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CONCLUSION

Nous avons tenté, au cours des développements précédents, de donner un aperçu des problèmes de crédit et de financement qui se posent, à l’heure présente, à notre pays.

L'examen des solutions législatives récentes et celui des mesures envisagées ont révélé, dans le domaine du crédit, une intervention de plus en plus fréquente de la puissance publique, et, en matière de financement, une tendance plus accusée encore à imposer une direction étatique.

L’immixtion de l'Etat dans l’économie ne nous surprend plus guère. Outre qu’il est malaisé de concevoir, dans un monde de plus en plus complexe, un régime libéral à l’état pur, sans un minimum d’interventionnisme, cet interventionnisme s’est affirmé, sous l’emprise des faits, au cours des trente ou quarante dernières années. Vouloir aller à l’encontre de cette évolution serait faire œuvre vaine.

Les doctrines d'économie dirigée heurtent davantage nos réflexes libéraux. Leur origine parfois révolutionnaire, les politiques de facilité auxquelles elles servent fréquemment de paravent, leur tendance à devenir l'instrument d’un parti ou d’une classe, contribuent à leur discrédit,

Mais aujourd’hui, à l’issue d’une guerre malheureuse, les événements nous imposent inexorablement cette économie, peu conforme sans doute à notre génie national et à nos traditions. L’extrême pénurie des biens de consommation, et, plus spécialement, la disette de produits alimentaires, amènent les pouvoirs publics à en assurer la répartition par voie d’autorité. Il ne saurait en effet être question de laisser jouer en cette matière le mécanisme des prix, faussé par ane contraction anormale de l’offre. Il seraït à la fois inhumain et incompatible avec la tranquillité sociale de laisser aux seuls privilégiés de la fortune la possibilité d'acquérir les produits les plus indispensables. Le maintien d’une stabilité monétaire au moins relative implique par ailleurs une limitation de la demande qui favorisera la constitution des épargnes destinées aux investissements nouveaux.

La rareté des matières premières, l'obligation d’assigner à leur utilisation un ordre d’urgence, la nécessité d'élaborer les produits de substitution conduisent également à la mainmise tous les jours plus grande de l'Etat sur l’économie, par la voie de la répartition officielle et par le soutien ou la garantie à donner à des activités non rentables à l’origine.

D'autre part, la politique qui vise à stabiliser les prix ou tout au moins à limiter leur hausse s’étend, de proche en proche, à tous les produits. On ne saurait. en effet, raisonnablement taxer un article sans taxer simultanément son succédané ou son dérivé.

La direction de l’économie et des prix apparaît donc, présentement, une absolue nécessité en même temps qu’une tâche infiniment ardue. L’expérience d’un passé tout récent a montré combien il est malaisé de prévoir l’enchaînement des actions et des réactions réciproques des décisions intervenues. Elle a révélé aussi que bien des mesures prises n’avaient pas été suffisamment concertées, ou que leurs auteurs témoignaient d’une méconnaissance certaine des lois économiques. Qu'il suffise de rappeler les méfaits en matière de ravitaillement de la politique d’autarcie départementale pratiquée par certains préfets.

Il importerait que nos dirigeants connussent mieux les expériences étrangères, ce qui ne signifie pas non plus qu’il conviendrait d’adopter sans discernement les solutions qui ont fait leurs preuves ailleurs. L'économie française présente des particularités, fonction du terroir, des mœurs et de la psychologie nationale. Elle obéit à ses lois propres, qui ne doivent pas être transgressées. Ainsi que l’a dit le professeur BAUDIN : « Il n’est pire dérèglement de « l'esprit que de vouloir diriger une économie sans « prendre la peine d’étudier les lois de cette écono- « mie ». À quoi nous ajouterons que le dirigeant doit allier en soi science et conscience.

Quelles sont les chances de durée d’un tel régime, il serait téméraire de vouloir le pronostiquer. Cependant, par son caractère autoritaire, par la part réduite qu’elle laisse aux automatismes régulateurs, l’écono-

mie dirigée convient surtout aux périodes de crise, aux époques de transition.

Est-ce à dire que la consolidation de la paix se traduira par le retour au libéralisme anarchique ou même à un néo-libéralisme dont lévolution de nos institutions et de nos mœurs nous écarte chaque jour davantage ? Cette éventualité paraît peu vraisemblable. Quant au marxisme, « doctrine vieillie, « dépassée par les faits et condamnée par l’expérien- « ce, il n'offre pas de base solide pour construire un « édifice capable de résister à l’épreuve du réel ; il « n’est qu’une réaction contre les excès du capitalis- « me, et la suppression progressive de ceux-ci doit < entraîner la sienne propre (1). » D’autres régimes économiques dont la propagande exalte la réussite doivent à l’activité factice d’une période de préparation à la guerre un succès incontestable, mais sans doute éphémère.

Un corporatisme régénéré sera peut-être la solution de demain. Mais des formules nouvelles que nous ne discernons pas encore peuvent surgir aussi d’un avenir incertain.

De profondes transformations d’ordre politique et économique, qui ne satisferont sans doute pleinement aucun des adversaires impliqués dans le conflit actuel, sont inévitables pour résoudre le problème de l’Europe, « lutte tragique entre le morcellement et la peti-

(1) Paul Baudouin, Revue de Paris, février 1938.

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« tesse, fruit de l’histoire et de la géographie, et la « grandeur des forces nées de la machine ».

Sans doute n'est-il au pouvoir d’aucun homme de pressentir si les bouleversements actuels conduisent la civilisation occidentale à son déclin ou s'ils préparent une renaissance. Mais, même dans cette seconüc hypothèse, la résurrection française ne sera possible et durable qu’autant qu’auront été réalisées les conditions d’un redressement moral et spirituel. Rénover nos institutions politiques, réformer nos méthodes de gouvernement est à coup sûr indispensable. Résoudre les problèmes de crédit et de financement que nous avons essayé de poser est nécessaire. Mais ni l’habileté des techniciens, ni le choix judicieux des solutions ne sont l'essentiel. Le Pays ne survivra que dans la mesure où, son âme retrouvée, il sera prêt à s'imposer tous les sacrifices.

Il faudra restaurer le sens des disciplines collectives et le goût du travail bien fait, renoncer à la mystique de la facilité pour celle de l'effort, et méditer le commandement divin : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».

Le retour à la pratique des vertus chrétiennes nous enseignera à tous que nos devoirs l’emportent sur nos droits, au chef qu’il n’est digne de sa fonction qu’autant qu’il a vaincu son égoïsme. Enfin, une foi ardente dans les destinées de la Patrie nous permettra de surmonter les épreuves qui nous attendent encore.

AVR : Le PRÉSIDENT, DL BAUDIN:

HN, Par le Recteur : L'xsmereun D DE L'AGA RS AC PUGIBET.

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