‹ Problèmes sociaux du travail industrielChapitre 23 sur 43 · Cf. Journée industrielle, 31 mars · texte numérisé non relu

Cf. Journée industrielle, 31 mars

3. cité par Raoul Jay, la Protection légale des travailleurs, p. 153.

toutefois, avant d'examiner, dans ses dispositions essentielles, la récente loi française qui institue chez nous cette journée, il est nécessaire déconsidérer une réforme qui est réclamée parfois concurremment avec la journée de huit heures et qui figure dans notre loi du 23 avril 1919. Cette réforme, c'est la Semaine anglaise.

Par ce terme, d'une façon générale, on entend aujourd'hui toute organisation du travail, toute limitation hebdomadaire du nombre d'heures de labeur, qui ont pour résultat d'abréger la journée du samedi de façon à procurer, ce jour- là, aux salariés, la liberté de tout ou partie de l'après-midi ^

De tous les arguments pour et contre la « semaine anglaise », nous laisserons de côté ceux que nous avons déjà eu l'occasion d'étudier à propos de la journée de huit heures et qui, avec de très légères variantes, s'appliquent à l'institution de la journée écourtée du samedi 2.

L'argument principal, invoqué par les partisans de cette organisation du travail, est que celle-ci permet de « faire du dimanche une vérité, c'est-à-

1. Cette pratique est ancienne : M. Martin-Saint-Léon, dans son Histoire des Corporations de métiers (p. 141), établit qu'au Moyen Age la journée de travail du samedi était habituellement réduite. Mais, mieux que les autres pays, l'Angleterre moderne a su conserver ou reconquérir le repos de l'après-midi du samedi : d'où le nom de « semaine anglaise » généralement donné à cette organisation du travail.

2. Cf. sur la semaine anglaise, Raoul Jay, la Semaine anglaise, le Repos de l'après-midi du samedi, rapport présenté à l'Association nationale française pour la protection légale des travailleurs (Paris, 491fj); Raoul Jay, la Semaine anglaise dans l'industrie du vêtement, rapport présenté à l'Association nationale française pour la protection légale des travailleurs (Paris, 1918); René Martinal, le Repos de l'après-midi du samedi dans l'industrie (Paris, 1911).

dire le jour de repos collectif du plus grand nombre possible de travailleurs, en même temps qu'un plein jour de vie de famille ».

En bien des cas, l'arrêt de la fabrication, le samedi après-midi, est la condition même du repos du dimanche, car lorsque le labeur industriel se prolonge jùs^'au samedi soir, nombreux sont les ouvriers qui sont obligés de revenir le dimanche matin pour les travaux d'entretien ou de réparation. M. Léon Harmel écrivait, il y a quelques années : « Au point de vue industriel, le repos du dimanche n'existera véritablement tout entier que lorsque nous aurons la demi-journée du samedi*. » Un autre industriel, M. Dominique Delahaye, disait au Sénat, le 3 avril 1906 : « Il faut supprimer le travail de l'après-midi du samedi, si l'on veut qu'il y ait dans l'industrie un véritable repos dominical. »

Cette réforme ne profiterait pas aux seuls ouvriers, mais aussi aux employés : tant que la réduction de la journée de travail du samedi n'aura pas permis aux gens du peuple de faire leurs achats le samedi, la fermeture des magasins le dimanche se heurtera à de sérieuses difficultés. Ces difficultés disparaîtraient avec la semaine anglaise. Libres l'après-midi du samedi, les ouvriers, qui auraient reçu leur salaire le samedi matin ou mieux encore le vendredi, pourraient faire, pendant cet aprèsmidi, les achats qu'ils sont trop souvent obligés de faire le dimanche. Naturellement, les employés que les nécessités de la vente au détail priveraient

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