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CHAPITRE Il

Le Pian français de dix ans.

Son financement

Le relèvement du pays exige, comme nous l’avons vu précédemment, outre la réparation des dommages de guerre et la création d'industries autarciques, la mise en œuvre, sous le nom de « plan de dix ans » d’un vaste ensemble de mesures d’ordre économique et social. Celles-ci tendent à utiliser plus complètement les ressources de la Métropole et de l’Empire, à développer notre outillage national et à amorcer une politique de renaissance de la famille.

Quel sera le coût de réalisation d’un tel programme, il est à peu près impossible de l’établir, d'indiquer même un ordre de grandeur suffisamment approché. Trop d’inconnues subsistent en matière d’évolution des prix et quant au contenu du plan de dix ans,

Pour ce qui est des prix, pourra-t-on parvenir à

stabiliser leur niveau, même si l’on réussit à limiter, à masquer l'inflation ? N’assistera-t-on pas plutôt, dans les conditions les plus favorables, à une hausse lente, mais régulière, continue ? L’hypothèse inverse d’une baisse des prix, aussi peu vraisemblable qu’elle apparaisse à l’heure actuelle, ne peut non plus être écartée a priori sur une aussi longue durée. A cet égard, le choix d’une période de dix ans offre l’avantage de montrer la nécessité de la continuité dans l'effort. Il parle à l’esprit en faisant ressortir un ensemble de réalisations, nécessaires certes, mais qu’on ne pourrait toutes mener à bien en un laps de temps trop bref. Il rend en revanche très aléatoire toute prévision de financement dans son exécution. Car le financement, quelle que soit l’habileté des techniques auxquelles on recourra, demeurera toujours fonction, dans une large mesure, de l’évolution économique et du mouvement des prix.

Quant au programme, il est loin d’être délimité de manière précise. En fait de dommages de guerre, par exemple, la question des immeubles à usage industriel n’est toujours pas résolue. La reconstitution de l'outillage économique du pays est en effet liée à la politique d’autarcie.

Le plan de dix ans proprement dit n’est encore qu’à l’état d’ébauche. Ses conceptions seront certainement larges, car il importe de voir grand. Mais cette nécessité ne doit pas être exclusive du souci de l’éco-

nomie. Il conviendra d'éviter dans le domaïne des réalisations la renaissance de la ruineuse concurrence du rail et de la route, ou, pour s’en tenir à la région parisienne, des transports souterrains et des transports en surface. Il sera bon de ne pas disperser les efforts au nom d’une décentralisation économique à maints égards souhaitable, de ne pas entreprendre par exemple, l'équipement d’une multitude de petits ports sans hinterland industriel.

Le luxe inutile sera proscrit. Combien de fois dans le passé, avec les fonds consacrés à construire l'hôtel de Ville ou lhôtel des Postes inutilement fastueux dont s’enorgueillit telle sous-préfecture ou telle commune de la banlieue parisienne, n’aurait-on pu, à la fois, édifier un bâtiment public plus simple, bien que répondant parfaitement aux exigences de commodité et de salubrité publique, et doter l’agglomération d’une piscine ou d’un terrain de sport.

Quoi qu'il en soit des incertitudes relatives au plan de dix ans, et en supposant que sans renoncer à voir grand on ait éliminé les dépenses somptuaires et les travaux faisant double emploi, les précédents montrent que le montant des investissements, répartis sur dix ans, atteindra un nombre respectable de centaines de milliards de nos francs actuels, soit plusieurs dizaines de milliards par exercice.

Un effort de financement aussi considérable exige, pour être mené à bien, le recours simultané à l'impôt, à l'emprunt, aux techniques traditionnelles du crédit,

et aux techniques nouvelles dont, à propos de l’examen de notre marché monétaire, ou des expériences étrangères, nous avons donné un aperçu.

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