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Cf. Journée Industrielle, i-2 mars 19i

fonctionner. Enfin l'atelier, à peine suffisant pour le travail actuel, deviendra trop exigu si l'on doit augmenter la puissance de la main-d'œuvre, et de nombreuses considérations, limitation des ressources, emplacement à proximité d'un magasin de vente, facilités d'accès de la clientèle^ etc., s'opposent à son transfert.

Or c'est l'a, d'une façon générale, la situation de beaucoup de petits patrons, tels que forgerons et mécaniciens, couteliers, serruriers, plombiers, tailleurs, et une infinité d'autres, car ils sont légion dans notre France si laborieuse. Eux aussi, ils produisent et « surtout ils opèrent ce que les usines ne peuvent accepter, c'est-à-dire la réparation ». Aussi M. Caron conclut-il que, si on amène leur suppression, « il manquera immédiatement, dans la machine commerciale, un organe qu'il faudra rétablir ».

Ainsi donc, — la divergence des opinions exprimées le prouve, — on ne saurait arriver à une conclusion identique pour toutes les variétés d'entreprises industrielles : telles organisations se loueront d'avoir la journée de huit heures, alors que, pour telles autres, la réduction du temps du travail produira une diminution sensible de rendement et un accroissement du prix de revient.

Il est un point de haute importance sur lequel on tombe généralement d'accord et sur lequel les défenseurs de la réforme insistent particulièrement.

Ils font valoir que la diminution de la journée de travail aura pour heureux effet d'améliorer l'état de santé des ouvriers, des ouvrières et de leurs enfants, de leur permettre de jouir de la vie familiale, de se distraire, de développer leurs connaissances intellectuelles, bref, de vivre une existence vraiment humaine ^ .

Sans parler de la suppression des fatigues excessives qui, avec les longues journées, atteignent douloureusement l'organisme du travailleur, la diminution du temps de labeur (pourvu qu'elle ait lieu sans diminution notable de salaire) contribue, dans une certaine mesure, à la bonne alimentation de la famille ouvrière. La femme, restant plus longtemps à son foyer, aura davantage le loisir de s'occuper de son intérieur et de préparer des repas plus variés, plus appétissants, plus substantiels. Le mari, moins surmené, mangera avec un meilleur appétit et s'assimilera mieux la nourriture absorbée; de plus, rien ne l'empêchera de chercher à la fois une distraction, un réconfort et une appréciable ressource dans la culture d'un petit jardin, d'où il pourra tirer en abondance les légumes et les fruits nécessaires à sa famille. Il est, en effet, reconnu que le travail de la terre, après celui de l'atelier, ne constitue pas une fatigue, mais bien une distraction des plus salutaires. Quant aux jeunes gens, il est à peine besoin d'indiquer tout le bénéfice que l'on peut attendre pour leur dévelop-

1. Sur ces avantages de la jouraée de huit heures, cf. Marcel Lecoq, Vers la journée de huit heures, p. 142 et suiv. ; John Rae, la Journée de huit heures, p. 28 et suiv.

pement physique d'une diminution de la durée de leur travail et d'une alimentation prise dans de meilleures conditions ^.

Au point de vue de l'union familiale, la journée de huit heures présente de grands avantages. En 1906, M. Briat, secrétaire du syndicat général des ouvriers en instruments de précision, défendait la journée de huit heures devant les représentants des associations ouvrières de production. 11 exposait les conditions de vie que font au salarié les longues journées de travail et il ajoutait : « Avec une telle existence, la vie de famille n'est pas possible ; si l'ouvrier a des enfants, il les connaît à peine, il ne peut jamais leur donner une caresse ni un enseignement, il ne peut s'inquiéter de leur instruction et de leur éducation. Quand il rentre le soir à la maison, il est trop tard, les enfants dorment; quand il part le matin, il est trop tôt, les enfants ne sont pas encore réveillés. »

Aujourd'hui plus que jamais, il est d'un suprême intérêt national de développer, en notre pays, les forces physiques et morales des individus et des familles. Aussi souscrira-t-on volontiers aux déclarations d'un des maîtres de l'Université de Paris que nous avons déjà cité :

Je suis disposé à croire, disait avec énergie M. Raoul Jay2, qu'il n'y a pas eu, qu'il n'y aura peut-être jamais d'époque ou de pays où l'amélioration des

1. La diminution de la journée de travail influe 1res heureusement sur la morbidité et la mortalité de la classe ouvrière. M. Marcel Lecoq {opcit., p. 144 et suiv.) cite des faits et des chiffres nombreux.

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