FONDATION DANS UN CAISSON ÉTANCHE, AVEC ÉPUISEMENT
Considérations générales. — Lorsque le terrain solide se montre à nu au fond des eaux, ou lorsque la couche non résistante qui le recouvre est trop mince pour recevoir des pilotis, ou trop fluide pour les maintenir, on est conduit à effectuer la fondation dans un caisson sans fond en bois ou en métal immergé à l'emplacement voulu.
Les premiers caissons sans fond n'étaient pas étanches ; ils jouaient simplement le rôle d’une enceinte de pieux et palplanches à l’intérieur de laquelle on immerge du béton après avoir dragué et nettoyé le sol. C’est un système que nous examinerons ultérieurement.
Nous étudions, pour le moment, le caisson à parois étanches dans lequel on épuise pour reconnaître directement le sol et établir à sec le massif de fondation.
Nous avons déjà fait ressortir les avantages considérables de ce procédé qui permet de contrôler la nature du fond sans se guider uniquement sur des sondages, de mettre le rocher à vif, de le déraser et de construire une maçonnerie compacte et homogène offrant une absolue sécurité.
I est vrai que la fondation par caisson étanche est plus coûteuse que la fondation par béton immergé; mais l’économie est, dans une certaine
mesure, secondaire en pareille matière, el c’est surtout dans la superstructure qu'il convient de la chercher.
Les caissons ont l'inconvénient d'exiger un dragage préalable qui, dans les rivières d’allure torrentielle, donne lieu parfois à des mécomptes; en quelques heures une fouille est comblée et il faut recommencer le déblai sur de nouveaux frais. De plus, il est difficile d'obtenir une bonne étanchéité à la base du caisson, dans une profondeur de plusieurs mètres d'eau, si l’on n'a pas recours à des scaphandres.
Enfin, il convient de donner au caisson assez de hauteur au-dessus de l'étiage pour qu'il ne soit pas surmonté par les crues ordinaires ; qu’une crue exceptionnelle arrive, le caisson court grand risque d'être disloqué ou emporté, de sorte qu'un cas imprévu peut compromettre une campagne. Il est vrai que la plupart des procédés présentent à un degré plus ou moins grand ce même inconvénient.
Lors donc qu'on se sert de caissons étanches, il faut avoir un scaphandre et disposer de moyens puissants d'épuisement afin d'enlever rapidement le travail. Il arrive souvent que, par une économie mal entendue, on recule devant la location ou l'acquisition de locomobiles et de pompes puissantes; presque toujours on perd beaucoup de temps et l’on en arrive finalement à être forcé de recourir au matériel dont on n'avait pas voulu tout d’abord.
Enfin, il convient de donner au caisson des dimensions notablement supérieures à celles du massif de maçonnerie qu'il doit recevoir; pour avoir négligé cette précaution on s'expose à des accidents sérieux et à des malfaçons. Si vous n'avez que 0"50 de jeu autour 'de la maçonnerie à la base du caisson et que vous commettiez une erreur de quelques centimètres dans la pose ou dans l'alignement du caisson, ce qui arrivera bien souvent, comment ferez-vous pour installer le puisard et la crépine des pompes et pour creuser autour de la maçonnerie les rigoles destinées à recueillir les eaux? Que le caisson subisse une déformation quelconque et le mal s’aggravera encore. Il est donc indispensable de donner au moins 4 mètre de jeu à la base du caisson; on se donne ainsi toutes facilités pour l’exécution, et le supplément de dépense est insignifiant.
Ce jeu peut être réduit à 0"50 à la partie haute du caisson et l’on donne à ses parois une certaine inclinaison. Généralement on prend une
e Q . 4 . e CL e inclinaison de 10 pour les grands caissons, mais, comme l'inclinaison
des parois constitue toujours une certaine sujétion tant pour les assemblages que pour la pose du bordage, nous préférerions, surtout pour les petites profondeurs, adopter des parois verticales.
Ces considérations générales vont se trouver commentées et développées dans les exemples suivants :
Caisson du viaduc de Port-de-Pile, sur la Creuse, — C'est à M. l'ingénieur en chef Beaudemoulin que l’on doit les premiers caissons étanches, et il en a fait l'application au viaduc établi à Port-de- Pile, sur la Creuse, pour le passage du chemin de fer de Tours à Bordeaux. M. Desnoyers a décrit ce travail dans un mémoire inséré aux Annales
des ponts et chaussées de 1849, mémoire qui nous fournit les renseignements ci-après :
« Description du sol de fondation. — Dans l'emplacement où l’on avait à construire un viaduc de trois arches de 31 mètres d'ouverture pour le chemin de Tours à Bordeaux, le fond du lit de la Creuse est formé, sur au moins 8 à 9 mètres d'épaisseur, par une argile noire très compacte, de nature schisteuse, et qui, sur la plus grande partie de la largeur du lit, n'est pas complètement incompressible; mais cependant, à la suite d’expériences spéciales, elle a paru assez résistante pour supporter directement les piles du viaduc, à la condition de donner à la fondation de ces piles un très fort empattement; d'un autre côté, comme la jalle est à un certain degré affouillable, sous l'action d’un très fort courant, il n'aurait pas été prudent de faire reposer la base des fondations sur la surface de la jalle, à une faible profondeur au-dessous des basses eaux. Par suite, on a été conduit à fonder les piles directement sur la jalle, avec des empattements de 18 mètres environ de longueur sur 40 mètres de largeur, et à une profondeur de 4 mètres au-dessous de l’étiage.
« À l'emplacement des piles, la surface de la jalle se trouve à environ 2 mètres au-dessous de l’étiage, et est recouverte par une couche de gravier. Pour établir la fondation d’après les bases du projet, il fallait donc, après avoir traversé la couche de gravier, faire pénétrer la fouille à 2 mètres environ de profondeur dans la masse de jalle. D'après la nature de ce massif, ainsi qu'on a eu occasion de s'en assurer par expérience, un dragage aurait présenté des diflicultés à peu près insurmontables, et, dans tous les cas, aurait exigé beaucoup de temps et une dépense énorme. On ne pouvait donc appliquer, dans ce cas, ni les enceintes ordinaires de pieux et palplanches, dont le battage aurait eu d’ailleurs le grave inconvénient de faire éclater les couches de jalle et d'en détruire la résistance, ni même les caissons sans fond qui ne peuvent être appliqués avec avantage que lorsque la fondation doit reposer sur un terrain solide, que l'on peut mettre facilement à nu. C’est pour suppléer à l'insuffisance de ces moyens que M. Beaudemoulin a modifié, de la manière qui va être décrite, la disposition des caissons qui avaient servi sur le Cher et avaient reçu des massifs de béton immergé.
« Description des caissons. — Le but principal que l’on devait se proposer dans l'emploi des nouveaux caissons consistait à éviter le dragage dans la jalle et à procurer les moyens de faire à sec par épuisement Ja fouille de cette partie de la fondation. Dès lors, au lieu de présenter seulement à la partie supérieure un bordage calfaté, les parois devaient être rendues étanches sur toute la hauteur. Dès lors aussi, comme au moment de l'épuisement l'enveloppe devait avoir à supporter une très forte pression, il fallait lui donner plus de solidité. Par suite, tout en conservant au caisson la même forme générale (fig. 5 à 9, pl. XXIII), on a donné beaucoup plus de force aux montants; on a ajouté au bas des parois une forte semelle sur laquelle les montants viennent s'assembler; on a relié ces dernières pièces par des contre-fiches, et enfin on a remplacé les palplanches verticales non jointives du premier système par un bor-
Es
dage ayant également 0°05 d'épaisseur, mais formé de madriers placés horizontalement, assemblés très exactement et calfatés avec le plus grand soin. Il est d’ailleurs évident que, comme dans ce cas la plus grande pression devait venir de l'extérieur, le bordage devait être placé en dehors des montants de manière à être soutenu par eux lorsque la pression se ferait sentir.
« Le caisson ainsi préparé formait donc une enveloppe complètement étanche, très solide par elle-même et qui devait être fortifiée encore, au . moment de l'emploi, par des étançons que l'on placerait à l'intérieur, pour prévenir la flexion des parois à mesure que l’on effectuerait l’épuisement. »
Le caisson construit était amené sur bateaux à l'emplacement voulu (fig. 1, 2, 3, planche VI). On avait au préalable dragué le gravier qui recouvre la jalle, de manière que les semelles du caisson vinssent, après immersion, reposer directement sur cette jalle. À ce moment, le caisson étant étanche et la jalle peu perméable, il n'y avait plus à combattre que les infiltrations qui se produisaient sous les semelles. On les aunulait en disposant au-dessus et à côté des semelles, à l'extérieur du caisson, un bourrelet en argile bien corroyée et damée avec soin. Cela fait, on épuisait à l'intérieur, on achevait facilement la fouille et on élevait à sec la maçonnerie de béton.
Le bourrelet d'argile au pourtour extérieur du caisson a été établi avec le plus grand soin (fig. 2, 3, planche VI); on a commencé par entourer la semelle du caisson avec un sac de 0"30 de diamètre rempli d’argile parfaitement corroyée; ce sac, dont on augmentait la longueur et que l'on remplissait au fur et à mesure de la pose, s'engageait dans tous les vides et les bouchaïit sans qu'on eût à craindre de voir l'argile entraînée à travers les fissures du caisson pendant l'épuisement. Au-dessus de ce bourrelet on a placé de l'argile comprimée avec des pilons en fonte et des dames plates. Le tout a été recouvert d'enrochements afin de se défendre contre les crues.
Le caisson a été monté entre deux grands bateaux placés parallèlement à la pile; il était soutenu, pendant le montage, par des pièces de bois ; pour l'immerger, on l’a soulevé d'abord au moyen de quatretreuils, puis on l’a laissé descendre doucement; son poids était d'environ 30,000 kilogrammes (fig. 1, planche VI).
Le caisson a été vidé avec quatre pompes en moins de 24 heures; les déblais étaient enlevés par des bennes à treuils ; en pratiquant la fouille, on laissait, en dedans de la semelle du caisson, une banquette de 4 mètre de largeur, afin d’éviter les éboulements; cette banquette était enlevée peu à peu au fur et à mesure de l’avancement du massif. On pouvait occuper 23 à 30 ouvriers à la fois au fond du caisson, et le travail de nuit n’offrait aucune difficulté.
Le massif de fondation est en béton posé à sec dans une enceinte de libages ; on a préféré le béton à la maçonnerie ordinaire parce qu’il était fabriqué plus vite et coûtait moins cher, et parce qu'il peut être convenablement employé même par des ouvriers qui ne sont pas maçons de profession.
La surface du béton, au niveau du socle de la pile, a été protégée par un pavage maçonné.
Le béton a été posé, du reste, avec toutes les précautions voulues pour en faire un massif bien homogène : on le posait sur toute la hauteur à la fois par couches de 0"30 à 0"40 de hauteur, se suivant en redans à 1 mètre de distance.
Tous ces redans marchent du même pas; en avant du redan inférieur, des ouvriers balayent le sol à vif; toutes les surfaces apparentes du béton sont fortement pilonnées à la dame plate. De la sorte, on obtient une liaison parfaite entre toutes les parties, et on n'est pas exposé à venir poser un béton frais sur un béton trop vieux ayant fait prise complète.
« Le béton employé dans ces conditions, dit M. Desnoyers, forme une masse très compacte et tout à fait incompressible, dans laquelle on doit avoir plus de confiance que dans toute autre pour soutenir des ouvrages d’an grand poids. »
T1 a fallu 39 jours de travail pour la fondation d’une pile, savoir : 9 jours pour le montage, 4 jour pour l'immersion, 8 jours pour la confection du bâtardeau et l'organisation des échafaudages, 1 jour pour l'épuisement, 9 jours pour la fouille et 14 jours pour l'exécution des maçonneries jusqu'à l’étiage.
La dépense s’est répartie comme il suit :
FR. C Fourniture et main-d'œuvre sur chantier du caisson. ........... 4,604 74 Montage et immersion, compris location de bateaux et de tous appareils. 4,209 04 Dragage, bâtardeau, enrochement . . .. ........ vos 5,120 99 Épuisement, déblais, travaux divers . ........... es... 10,189 35 Échafaudages, fournitures et faux frais divers .........,.... 4,366 63
Total. ............ 29,090 75
Ce qui fait ressortir la dépense à environ 35 francs par mètre cube de la maconnerie comprise dans le caisson, la confection même de cette maçonnerie devant être comptée à part.
Caissons du viaduc de l’Aulne. — Le viaduc établi sur la rivière de l’Aulne, près Châteaulin, est un fort bel ouvrage qui a fait grand honneur à M. l'ingénieur Arnoux. Le système adopté pour les fondations est représenté par les figures 4 à 7 de la planche VI.
« Les piles en rivière sont au nombre de trois, et pour deux d’entre elles les difficultés de fondation ont été sérieuses. Il s'agissait de fonder en pleine rivière, à 5"40 au-dessous de la retenue d’eau du barrage de Guily-Glass et en se tenant à l'abri des marées qui pouvaient s'élever encore jusqu’à 2 mètres plus haut. Le sol de fondation est un schiste ardoisier, à feuillets fortement inclinés, dont il était nécessaire d'enlever la surface, afin de mettre à vif le rocher dur, et qui en outre était recouvert d'une couche de vase et de gravier. Pour des piles aussi fortement chargées, il était d'une très grande importance de s'assurer d'une excellente fondation et par suite de pouvoir l'établir par épuisement. Dans ce but, après avoir enlevé la couche mobile par dragage à grande sec-
tion, on a immergé pour chaque pile un caisson en charpente sans fond, de 22°75 de longueur sur 10 mètres de largeur, et dont les parois avaient été calfatées d'avance, excepté à la partie basse pour laquelle il avait été impossible de racheter à priori: les inégalités très prononcées du terrain schisteux ; on y est parvenu, après l'immersion, en faisant glisser dans cette partie, entre les deux derniers cours de moises du caisson, des palplanches verticales très serrées, à l'extérieur desquelles on a établi un petit bâtardeau en argile, corroyée à l’aide du scaphandre, et recouvert d'une forte toile consolidée par des enrochements. On a ensuite épuisé à l'intérieur du caisson, et l'étanchéité obtenue était telle qu'il suffisait de faire fonctionner une pompe pendant deux ou trois heures par jour pour tenir la fouille parfaitement à sec. A l'abri de cette grande enceinte, on a pu avec la plus grande facilité enlever toutes les parties tendres du schiste, mettre à nu les parties dures, en régulariser les surfaces, et enfin construire les maçonneries jusqu'au-dessus des plus hautes mers.
Pour mettre le caisson en place, on a profité d'une manière heureuse de la double faculté que donnaient, d’une part les pertuis du barrage pour faire baisser momentanément le niveau des eaux, et d'autre part l’action de la marée pour faire remonter rapidement ce niveau. En effet, après avoir assemblé le caisson sur des bateaux, à l'emplacement de la fouille, et l'avoir fait porter sur de fortes béquilles fixées au bord des bateaux et dont le pied descendait à près de 2 mètres au-dessous du fond de ces bateaux, on a fait baisser le niveau des eaux, et les béquilles sont venues reposer sur le fond du lit de la rivière; puis, après avoir dégagé les bateaux, on a attendu la marée montante et l'on a ramené les bateaux pour saisir le caisson à la partie supérieure ; les eaux continuant à faire monter les bateaux ont fait soulever un peu le caisson, de manière à permettre d'enlever les béquilles : alors, en faisant de nouveau baisser les eaux, on n'a plus eu qu'à laisser descendre le caisson pour qu'il vint se fixer dans sa position définitive. Ce secours des eaux a été fort utile, car il a dispensé de tout emploi de grues ou de treuils, et a permis de manœuvrer avec une grande facilité une masse dont le poids dépassait 75,000 kilogrammes.
La dépense de fondation d'une pile ainsi établie est résumée de la manière suivante :
Fournitures de bois et façon du caisson. .............. .. 18,476 Dragages, bâlardeau en argile, déblais à l'intérieur du caisson, etc.. . 12,862 Maçonneries . ...... ..............,.. ...... 25,255 Fournitures de matériel . . . .. cnrs roses 43,443 Dépenses diverses, journées, fournitures, surveillance, etc. . . 7,198
Total . e. 71,834
Le prix par mètre superficiel de fondation à 7"40 de profondeur audessous des hautes mers est de 390 francs, et le prix par mètre cube ne dépasse pas 53 francs. »
Dans le total qui précède, le matériel d’épuisement et d'exécution est
compté à sa valeur intégrale d'acquisition ; d'autre part, les maçonneries sont estimées jusqu’au sommet du caisson.
Si l’on calculait le prix du mètre cube du massif de maçonnerie réellement construit au-dessous du niveau de l’eau, on trouverait certainement qu'aujourd'hui l'on pourrait faire au même prix la fondation par caisson à l’air comprimé.
Le caisson du viaduc de l’Aulne n’en reste pas moins fort intéressant et montre qu avec beaucoup de soin on peut réaliser l'étanchéité presque parfaite d’un grand caisson en charpente.
Caisson du viaduc du Scorff. — La pile culée du viaduc du Scorff, à l'entrée de Lorient, a été fondée dans un grand caisson étanche. Le mémoire de M. Desnoyers sur les Fondations dans les terrains vaseux, mémoire si fertile en renseignements précieux pour le constructeur, nous fournit encore la description de ce travail, que représentent les figures 4 à 40 de la planche VII.
Il fallait descendre à 8"25 au-dessous des hautes mers dans un terrain formé de vase à la partie supérieure et de sable à la base, en pleine rivière et sur un point exposé à de forts courants de marée. La situation était la même qu'au viaduc d'Hennebon, dont nous avons parlé précédemment, mais l'enceinte de pieux et palplanches avait donné à Hennebon tant de difficultés et d'ennuis qu’à Lorient on résolut de lui substituer un caisson étanche.
Ce caisson se compose de poteaux montants reliés par quatre cours de moises horizontales; on a relevé exactement le relief du rocher à l'emplacement que devait occuper le pourtour du caisson de manière à ce qu’il reposät bien d'aplomb sur le fond. Les palplanches glissent entre les cours de moises et viennent s'appuyer sur le rocher; on ne les introduit qu'après l'immersion; on calfate leurs jointures de manière à rendre la paroi étanche. Cette opération n'est facile qu'au-dessus du dernier cours de moises; entre le dernier cours de moises et le fond, la paroi étanche est construite sur le chantier avant l'immersion du caisson; cette paroi est formée de dosses verticales glissées entre les moises et supportant des madriers horizontaux, ainsi qu’on le voit sur la figure.
La carcasse du caisson avec la paroi étanche inférieure et le dernier cadre d’étrésillons fut construite à terre, puis lancée comme un navire, et amenée en place au moyen de bateaux qui la dirigent et la soutiennent; ceci se fait à haute mer; à basse mer, on laisse échouer le caisson, on le surcharge, par exemple, avec des rails, pour l'empêcher d’être soulevé, et on glisse les palplanches. Pour s’opposer aux fillrations qui ne pouvaient manquer de se produire entre le rocher et la base du caisson, on avait d’abord eu l’idée d'appliquer à l'extérieur un bourrelet d'argile, mais les courants violents auraient tout emporté. On résolut alors de construire un bâtardeau intérieur en béton, qui est représenté sur la figure 4: c’est un mur en béton immergé entre le bord des caissons et des panneaux en planches que soutenaient des tiges de fer enfoncées dans le rocher. Le bâtardeau achevé, on épuisa à l’intérieur et on bétonna à sec. Les épuisements furent considérables, parce qu'on avait construit le dernier
cadre d’étrésillons avant l'immersion du caisson ; ces étrésillons traversaient le bâtardeau en béton, sans avoir avec lui une parfaite adhérence, et par suite ils livraient passage à l'eau.
Il va sans dire que le bâtardeau en béton reste compris dans le massif de fondation dont il fait partie.
La dépense de ce caisson a été considérable et s’est élevée à 89,000 fr., compris le remplissage. La maçonnerie ressort ainsi à 71 fr. le mètre cube. Pour ce prix, il est probable qu’on pourrait l’établir aujourd’hui à l'air comprimé.
Du reste, le caisson de Lorient était dans de fort mauvaises conditions, vu les grandes inégalités que présentait le rocher; la substitution du bâtardeau intérieur au bourrelet extérieur, opérée après coup lorsque les étrésillons étaient en place, a contribué aussi dans une large mesure . à accroître les difficultés et la dépense.
Caisson du viaduc de Quimperlé. — M. Desnoyers a donné la description du caisson en charpente qu'il a employé pour la fondation du viaduc de Quimperlé; le rocher était à 2 mètres au-dessous des basses mers et à 5"50 au-dessous des hautes mers. Le caisson, représenté par les figures 11 à 18, planche VII, devait donc résister à des charges de 5"50 de hauteur d’eau; il était disposé de manière à recevoir un bâtardeau intérieur et avait ses parois verticales afin de faciliter le remplissage ; les palpanches conservaient la liberté de glisser entre les moises, afin de pouvoir être descendues isolément jusqu'à toucher le rocher, condition indispensable au succès; sur la hauteur destinée au bâtardeau, le bordage était cloué à l’intérieur du caisson pour que l’eau ne pôt arriver à l'intérieur du bâtardeau par les intervalles des palplanches. Il fallait draguer préalablement le terrain de 4"50 de hauteur qui surmontait le rocher, mais comme le dragage était difficile à cause des blocs mèêlés au gravier, on se contenta de l'effectuer au pourtour du caisson et sous l’emplacement du bâtardeau, en se réservant de terminer le déblai central lorsque le caisson serait en place.
Le dragage achevé, on a mis le caisson en place, posé les palplanches, complété le bordage supérieur et exécuté le bâtardeau. On a évité l’emploi de pièces transversales et d’étrésillons traversant ce bâtardeau, car ces pièces constituent autant de chemins ouverts aux infiltrations. Le rang inférieur d'étrésillons était à 3"70 au-dessus du fond du caisson et sur ce rang on a fixé des madriers dessinant le cadre intérieur du bâtardeau; on a adapté sur ces madriers, au droit des poteaux montants du caisson, des colliers en fer dans lesquels on a fait glisser des tiges en fer de 0"03 de diamètre; ces tiges ont servi d'appui à des panneaux en planches, puis le coffrage a été rempli avec une argile bien corroyée et bien tassée, et on a épuisé à l’intérieur.
Dans des eaux calmes, le bâtardeau intérieur est remplacé par un bourrelet extérieur au caisson; mais, lorsque la fondation est faite, comme à Quimperlé, au milieu d'un fort courant, les bourrelets extérieurs sont difficiles à établir et à consolider, et M. Desnoyers considère le bâtardeau intérieur comme préférable, bien qu'il ait le grave inconvé-
nient d'exiger un caisson beaucoup plus vaste que la fondation, puisqu'il ne peut être incorporé à la maçonnerie. M. Desnoyers trouve au bâtardeau intérieur un autre avantage, c'est que le caisson peut être démonté et réemployé.
À notre avis, la préférence ne doit être accordée au bâtardeau intérieur qu'avec la plus grande réserve; les bourrelets extérieurs peuvent être recouverts et maintenus au milieu d'un courant par des toiles imperméables et même par des fascinages avec enrochements; ils permettent de réduire considérablement les dimensions des caissons et de les rendre plus maniables et beaucoup moins coûteux. Aussi est-ce là le système que la plupart des ingénieurs ont adopté.
Le bâtardeau intérieur ne paraît justifié que lorsqu'on l’exécute en béton pour l’incorporer à la fondation future, ainsi qu'on l’a fait au pont sur le Scorff.
Le prix de la fondation du viaduc de Quimperlé est revenu à 41 francs par mètre cube de maçonnerie au-dessous des hautes mers; c’est encore un chiffre bien élevé si l'on considère que la construction entre les niveaux de basse et de haute mer est très facile. Il nous semble qu'aujJourd'hui des caissons amovibles à air comprimé devraient conduire des résultats presque aussi économiques.
Caisson du pont de Beynac. — M. l'ingénieur Liébeaux a rendu compte du système suivi pour la fondation des piles du pont de Beynac, sur la Dordogne, et nous lui empruntons les renseignements qui vont suivre. On a eu recours à un caisson sans fond, représenté par les: figures 1 à 7, planche VIII; sa hauteur est de 4"50, soit 1°50 au-dessus de l'étiage; les parois sont inclinées au 1/10; elles sont formées de poteaux montants reliés par quatre cours de moises et à chaque cours de moises correspond un cadre de pièces longitudinales et de pièces transversales. Les assemblages des angles sont faits à l’aide de ferrures et de boulons qui rendent très facile le montage et le démontage des caissons. Sur le bâti est cloué un bordage calfaté et jointif.
On drague à gueule-bée l'emplacement du caisson et des scaphandres vont nettoyer à vif la zone sur laquelle il doil être posé; pendant ce ‘temps, le caisson est construit sur la rive, descendu à l’eau par un plan ancliné, soulevé entre deux bateaux et amené à l'emplacement voulu qui est défendu à l’amont par un brise-lames formé de pieux et d'enrochements. L'immersion est obtenue par une surcharge de rails; la longueur des poteaux d'angle a été réglée d'après les sondages, de telle sorte que la face supérieure du caisson soit horizontale. Le caisson en place, des scaphandres vont compléter le bordage ou blindage entre sa base inférieure et le rocher, et font tout autour un bourrelet de glaise; ils se servent à cet eflet de briquettes de glaise fabriquées après un pilonnage énergique.
Sur les parois du caisson on cloue des toiles imperméables qui recouvrent le bourrelet de glaise et une zone du fond de la rivière sur 2 mètres au moins à partir du caisson; enfin les toiles sont recouvertes de sacs remplis d'argile et ceux-ci d’un bourrelet d’argile bien pilonnée.
On épuise alors, mais avec lenteur pour laisser se serrer les bois et la glaise ; le fond mis à sec, on creuse le puisard et on fait avec des planches des rigoles glaisées sur tout le pourtour de la fouille.
On élève la maçonnerie en enlevant au fur et à mesure les étrésillons que l’on remplace par des bouts de bois s’appuyant d’un bout sur le caisson et d’autre bout sur le parement de la pile.
Il a fallu 50 à 60 jours pour construire une pile, depuis le commencement du dragage jusqu’à l'achèvement des maçonneries; le caisson d’une pile a été réemployé pour une autre et la dépense de ce chef s’est trouvée réduite de moitié,
Voici la dépense pour une pile normale avec 3"10 de profondeur d'eau : |
1° DÉPENSES À L'ENTREPRISE 2e DÉPENSES EN RÉGIE