‹ Problèmes sociaux contemporainsChapitre 8 sur 15 · LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

LE SOCIALISME

brebis et les bœufs. Les enfants ne connaîtront pas leui;' père ; ils seront déposés dans des asiles publics où les mères> transformées en nourrices publiques, les allaiteront, et, plus tard, ils recevront, toujours aux frais de l'Etat, une instruction complète. Les enfants difformes seront mis à mort, et l'on fera avorter les femmes enceintes âgées de plus de quarante ans, parce qu'elles ne pourraient pas mettre au monde des enfants robustes. Voilà le socialisme platonicien dans toute sa rigidité primitive; plus tard, quand Denys de Syracuse, après avoir appelé Platon à sa cour, refusa d'appliquer son système, le philosophe songea à le modifier et à en rétrécir les bases afin de le rendre plus acceptable. Il imagina alors, dans son livre des Lois, une réforme plus modeste, susceptible d'être immédiatement adoptée, et d'où il avait banni le communisme réel et absolu, que l'on aurait, en tout cas, pratiqué plus tard, à une époque indéterminée, quand la sagesse des hommes les en aurait enfin rendus capables. Après avoir ainsi pratiquement restreint les réformes désirables, Platon demandait qu'on les appliquât dans certaines parties incultes de l'île de Crète, où il voulait fonder une colonie modelée d'après son système. Mais, moins heureux que le docteur Hertzka, Platon ne trouva point de courageux pionniers pour tenter l'expérience.

Le communisme de Platon a été combattu par Aristote, un peu socialiste lui-même d'ailleurs, et tourné en ridicule par Aristophane qui, dans sa comédie U Assemblée des Femmes^ ena fait la caricature, tout

comme, de nos jours, Richter a fait celle du socialisme de Bellamy. Mais ces sarcasmes ne peuvent venir à bout de ridée socialiste. Elle reparaît d'abord parmi les stoïciens, puis, grâce au christianisme et à son Grand Maître. Jésus demeure, en effet, tout le long de sa vie, trop tôt fauchée, un socialiste fervent et ses doctrines communistes ne sont certes pas étrangères à sa fin tragique. Après lui, et non moins explicitement, la. propriété est condamnée par les Pères de l'Eglise. Saint Jean Chrysostome dit : « Que nul ne donne à quoi que ce soit le nom de propriété : le tien et le mien sont des mensonges. » Et nous trouvons dans saint Basile : « Tout riche est voleur. » — « La richesse est. le produit du vol, » s'écrie saint Jérôme. — « La terre, dit saint Ambroise, a été donnée en commun, aux riches et aux pauvres : pourquoi la croire uniquement à vous, ô riches ? La nature a créé le droit commun^ et l'usurpation le droit privé. »

Ces déclarations du christianisme naissant inspirent . le socialisme sentimental, quelque peu développé au Moyen-Age et pendant les premiers sièclesN^es temps modernes. Parmi ses champions les plus convaincus, citons Campanella, le moine napolitain qui décrit dans, sa Città del Sole une constitution communiste où le monde entier prend l'aspect d'un cloître ; cette constitution fut appliquée par les Jésuites quelques siècles plus tard, dans leurs établissements du Paraguay. Giordano Bruno défend aussi l'idéal communiste, tandis que le chancelier Thomas More imite la République de Platon dans son Utopia. Lui aussi, comme

Page 1