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tions payées chaque mois, selon le nombre des enfants (E) ou le nombre des charges (C), ainsi que les primes de naissance allouées par les diverses caisses de compensation.
Les sommes qui sont ainsi versées par les caisses de compensation atteignent déjà des chiffres élevés : le montant des primes et des allocations, payées annuellement, dépasse actuellement 50 millions de francs. Voici quelques exemples : la Caisse de Grenoble, en 1919, a versé 366.156 francs d'allocations pour environ 3.500 ouvriers (femmes et apprentis compris), représentant 1.400 enfants âgés de moins de treize ans. La Caisse de la Région Parisienne, pour la première période d'application de quatre mois en 1920 (mars à juin), a payé 4.115.014 francs d'allocations; le personnel visé comprenait 183.776 ouvriers et employés ; le nombre des familles attributaires a été de 39.226 et celui des enfants bénéficiaires de 62.176. En cinq mois, 508.093 francs ont été répartis par la Caisse de Troyes entre 20.879 enfants, avec 244 primes de naissance de 150 francs et 5.000 francs en livrets de Caisses d'Épargne au bénéfice des « familles de quatre ». Enfin, le Consortium de Roubaix-Tourcoing a créé à Berck- Plage un sanatorium dans lequel séjourneront, par an, pendant un mois chacun, environ 4.000 enfants. Ces allocations et ces avantages divers, s'ajoutant aux salaires payés à tous les travailleurs, constituent la part du facteur familial dans la juste rémunération du travail.
L'institution commence à s'organiser à la cam-
LE SURSALAIRE FAMILIAL. 107
pagne. Tout récemment, sur l'initiative de l'Union syndicale des agriculteurs catholiques de Seine-et- Oise et de l'Union régionale des syndicats agricoles de rile-de-France, s'est constituée une Caisse mutuelle syndicale d'assurance et de prévoyance en faveur des familles ouvrières agricoles.
Cette caisse alimentée par les cotisations patronales et les dons des membres honoraires versera : 100 francs au moment du mariage, 200 francs pour chaque naissance , et , en outre , distribuera des primes mensuelles qui s'élèveront à 15 francs pour le deuxième enfant, 20 francs pour le troisième, 30 francs pour le quatrième, 40 francs pour le cinquième et chacun des suivants.
Les membres adhérents versent 5 francs par 100 hectares, plus une part dans la répartition des charges de la caisse qui sera établie sur la base de la détermination ^du pourcentage à l'hectare et, en outre, une part dans les frais généraux.
Il y a là une initiative intéressante qui peut avoir d'heureux effets en contribuant à retenir à la campagne nombre d'ouvriers agricoles.
L'établissement d'un sursalaire familial ne pouvait qu'être favorablement accueilli par les ouvriers auxquels il venait opportunément en aide.
C'est ce qui se produisit tant que dura la guerre ; mais, au lendemain de l'armistice, il se rencontra des meneurs qui s'appliquèrent à combattre, dans
les milieux populaires, toutes les institutions de nature à rétablir et à maintenir la paix sociale.
Le sursalaire familial est du nombre de ces institutions et ne devait pas échapper aux attaques.
Les meneurs lui adressent principalement les critiques suivantes :
1** L'idée du sursalaire est venue des patrons; son origine la rend donc suspecte a priori^ car les patrons ne sauraient rien donner que dans une pensée égoïste. Quel est ici l'intérêt patronal? C'est de pousser à l'accroissement du nombre -des enfants de la classe ouvrière, afin de s'assurer une main-d'œuvre abondante et, par là même, moins exigeante. Le sursalaire familial lutte avec quelque efficacité contre les théories malthusiennes et, pour certains révolutionnaires, c'est une première raison de le repousser.
2° Tout ce qui s'écarte de la règle : « A travail égal, salaire égal », devient de la bienfaisance, et par suite de la fantaisie et du privilège. « J'ai produit 400 kilos dans ma quinzaine, tu n'en as fait que 380 kilos, et tu touches plus que moi sous prétexte que tu as des enfants. Ce n'est pas juste, je ne l'accepte pas. » 11 est curieux de constater que, sans craindre de se contredire, des propagandistes socialistes invoquent, pour les besoins de leur propagande, les doctrines de la plus stricte doctrine économique orthodoxe.
3° Toute demande d'augmentation de salaire, avec ou sans grève, est basée sur le coût de la vie. Or si l'on établit une distinction entre les ouvriers
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ayant une famille légitime et ceux qui n'en ont point, ces derniers, qui sont nombreux, ne bénéficieront plus des augmentations dans la même proportion et ils se considéreront comme lésés.
Cette hostilité déçue des meneurs révolutionnaires à l'égard du sursalaire familial qui tend à maintenir la paix sociale, nous en trouverons la curieuse expression dans une déclaration récemment formulée par le Comité de la Fédération des métaux de la C. G. T. La voici :
Le Comité Fédéral National enregistre d'abord l'impuissance avouée du pouvoir politique concernant la solidarité sociale.
Le patronat, toujours guidé par la même préoccupation, s'empare d'une fonction qui ne convient ni à son caractère ni aux principes de l'exploitation de l'homme par l'homme.
Le Comité Fédéral déclare que rien ne désigne le patronat, rien ne le qualifie pour intervenir dans le domaine de la solidarité qui doit s'établir entre tous les individus ; qu'à la nation seule incombent ces devoirs ; que les travailleurs ne peuvent que s'élever contre tout ce qui tend à consolider le régime du salariat en permettant aux exploitants d'accaparer, au profit de leur propre domination, tous les rouages de la vie dont le fonctionnement et la responsabilité incombent à la société tout entière ;
Que le sursalaire aggrave encore l'humiliation de l'exploité par le fait qu'il détruit chez lui la pensée que son seul travail assure l'existence de son foyer sans le concours d'allocations laissées à l'appréciation de son employeur ;
Le Comité Fédéral déclare que le sursalaire est en opposition avec les principes essentiels [du syndicalisme,
Il ne faudrait point croire que de telles déclarations restent toujours platoniques.
Parfois, les meneurs essaient de décider les ouvriers à renoncer au sursalaire. M. Emile Romanet, Président de PUnion Fraternelle du Commerce et de l'Industrie de Grenoble, qui a eu une part très importante dans la création de la Caisse de compensation de cette ville, a relaté, en une conférence des plus intéressantes, quelques-unes des tentatives faites, dans la région du Sud-Est, contre le sursalaire ^ .
Dans une commune de l'Isère, nous dit M. Romanet, les fabricants de ciment avaient donné des allocations familiales. Des orateurs vinrent déclarer aux ouvriers qu'il fallait imposer la suppression de cette « faveur » comme contraire à l'égalité et demander une augmentation de salaire équivalente. Les pères de famille se groupèrent. Ils firent leur compte et constatèrent que cette suppression entraînerait pour eux une diminution de recettes, malgré l'augmentation de salaires réclamée. Ils prièrent donc les beaux parleurs d'aller porter leurs conseils ailleurs. Les allocations familiales furent maintenues et la grève empêchée.
Dans une papeterie, près de Grenoble, une tentative analogue se produisit. Des célibataires reprochèrent aux ouvriers mariés d'accepter la charité patronale sous forme d'allocations familiales. Les travailleurs interpellés répondirent : « Si vous nous plaignez, vous perdez votre temps. Si vous
1. Les profjrès du surtalaire familial {Chronique sociale de France, février 1920).
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nous enviez, c'est bien simple, faites comme nous et vous constaterez que c'est un bonheur d'avoir des enfants, et vous reconnaîtrez comme nous que les allocations familiales sont un appoint bien précieux. Vous parlez beaucoup de mutualité. Si le patron nous aide dans les frais qui nous incombent de par nos charges familiales, dites donc que c'est de la mutualité et non de la charité ». Dans cette usine, les célibataires se le sont tenu pour dit.
D'une manière générale — et cela m'était confirmé par la direction de la Caisse de la région parisienne, — les ouvriers, qui sont au bénéfice du sursalaire familial, apprécient cette institution, d'autant plus qu'elle a été spontanément créée par les employeurs. Aussi le bon sens populaire faitil d'ordinaire justice des critiques intéressées et jalauses formulées par les agents de la Révolution. Et, partout en France, l'excellente initiative patronale, malgré les difficultés rencontrées, se développe pour le plus grand bien du pays et de la paix sociale.