‹ Problèmes sociaux du travail industrielChapitre 18 sur 43 · Cf. Journée industrielle^ 3 avril · texte numérisé non relu

Cf. Journée industrielle^ 3 avril

même quantité et même qualité de travail qu'en dix heures.

Fait évidemment impressionnant, ils ont produit davantage.

Pour ce surplus, la direction a passé un compromis avec les ouvriers et elle les a fait bénéficier du surplus du rendement sous la forme d'une gratification calculée d'après ce surplus de production. Elle a déterminé sa production moyenne d'une année; elle a ainsi obtenu le rendement moyen par catégorie de travail et' par journée de dix heures. Quand, en huit heures, les ouvriers dépassent cette moyenne, ils reçoivent une prime. Dans ce supplément de rendement, l'ouvrier reçoit sa part, ainsi que tous les collaborateurs de la maison : ingénieurs, dessinateurs, contremaîtres, etc., du haut en bas de l'échelle.

Une expérience, également favorable, du système des deux équipes quotidiennes, — des « deux huit » — a été faite pour le tissage de la laine, dans la nouvelle usine que la maison Maroger et Devigne a ouverte, à Clichy, rue des Bournaires. Là aussi, on s'est décidé à réaliser la journée de huit heures en occupant une première équipe de six heures du matin à deux heures de l'après-midi, et une seconde équipe de deux heures à dix heures du soir. Mais, chose curieuse, cette modification a été motivée « par la nécessité d'augmenter la production en raison des commandes ».

... Ce n'est pas sans de longs et minutieux calculs, a déclaré, en effet, le directeur de ce tissage^, que nous avons décidé de recourir au système des deux-huit.

Or ces calculs nous ont démontré que, si le prix de

1, Cf. Journée industrielle, i6 mars 1919.

revient du mètre de tissu était plus élevé avec le nouveau système, en revanche, \e rendement était bien plus élevé. Notez que les résultats obtenus ont dépassé nos espérances.

Nous avons pu, en outre, nous rendre compte que, même en envisageant un chômage éventuel, nous aurions moins de pertes qu'en pratiquant la journée de dix heures.

Enfin, tous nos calculs nous ont démontré que nous atteindrions une plus-value sur les bénéfices normaux, malgré l'élévation du taux des salaires. Alors nous avons tenté l'expérience.

Et le directeur du tissage Maroger et Devigne insiste sur le fait que l'expérience a justifié les prévisions :

... Le rendement de nos métiers, avec l'application du système des deux équipes, nous a donné, pour chaque période de huit heures, un résultat égal à celui que nous obtenions en dix heures dans notre établissement de la rue Leroy, où l'usine était, il est vrai^ moins bien outillée. Et nous attribuons ce résultat en partie à ce fait que le travail s'effectue d'une seule traite. Avec la journée de dix heures, il y a deux « attelées », la première de 6 h. 30 à 11 h. 30; la seconde de 1 heure à 6 heures^ d'où deux mises en train et deux cessations de travail. Avec les deux équipes consécutives, les métiers ne s'arrêtent pas.

Une constatation intéressante se dégage de notre expérience : le rendement de la deuxième équipe est supérieur à celui de l'équipe du matin. Cela tient à ce que la deuxième équipe prend les métiers en pleine action. Elle n'a pas à faire de mise en route : les machines sont en pleine production au moment où la deuxième équipe succède à la première, de sorte que l'ouvrier de la deuxième équipe se trouve avantagé et réalise un travail aux pièces plus élevé. Mais l'alter-

nance des équipes a pour conséquence de procurer aux ouvriers des avantages égaux. Aucun d'eux n'est lésé.

J'ajouterai, poursuit le directeur, que notre installation, la meilleure que les circonstances nous aient actuellement permis de réaliser, sera, dans l'avenir, heureusement modifiée. Nous sommes décidés, en effet, à poursuivre l'amélioration du matériel pour ne jamais diminuer le salaire de l'ouvrier.

Nous nous sommes efforcés, d'autre part, dans l'organisation du travail, d'éviter à l'ouvrier tout ce qui pouvait l'éloigner des métiers. Par exemple, il n'a point à se déplacer pour aller chercher la laine qu'il doit ouvrager. Nous voulons arriver à éviter même le transport de la pièce tissée.

Et, en terminant, l'industriel interviewé déclarait qu'il s'était heurté « plus d'une fois à des difficultés d'application », mais, faisait-il observer, « je dis à dessein : difficultés, et non pas impossibilités ».

Évidemment ce sont là des cas intéressants. Toutefois, si on pousse plus loin l'examen des faits, on reconnaît qu'il faut se défier des trop faciles généralisations en ce qui concerne soit la la possibilité, soit les effets de la journée de huit heures. Une étude tant soit peu approfondie montre, en effet, qu'à ces deux points de vue, on doit distinguer entre les diverses catégories d'industries.

On peut faire tout d'abord une distinction entre les industries où l'on travaille sans arrêt, durant le» vingt-quatre heures consécutives, et les indus-

tries dans lesquelles le labeur cesse à la nuit. Les premières ont, d'ordinaire, deux équipes successives qui restent chacune douze heures à la besogne. Pour ces industries, la journée de huit heures les obligera à organiser trois équipes. Laissons de côté, pour le moment, la question du recrutement, plus ou moins difficile, de la main-d'œuvre augmentée et ne retenons que les conséquences financières de la réforme : il y aura vraisemblablement, dans la plupart des cas, un accroissement du prix de revient, d autant plus que ces industries, travaillant déjà vingt-quatre heures, on ne saurait prévoir d'augmentation importante de rendement du matériel, celui-ci fonctionnant sans arrêt.

La situation n'estpas la même pour les industries qui ne marchent que le jour. Certains partisans des huit heures estiment, en effet, qu'en substituant à une seule équipe, travaillant dix, onze ou douze heures, deux équipes successives, restant chacune huit heures à l'ouvrage, mais utilisant le matériel quotidiennement pendant seize heures, un industriel améliore ses conditions de production. Un ingénieur, qui dirige une usine de construction électrique où la journée de huit heures est actuellement en vigueur avec le système des deux-huit, le déclare formellement '. « ... Nous venons dire à la quantité innombrable de petites industries fonctionnant pendant la journée : a Doublez votre production en faisant « deux équipes de huit heures, doublez la capacité de rendement de votre matériel

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