‹ Problèmes sociaux du travail industrielChapitre 34 sur 43 · Cf. Journée industrielle, 23 septembre 19i · texte numérisé non relu

Cf. Journée industrielle, 23 septembre 19i

un atelier de chaudronnerie, un atelier de mécanique et un atelier de soudure autogène. Un mois après l'inauguration, avec 110 ouvriers et employés, j'ai fait le même chiffre d'affaires que des usines similaires avec 250 ouvriers ; j'ai pu parer dans une large mesure aux difficultés résultant de l'application de la journée de huit heures ; j'ai obtenu une grande économie de matières premières, une meilleure utilisation du matériel, un meilleur entretien des machines, et cela avec un minimum de contrôle et de surveillance.

Les ouvriers ont le sentiment qu'il sont tous les ouvriers de la même œuvre ; ils travaillent en collaborateurs intéressés, et mon expérience des milieux ouvriers et des usines me permet d'affirmer que la plupart des conflits et des grèves ont leur origine dans la méconnaissance du rôle du patron, et dans l'ignorance dans laquelle sont les ouvriers des difficultés de tous les ordres inhérentes à toute entreprise industrielle. Aussi les rapports du personnel dirigeant et du personnel ouvrier sont empreints de la plus grande cordialité et, après vingt années passées dans les usines comme contremaître, chef d'atelier ou directeur, je puis affirmer que je n'ai jamais eu à diriger un personnel aussi dévoué et aussi laborieux.

C'est une expérience que j'ai voulu tenter, je m'en félicite. A l'heure où, dans d'autres pays, les ouvriers exigent brutalement leur part de contrôle dans l'atelier, leurs désirs sont ici réalisés. Les ouvriers peuvent être représentés dans les assemblées, avec voix délibérative, en attendant le jour prochain, je l'espère, où l'un d'eux les représentera au Conseil d'administration. Les uns et les autres, dirigeants et exécutants, arriveront à mieux se connaître, à prendre conscience de leur rôle respectif, à s'estimer. Ce jour-là, la transformation sociale s'accomplira en France dans l'ordre et dans la discipline, pour le plus grand bien de notre pays.

Je m'excuse de vous avoir écrit longuement, mais je crois qu'il est de mon devoir de faire connaître cette

L'ACTIONNARIAT DU TRAVAIL. 161

organisation, je crois que vos lecteurs seront intéressés par cette lettre, si j'en juge par les nombreuses lettres que m'a values votre article du 9 septembre.

L'expérience de Juvisy est intéressante à plus d'un titre et met en pleine lumière les avantages sociaux de l'actionnariat ouvrier.

Estrce à dire que le système de l'attribution individuelle d'actions de travail ne présente ni inconvénients ni difficultés?

Nous ne le prétendons certes pas. Le principal danger que présente cette organisation, c'est que les actions ne « deviennent l'apanage d'un petit nombre de travailleurs d'élite, objet des faveurs patronales ». Dans ce cas, en effet, à côté de la lutte entre patrons et ouvriers, apparaîtrait « la lutte, plus lamentable encore peut-être dans ses conséquences, entre ouvriers capitalistes et ouvriers non capitalistes, dont les intérêts ne concorderaient plus » .

Sans doute, il ne faut pas exagérer la possibilité d'un tel danger, et la meilleure preuve en est qu'à la « South Metropolitan Gas Company » 95 ^ des salariés sont actionnaires et que le 5 ^ restant est constitué uniquement par le personnel temporaire.

Néanmoins le danger existe, et, dans certains cas, il pourrait être sérieux.

Pour y obvier, on a parfois institué les actions purement temporaires, que l'ouvrier possède uniquement pendant le temps où il demeure embauché dans l'entreprise. C'est ce qui a été organisé,

on Angleterre, par les frères Lever dans leur fabrique de savon, bien connue, de Port-Sunlight. Dans cette usine, tout ouvrier âgé de vingt-cinq ans au moins, après cinq ans de séjour à l'usino, peut demander un certificat de « copartnership » aux mandataires du patron. Ces certificats d'une valeur minimale d'une livre varient suivant la durée des services et le montant des salaires annuels, sans jamais dépasser 10 % de ceux-ci. L'ouvrier participe aux dividendes sans avoir toutefois aucun droit d'administration. C'est là une institution intéressante, mais ce n'est pas à proprement parler l'action de travail... Aussi sommes-nous de l'avis de M. de Briey v^ : « L'action temporaire, simple faveur patronale, n'aura jamais pour effet de faire de l'ouvrier un associé, ce qui est cependant le but poursuivi; une propriété temporaire n'est pas une propriété ; il est inexact de parler ici d'actionnariat ouvrier, il s'agit tout simplement d'une forme particulière de participation aux bénéfices. » C'était aussi l'opinion de M. Waxweiler qui, dans une causerie donnée à la Fédération des industriels et commerçants français, disait non sans malice : « Ce sont là tout simplement, en langage d'homme réaTliste, des primes à l'ancienneté, des gratifications de fin d'année pour les ouvriers qui sont restés un certain temps dans l'établissement. Assurément, bien des entreprises ont pris de telles initiatives, fort louables sans doute, mais elles n'ont jamais songé à leur donner le nom pompeux d'ac-

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