‹ Problèmes sociaux du travail industrielChapitre 38 sur 43 · Cf. Discours, t. III, p. 123 et sq · texte numérisé non relu

Cf. Discours, t. III, p. 123 et sq

Dans les milieux populaires, à tendances socialistes plus ou moins avancées, on continue à réclamer ardemment l'entente entre nations industrielles pour amener une législation internationale du travail : en 1883, le Congrès ouvrier suisse émet le vœu que le Conseil fédéral reprenne les négociations avec les autres États. Le Congrès national des ouvriers français, à Roubaix, vote une résolution analogue. Puis le groupe des députés socialistes propose à notre gouvernement d'adopter pour son compte le projet d'une conférence internationale. En 1886, ce sont les députés socialistes allemands qui présentent au Reichstag une semblable motion.

On peut donc dire que le terrain était bien préparé par les efforts de personnalités appartenant aux milieux les plus opposés, lorsque, une seconde fois, la Suisse prit l'initiative d'une Conférence diplomatique. Le 27 juin 1888, MM. Decurtins et Favon développèrent devant le Conseil national une proposition « invitant le Conseil fédéral à faire des démarches auprès des gouvernements européens en vue de créer une législation internationale protectrice des ouvriers, qui comporterait les points suivants : 1° protection du travail des enfants; 2° limitation du travail des femmes ; 3° repos dominical; 4° journée normale de travail ». La motion fut prise en considération à l'unanimité, et l'un de ses auteurs, M. Decurtins, chargé de rédiger un mémoire sur la question.

Ce mémoire fut déposé en 1889. 11 proposait comme bases des délibérations de la future confé-

rence, et par suite, de la législation internationale : 1'^ la fixation d'une limite d'âge pour les enfants employés dans les fabriques et dans les mines; 2*^ l'interdiction du travail de nuit des femmes et des personnes mineures; 3° l'interdiction de l'emploi des femmes dans certaines industries dangereuses ou nuisibles à la santé ; 4° l'interdiction du travail du dimanche ; B*' l'introduction de la journée maximale de travail pour les personnes mineures.

En prenant comme bases les conclusions du rapport du député catholique, le Conseil fédéral élabora le programme des réunions projetées et adressa des lettres de convocation aux gouvernements européens. La plupart des Etats pressentis paraissaient disposés à accepter l'invitation. Mais, jaloux de recueillir la gloire de cet acte qui marquerait dans l'histoire du monde, Guillaume II fit connaître son intention de réunir à Berlin ladite conférence et le gouvernement suisse s'effaça devant l'orgueil omnipotent de l'empereur allemand.

Nous ne croyons pas devoir retracer l'histoire, très connue, de la célèbre conférence de Berlin en 1890, Sans doute, comme l'observait M. Millerand ^ , elle n'aboutit, en raison même de l'ampleur de son programme, qu'à rien ou à très peu de chose, au

4. Cf. Discours de M. Millerand sur la Conférence officielle de Berne (1905). — Brochures de l'asâociation nationale française pour la protection légale des travailleurs, 3« série, n° 2 (1905), p. 4.

point de vue des résultats pratiques immédiats. Néanmoins, elle peut « compter parmi les événements les plus considérables du siècle », car c'est d'abord, déclarait le comte de Mun *, la mise à l'ordre du jour des gouvernements de la question sociale, et, par là même, la reconnaissance publique des droits des ouvriers ; c'est ensuite « l'indice très frappant de l'heureuse tendance qui commence à pousser les peuples à chercher dans l'arbitrage et l'entente commune le règlement de leurs intérêts ». Mais, ajoutait aussitôt M. de Mun, « il est évident que, pour le moment, les ententes internationales se borneront là » .

Aussi les partisans d'une législation internationale du travail, loin de se contenter de ce premier succès, redoublèrent-ils d'activité. Et, fait notable, durant cette seconde période, des personnalités, dont les idées religieuses et sociales étaient aussi profondément opposées que peuvent l'être les idées de catholiques convaincus et de socialistes militants, vont, dans une certaine mesure, unir leurs efforts en vue d'amener la réalisation de ce qu'elles considéraient, les unes et les autres, comme une réforme capitale.

Les chrétiens-sociaux étaient d'ailleurs encouragés dans cette voie parle Saint-Siège. Léon XIII, qui avait été officieusement représenté par M^^ Kopp à la Conférence de Berlin, avait, dans une lettre à Guillaume II, exprimé le vœu que « l'action «combinée des gouvernements contribuât puissam-

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