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vent percevoir aucun profit ni s'en approprier aucune portion. Le profit du capitaliste est donc une partie du produit qu'il enlève à l'ouvrier; en d'autres ternies, le salaire que l'ouvrier est contraint d'accepter, n'est qu'une partie du produit de son travail; le reste, ou la quantité de marchandises que ce reste représente, est saisi par le capitaliste dont il constitue le profit. Celuici n'est donc que la matérialisation d'un travail non payé, c'est un vol commis par le capitaliste ou par la classe des capitalistes au détriment de l'ouvrier ou de la classe ouvrière. La possibilité de cette extorsion provient de ce que la classe capitaliste possède la terre et les instrumenta de production, dont le reste de la société est privé : les prolétaires, ne pouvant vivre sans travailler, ni travailler sans instruments de production, se trouvent naturellement au pouvoir de la classe capitaliste et sont obligés de* subir les conditions injustes qu'on leur impose.
Mais comment les capitalistes ont-ils pu se procurer le monopole de la terre et des instruments de travail ? Pourquoi tout cela est-il aux mains d'une minorité ? Parce que, répond Marx, cette minorité s'en est emparée par la violence et la fraude, en expropriant les producteurs indépendants. Au xvi® siècle, dit-il, la forme économique dominante était encore la petite propriété agricole ou manufacturière. Mais, à cette époque, les seigneurs commencèrent à dépouiller de leurs biens les petits propriétaires, tandis que, dans les villes, les manufacturiers supplantaient les artisans : grâce à cette double expropriation, une poignée d'usurpateurs par-
vint à séparer le travailleur des instruments de production et à créer un prolétariat que le besoin contraint à vendre son travail aux capitalistes pour un salaire dérisoire. Cette violente destruction de la petite propriété, cette douloureuse, cette épouvantable expropriation de la population laborieuse, voilà l'origine, voilà la genèse du capital. Mais la Némésis de l'histoire attend cette société née du vol, et Marx en prédit la fin lugubre par ces mots fatidiques : L'heure de la propriété capitaliste sonnera, les expropriateurs seront à leur tour expropriés. Telle est, dans ces lignes générales, la doctrine de Marx 5 elle a suscité une légion de disciples, une école enthousiaste dont Bebel, Liebknecht, Kautsky, en Allemagne ; Aveling, en Angleterre ; Lafargue, en France ; Turati, Bissolati et d'autres encore, en Italie, sont les représentants les plus connus et les plus autorisés. C'est surtout grâce à l'œuvre de ces illustres disciples que le marxisme, a pu étouffer et absorber toutes les tendances divergentes ou rivales du socialisme cosmopolite ; c'est grâce à eux que le socialisme tend à se confondre avec le marxisme et laisse dans l'ombre les tentatives doctrinaires anarchiques de Bakounine et les formes hybrides du socialisme éclectique ou partiel. Cette école, enfin, a radicalement et heureusement transformé le socialisme, qui a décidément abandonné les rêveries sentimentales, si chères aux utopistes du passé. Cette doctrine ne fait plus aujourd'hui de romans sociologiques comme aux temps des Platon ou des Thomas More, ni des jeux d'esprit, . comme au temps de Proudhon; elle analyse intime.
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ment les rapports de la production et essaie de pénétrer les lois qui en règlent l'évolution. Elle ne puise plus ses ressources dans l'imagination, mais dans la science, la philosophie, l'anthropologie, l'histoire et la statistique. Elle diffère aussi profondément de celle qui l'a précédée que la chimie diffère de l'alchimie, l'astronomie de l'astrologie, la statistique de l'arithmétique politique. Bien des détails peuvent en être vicieux : quelques-unes de ses théories sont imbues des plus déplorables sophismes, et d'abord et surtout la plus fondamentale, celle qui affirme que la valeur est déterminée par le travail et qui est pourtant aussi sacrée au néophyte de l'église marxiste que les trente-neuf articles de foi au néophyte de l'église anglicane. Et pourtant on ne peut lui refuser, ainsi qu'à ses adhérents, une grande valeur scientifique. Quelle que soit la portée que l'on veuille ou doive accorder aux théories socialistes, l'économiste ne peut plus leur opposer le mépris ou un silence dédaigneux. Quand même vous ne voudriez voir que des sophistes dans les théoriciens du socialisme, n'oubliez pas que les sophistes grecs aplanirent la route à Socrate et préparèrent sa doctrine. Mais au lieu de leur opposer des paroles irrévérencieuses, il vaut mieux considérer ces idées rénovatrices à la lueur de la critique sereine, afin d'accueillir celles qui correspondent à la vérité. Les économistes les plus orthodoxes, les plus ennemis des innovations, les plus réactionnaires doivent au moins considérer le socialisme théorique comme une légion irrégulière, souvent indisciplinée et se jetant parfois au travers des mou-
vements de l'armée, mais pouvant, au Jour du péril, lui prêter un secours précieux et décider du sort du combat. Quant à moi, j'irai encore plus loin. Je suis porté à considérer l'économie politique et le socialisme comme deux armées intellectuelles qui, longtemps rivales et séparées par les théories apologétiques de l'une et l'utopie subversive de l'autre, se rapprochent à mesure que les anciennes armures tombent et que se dissipent les vieux préjugés. Un jour qui n'est peut-être pas loin, ces deux armées s'uniront et marcheront sous le même drapeau. Je n'expose, d'ailleurs, ni souhaits ni récriminations : j'affîrme une vérité que tout esprit impartial peut reconnaître dès aujourd'hui, par sa propre expérience, car on vbit déjà (et ce spectacle deviendra plus fréquent encore à l'avenir) une chose qui aurait paru incroyable à nos aïeux : des économistes et des socialistes luttant côte à côte sur le terrain de l'Idée.