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son maître, admet Tesclavage; mais, contrairement à l'opinion du philosophe grec, il exclut le communisme des femmes et se borne à exiger que les fiancés, en costume d'Adam, puissent s'examiner avant le mariage, afin de constater de visu l'absence de défauts physiques. D'ailleurs, nous sommes encore avec lui dans le domaine du socialisme partiel et utopique, quoique son oeuvre célèbre contienne une critique remarquable dès conditions économiques de sa patrie et des expropriations brutales accomplies de son temps par les grands propriétaires au détriment de leurs colons.
Le socialisme français, arrivé à son apogée vers la fin du dernier siècle et aux premiers jours de celui-ci, n'est pas moins dépourvu de tout caractère positif et scientifique. Le soleil de la Révolution, qui a fait éclore tant de fleurs intellectuelles, suscita une floraison très variée d'idées socialistes, lesquelles mûrirent pendant la Révolution même ou bientôt après. En effet, après Mably, Morelîy, Brissot de Warville, Cabet, voici paraître un esprit à la fois génial et fou, Fourier, qui imagine d'organiser la société en phalanstères^ immenses édifices capables de contenir 2,000 personnes. Fourier se compare modestement à Newton et affirme avoir trouvé la clef du système social grâce à une pomme, tout comme le grand Anglais trouva la loi de la gravitation universelle. « L'histoire, dit-il, fait mention de quatre pomrties immortelles; deux de ces pommes, celle d'Adam et celle de Paris, produisirent le mal, les deux autres, le bien : ce sont celle de New^ton et la mienne. Ayant observé qu'en
.province on peut avoir plus de cent pommes pour quatorze sous, tandis que dans le restaurant Février, à Paris, on n'en a qu'une seule pour le même prix, je fus amené à soupçonner l'existence d'un désordre fondamental dans le mécanisme économique : d'où mes méditations et ma grande découverte. »
Cette découverte qu'il compare à celle de Newton est sa théorie bien connue du travail attrayant. Fourier croit, en somme, que le travail, considéré aujourd'hui comme une fatigue, deviendrait si agréable dans ses phalanstères qu'il y serait fait pour le plaisir : on se verrait contraint de recourir à la force pour obliger l'ouvrier à discontinuer son labeur. Les travaux les plus dégoûtants ne manqueraient pas d'amateurs : on les abandonnerait aux enfants qui, nul ne l'ignore, se plaisent dans la saleté. La propriété ne serait point abolie dans cette nouvelle organisation sociale, mais l'Etat même partagerait proportionnellement le produit entre le travail, le talent et le (capital, de sorte que ce système aboutit pratiquement à une fixation légale du salaire et de l'intérêt, tel à peu près qu'elle existai^ au Moyen-Age. Cette réforme amènerait des résultats merveilleux : la durée de la vie moyenne deviendrait de 144 ans, l'amertume de l'eau de mer serait transformée en une saveur légèrement acide et très agréable, les lions et les requins seraient domptés, le pôle arctique réchauffé par une aurore boréale, etc. L'excès de population ne serait pas à craindre, grâce aux influences stérilisantes de l'amour en public, de la vigueur physique des femmes et d'un régime diététique contraire à la
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procréation. Cette dernière opinion n*est d'ailleurs, pas aussi éloignée qu'on le pense de celles qui dominent aujourd'hui dans certaines sphères de la sociologie, et Bebel même, après avoir passé au crible de ses vastes connaissances le problème de l'excès de population, ne sait conseiller d'autre expédient pour le résoudre que l'usage de la soupe ^u lard laquelle a, paraît-il, une influence anti-générative sur les populations agricoles de la Haute-Bavière.
Le socialisme de Saint-Simon n'est ni moins partiel, ni moins utopique que celui de Fourier. Saint-Simon veut bien aussi laisser aux propriétaires une part du produit, mais à la condition qu'elle sera fixée, non point par la libre concurrence, mais par le Père Suprême, sorte de Pape industriel dont la mission spéciale serait de distribuer le produit social suivant ce principe : A chacun selon sa capacité, et à chaque capacité selon ses œuvres. Cependant, ses remarques profondes sur les manifestations de la vie économique, sur rhistoire de la propriété et de l'industrie, sur les influences politiques de la richesse, et l'ampleur de ses concepts philosophiques expliquent la grande influence de ce doctrinaire et la brillante pléiade de ses disciples.
On ne peut juger autrement Pierre Leroux, Lamennais, Louis Blanc, ce critique intelligent de la concurrence et cet historien consciencieux des transformations sociales, et Proudhon même. Ce Français bizarre attaque violemment la propriété et résume ses attaques dans le mot célèbre : La propriété^ c'est le vol. Mais il ne déteste pas moins le communisme et loin
d'invoquer, comme les communistes, rintervention de l'Etat, il préconise son abolition, c'est-à-dire Tanarchie complète. Proudhon veut remplacer la propriété actuelle par la possession^ mais il n'a jamais su définir la forme économique qu'il désignait ainsi. Il conseille comme moyen pratique pour sortir de l'intolérable état de choses actuel l'institution d'une Banque d'Échange qui prêterait sans intérêt aux travailleurs du papiermonnaie inconvertible, de façon à éliminer de but en blanc le profit et l'intérêt du capital. On ne put eflFectuer ce projet parce qu'en attendant son auteur fut condamné à trois ans de prison comme directeur du journal socialiste Le Peuple. Mais quand même il eût été mis à exécution l'insuccès en était inévitable. En effet, aucun producteur n'aurait voulu échanger ses marchandises contre les morceaux de papier inconver-f tibles émis par la Banque, et les travailleurs qui auraient reçu* ces billets en prêt n'auraient jamais pu les transformer en objets utiles, ou en capital. D'autre part, on n'aurait pu proclamer la convertibilité des billets de la Banque sans que celle-ci possédât une réserve en métal ou reçût des dépôts, conditions qui auraient empêché la gratuité des prêts, puisqu'il aurait bien fallu en obtenir un intérêt à distribuer aux déposants; et alors l'économie capitaliste n'eût pas été ébranlée par la nouvelle institution.
\ Ce qui déplaît chez Proudhon c'est, outre le sophisme
érigé en système, l'incohérence de ses idées, ses innombrables tergiversations, ses palinodies et surtout son servilisme envers les ministres, ses tentatives toujours