‹ Problèmes sociaux du travail industrielChapitre 16 sur 43 · Cf. Journée industrielle, 15 mari · texte numérisé non relu

Cf. Journée industrielle, 15 mari

être obtenu que par une production très abondante. Et la réduction des heures de travail aura un effet absolument contraire. »

Les partisans de la journée de huit heures contestent le bien-fondé de ces objections.

Tout d'abord, ils font valoir qu'au bout de huit à neuf heures de labeur, la fatigue de l'ouvrier ou de l'ouvrière affaiblit notablement la quantité et la qualité du travail effectué, sans parler des accidents qui se multiplient à la fin de la journée \ Il n'y a donc pas à prolonger par trop le travail.

Telle est l'opinion, très nette, de M. Auguste Râteau, ingénieur-constructeur, membre de l'Académie des Sciences et administrateur des Ateliers et Chantiers de Bretagne.

1. Une enquête sur ce point a été faite par M. Imbert, professeur à la Faculté de médecine de Toulouse, et M. Mestre, inspecteur du travail. Elle a porté sur 56.458 ouvriers travaillant dans l'Hérault et 140.407 ouvriers de la circonscription de Toulouse. Voici les conclusions auxquelles les enquêteurs ont abouti :

1° Le nombre des accidents augmente progressivement d'heure en heure pendant la première demi-journée.

2° Après le repas assez long de midi, dans les premières heures de la seconde demi-journée, le nombre des accidents est notablement moindre que dans les dernières heures de la matinée.

3° Au cours de la seconde demi-journée, les accidents deviennent encore, d'heure en heure, progressivenaent plus nombreux.

4° Le nombre maximum par heure vers la fin de la seconde demi-journée est notablement plus élevé que le maximum correspondant de la matinée.

Cf. sur cette question, Marcel Lecoq, Vers la journée de huit heures, p. 141; Cauwés, Cours d'Economie politique, III, p. b'Sîi; Raoul Jay, Revue d'Economie politique, 1891, p. b'J.

Dans la construction mécanique, a-t-il déclaré *, l'observation a prouvé, en général, que, même pour les travaux intenses de série, l'ouvrier ne produisait pas beaucoup plus dans la journée de dix heures que dans la journée de huit heures; qu'en tout cas, l'augmentation n'est pas proportionnelle au temps, sauf dans le cas des machines complètement automatiques où l'ouvrier n'a aucune action sur la vitesse. Ceci résulte de ce que, dans la journée de dix heures, l'ouvrier se fatigue trop s'il travaille avec intensité. Je serais donc partisan de la journée de huit heures, ajoute M. Râteau, d'autant plus que, si on limitait ainsi le travail de l'ouvrier, celui-ci n'aurait plus lieu de se plaindre et que l'on pourrait espérer qu'il se livrerait avec ardeur à son travail.

Mais, à supposer que cette remarque sur la productivité décroissante d'un labeur prolongé ne corresponde pas à la généralité des cas, les défenseurs des huit heures insistent sur ce que le progrès du machinisme et une meilleure organisation du travail peuvent, dans une certaine mesure, compenser la diminution de rendement due à une diminution de la journée. Ils ajoutent, nouvel argument à l'appui de leur thèse, que, très souvent, au lieu d'avoir une seule équipe faisant une journée de dix ou onze heures, un industriel pourra organiser deux équipes successives, travaillant chacune huit heures, ce qui fera quotidiennement seize heures de travail et permettra d'utiliser l'outillage au maximum.

A l'appui de ces considérations théoriques, on cite bien des expériences parmi lesquelles nous choisirons quelques exemples.

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