dès lors, assimiler l'Être invisible et le Créateur à l'un de ces Esprits, en faire l'Esprit suprême, le grand Esprit, l'Esprit du ciel, est une conséquence toute simple et toute naturelle des idées antérieures.

Par là l'Être infini s'étanl abaissé, il devient possible de le multiplier; à l'Esprit du ciel on peut opposer l'Esprit des eaux, celui de la terre, celui des régions souterraines; on peut leur donner le même caractère divin.

Ainsi se formera un polythéisme d'un autre genre, plus individuel et plus spirituel. Mais l'im comme l'autre eortironl de l'idée primitive du Dieu unique et inHiii

combinée avec rinfluence de la nature physique, avec les autres traditions primitives et avec les créations de rimagination humaine.

Tous les faits historiques relatifs aux croyances les plus anciennes des peuples s'accordent donc avec l'idée du monothéisme primordial mieux qu'avec toute autre hypothèse.

Il semble donc que d'attribuer à un enseignement primordial, fécondant les aspirations religieuses de l'homme, et conservé par tradition, l'idée première de la divinité suprême, et à la nature, jointe à l'imagination et aux passions de l'homme, la déformation de ^ cette idée; que de considérer comme provenant d'une source céleste le spiritualisme des anciens peuples, et d'imputer à l'action d'agents inférieurs et terrestres la gangue grossière qui enveloppe cet or pur, c'est interpréter les faits de la manière la plus simple, la plus logique et la plus vraisemblable.

Est-ce à dire qu'appuyés seulement sur des documents profanes et sans nous servir de la Bible, nous oserions déclarer certaine une telle origine deia religion? Nullement, nous n'osons pas donner à notre théorie le caractère affirmatif que donnent si facilement à leurs opinions les défenseurs du fétichisme, de l'animisme et du naturalisme primitif. Nous convenons que ce n'est qu'une induction, que nous ne pouvons prouver par des faits certains que les choses se sont passées comme nous le supposons. Mais nous croyons que cette induction est très vraisemblable, s'adapte avec exactitude aux faits* historiques et qu'elle est fondée sur une connaissance exacte de l'âme humaine et de ses facultés.

Il est vrai que notre conclusion ainsi posée se trouve

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