‹ Problèmes sociaux contemporainsChapitre 2 sur 15 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Au mois de janvier 1894, une adresse, signée par 1 50 étudiants de toutes les Facultés, m'invitait à ouvrir un cours public hebdomadaire pour y exposer, sous une forme accessible aux moins initiés, les notions les plus générales de l'économie politique. Heureux de cette offre, je fis une leçon extraordinaire, de la façon et dans le but indiqués, tous les jeudis où je professai, à cinq heures de l'après-midi, heure où tous les étudiants étaient libres. La foule qui s'est toujours pressée à* ces five d'clock universitaires m'a prouvé que les personnes intelligentes s'intéressent maintenant aux recherches sur les faits économiques et les théories sociales. C'est surtout cette conviction qui m'a fait céder à de nombreuses instances et publier ces leçons. Mais en les présentant, après quelques retouches, au grand public qui lit, juge et critique, je veux, tout le premier, affir-

l8 PROBLÈMES SOCIAUX CONTEMPORAINS

mer que ces conférences populaires se proposent seulement d'indiquer les questions les plus ardentes, parmi celles qui nous passionnent. Elles en tracent à peine les contours extérieurs, sans avoir la prétention de les résoudre, et le lecteur qui chercherait dans ces pages une analyse profonde et exacte de notre constitution sociale ne devrait qu'à lui-même une désillusion inévitable. Au reste, dans un pays comme le nôtre, où les problèmes font peur, où l'on adore les axiomes, c'est déjà faire œuvre utile et féconde que de poser les questions et d'agiter les esprits : cette tâche s'impose comme un inéluctable devoir à tout travailleur consciencieux. Nous sommes heureux d'y contribuer, dans la limite de nos forces, modestement mais, nous l'espérons du moins, non sans quelque utilité.

Page 1