‹ Procédés et matériaux de constructionChapitre 21 sur 69 · TT TT HU F TT LR · texte numérisé non relu

TT TT HU F TT LR

Fig. 41.

Cette machine est devenue pratique le jour où les cloisons intérieures ont été courbées, suivant les développantes d’un cercle concentrique à

Port

l’axe de rotation; car l’eau se dispose à l’endroit où la tangente à la cloison est horizontale, la normale au liquide est donc une verticale qui coïncide à la fois avec la direction du poids et avec le rayon vecteur de la développante, lequel est tangent à une circonférence fixe. On voit que le bras de levier du poids d’eau contenu dans la cloison est constant, et il en est de même de l'effort moteur.

M. Cavé a construit un tympan en tôle de la force de 20 chevaux, qui élève l’eau à 2 mètres de hauteur.

En somme, la forme de la cloison est à peu près indifférente, parce qu’il y a toujours plusieurs cloisons en charge, et l’effort est ainsi régularisé.

On courbe donc les cloisons en développante ou en spirale, et on a soin que l’angle du dernier élément avec la circonférence du tambour soit aussi faible que possible, car c’est sous cet angle que la cloison coupe l'eau. Le dernier élément de l’aube près de l'orifice central doit être disposé de telle sorte, que l'écoulement commence et se termine le plus tôt possible, afin d'éviter toute élévation inutile.

L'orifice d'écoulement avait 0"50 de diamètre dans le tympan Cavé; cette dimension a donné de bons résultats.

On peut admettre que le tympan fait huit tours par minute, et comme il y a quatre cloisons, cela fait par minute trente-deux prises d’eau; chaque cloison prend, en pénétrant dans l’eau, un volume qu’il est facile d'évaluer, en considérant l'extrémité de la cloison au moment où elle émerge et menant par cette extrémité une horizontale qui représente le niveau du liquide. On déduira de là le débit du tympan par mètre courant, et, par suite, la largeur qu’on devra lui donner pour débiter un volume connu.

Le travail moteur à employer s'en déduira sans peine.

Le tympan perfectionné est susceptible d'un bon rendement, 75 p. 100, et se prête bien à épuiser de grandes masses d’eau. Malheureusement, la hauteur d'élévation est limitée, puisqu'elle est de 0"25 inférieure au rayon de l'appareil. En outre, la machine est assez lourde et d'un transport peu commode.

Aux fondations du barrage éclusé de Meulan-sur-Seine, on s’est servi d’un tympan en tôle et fer cornière, qui revenait à 1 fr. le kilogramme; il avait un diamètre de 10"50 et élevait l'eau à une hauteur variant de 450 à 4"60; il fournissait environ 10 mètres cubes par minute ou 14,400 mètres cubes par vingt-quatre heures.

En cent jours de travail, les dépenses du tympan ont été de 97,945 fr. 27, soit O0 fr. 0194 par mètre cube d’eau élevée à la hauteur indiquée ci-dessus.

Le mouvement de la machine à vapeur était transmis au tympan au moyen d’une courroie, passant sur la poulie de la machine et sur une seconde poulie montée sur l'arbre même du tympan.

Suivant M. Cavé, le rendement est de 80 p. 100.

Vis d’Archimède. — Imaginez un tube étroit enroulé en hélice sur un cylindre incliné, et dans ce tube engagez une bille; sollicitée par son

poids, elle descendra dans la spire jusqu’à l'endroit (a) où la tangente est horizontale. Si le cylindre est animé d’une rotation autour de son axe, au bout d'un certain temps sa génératrice (a’) sera venue en a”, et le point a’ en a” en parcourant un cercle normal à l’axe. La projection de l’hélice que représente la figure se sera transportée parallèlement à elle-même en a”; donc la tangente en ce point sera horizontale,

Fig. 48.

et, par suite, la bille s’y sera rendue. Elle aura donc progressé de a en a” sur la génératrice, et, par suite, elle se sera élevée d'une quantité qui dépend de l'inclinaison de l’hélice sur l'horizon.

Au lieu d'une bille, vous pouvez supposer de l'eau qui pénètre par l’orifice inférieur du tube, et qui ainsi s’élèvera peu à peu le long des spires.

Le volume que prend chaque

spire dépend de la longueur de l'arc hydrophore (baë"); l'arc hydrophore est la longueur de l'hélice, qui se trouve dans chaque spire audessous de la tangente horizontale 66’. Pour une hélice donnée, l'arc hydrophore diminue à mesure que se relève l'axe du cylindre, et quand

Fig. 49.

l'inclinaison de l'axe est égale à l'angle de l’hélice avec la génératrice du cylindre, sur lequel elle s'enroule, l'arc hydrophore est nul.

Il est évident que l'extrémité inférieure de l’hélice ne doit pas plonger continôment dans l’eau, mais qu'à chaque tour elle doit émerger pen-

dant un certain temps.

Deux masses liquides situées dans les parties basses de deux spires consécutives sont séparées par une masse d'air, qui va en se dilatant à mesure qu’on s'élève; pour remédier à cet inconvénient fâcheux, on a soin de percer, de place en place, dans le tube, de petits trous destinés à laisser rentrer l'air et à maintenir partout la pression atmosphérique.

Le volume soulevé dépend donc du nombre de spires, de la longueur de l’arc hydrophore et de la longueur de l'arc parcouru dans l’eau à chaque rotation par l’orifice inférieur de la vis.

Le tube hélicoïde dont nous venons de parler est plutôt théorique que

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Fig. 00.

pratique ; c’est surtout un appareil de démonstration, dont on se sert dans le cours de physique.

Ainsi, à chaque tour du cylindre, la masse liquide avance d'un pas parallèlement à l'axe, et s'élève d'une quantité qui dépend de l’inclinaison de l'axe. Pour que le liquide s'élève, il est nécessaire que l’inclinaison de l'axe sur l'horizon soit inférieure à l’angle de la tangente à l'hélice avec la génératrice ou avec l'axe du cylindre.

Soit P la quantité d’eau qui éntre à chaque tour, À le pas de la vis, « l'inclinaison de l’axe sur l'horizon ; à chaque tour le poids P monte de À sine, et s’il y a (n) spires, le travail élévatoire produit pour un tour de la vis est de n, P,h, sine. L'effort moteur F est d'ordinaire appliqué à une manivelle de rayon R, il en résulte donc un travail égal à

2rRF et l'équation d'équilibre dynamique devient nPhsina=2TrRF.

La vis d’Archimède usuelle est représentée en coupe et en élévation par les figures 49 et 50. Elle se compose d’une surface de vis à filet

carré comprise entre un noyau central et un tambour; l'air circule tout le long de l'axe, ou quelquefois on ménage dans les douves du tambour de petits orifices. La force motrice produite par des hommes agissant sur une manivelle est transmise À la vis par un engrenage. L'axe repose à sa base sur un tourillon.

L'inconvénient de ce système est la lourdeur de l'appareil; on l'a heureusement modifié dans la vis hollandaise ; le tambour ou canon est fixe et peut n’envelopper que la moitié inférieure de la vis. Celle-ci tourne donc seule, et elle est solidement montée sur son arbre ou noyau.

Voici ce que nous disions dans notre Traité de l'exécution des travaux, au sujet de la vis hollandaise :

L'appareil se compose d'une vis d’Archimède, comprenant un noyau solide qui porte deux ou trois cours de surfaces hélicoïdales engendrées par une droite qui se meut normalement au cylindre du noyau en s’appuyant constamment sur une hélice de ce cylindre; la vis est entourée d'un berceau cylindrique fixe. Lorsqu’on donne à l'appareil un mouvement de rotation, l'eau comprise entre deux pas de vis tend toujours à descendre À la partie la plus basse, et par suite de cette tendance elle s’élève en réalité, pourvu que l’axe de la vis ne soit pas trop incliné sur l'horizon ; l’eau sert d’écrou mobile à la vis fixe.

La vis hollandaise est commode pour élever de grandes masses d'eau à de faibles hauteurs; elle est facilement réparable, ne coûte pas cher et fonctionne régulièrement; mais elle donne des résultats économiques très médiocres, pour les raisons suivantes :

Le diamètre du noyau est souvent trop faible pour la longueur de la vis, il éprouve une flexion notable, et pour donner un jeu à cette flexion il faut laisser entre les surfaces hélicoïdales et le berceau un espace vide de 2 à 3 centimètres, par lequel s'écoule beaucoup d’eau (c’est l’inconvénient déjà signalé pour le chapelet).

La vitesse de la vis est généralement trop considérable; il en résulte des frottements et une perte de force vive notable, surtout lorsque l'appareil est tout en bois.

Pour avoir le rendement maximum, il faut donner au diamètre du noyau les 43 à 60 centièmes du diamètre total de la vis; généralement, au contraire, le rapport est bien moindre. En prenant un noyau épais, les surfaces hélicoïdales se trouvent moins larges, et, bien qu’elles ne soient pas géométriquement développables, on arrive à les exécuter en tôle.

Ea adoptant un noyau épais en bois, l'appareil formant en somme un corps en partie flottant, on peut réduire dans une grande proportion effort transmis par la pesanteur sur les tourillons.

La vis doit être immergée d'une profondeur constante, calculée suivant sa force ; quand l'immersion est trop considérable, les hélices extrêmes se chargent d’un volume d’eau que les parties plus rapprochées du noyau ne peuvent retenir et qui s'écoule alors le long du cylindre intérieur du berceau ; si l'immersion est trop faible, on n'utilise plus complètement l'appareil, qui ne se charge pas suffisamment. Il faut donc placer la vis dans un puisard à niveau constant,

Les anciennes vis en bois donnent jun rendement qui ne dépasse pas 30 p. 100; M. Riche a obtenu un rendement de 74 p. 100 en adoptant les dimensions ci-après : ses vis ont 820 de longueur, un diamètre total de 4®"80, un noyau de 1"05 de diamètre, un pas de 41"86; elles sont inclinées à 27 degrés sur l'horizon. Elles ont coûté, y compris le palier, le pivot et la crapaudine, 2,050 francs chacune, c’est-à-dire moitié moins que les anciennes vis en bois.

Aujourd'hui, c'est à une locomobile qu’on demande la force nécessaire à la manœuvre d’une vis d’Archimède.

Bélier hydraulique. — En parlant du bélier hydraulique, dans le Journal des mines de 1802, le savant Montgolfier s'exprime ainsi :

« Telle est la machine que j'ai imaginée et exécutée en 1796, depuis plus de six ans, dans ma manufacture de papier à Voiron, pour élever l’eau d’une rivière à la hauteur de la pile de mes cylindres à la hollandaise, en profitant d'une chute de 10 pieds : opération qui m'a dispensé de roues, de pompes et autres attirails de machines hydrauliques qu'on emploie ordinairement.

« Cette invention n'est pas d’origine anglaise, elle appartient tout entière à la France : je déclare que j'en suis le seul inventeur et que l'idée ne m’en a été fournie par personne; il est vrai qu'un de mes amis a fait passer, avec mon agrément, à MM. Watt et Bolton, copie de plusieurs dessins que j'avais faits de cette machine avec un mémoire détaillé sur ses applications. Ce sont ces dessins qui ont été fidèlement copiés dans la patente prise à Londres par M. Bolton, le 13 décembre 1797; ce qui est une vérité dont il est bien éloigné de disconvenir, ainsi que le respectable M. Watt. »

C'est donc bien à notre savant Montgolfier qu'est dû le bélier hydraulique.

Il est fondé sur le principe général suivant :

Un corps, en état de repos ou de mouvement, ne peut changer instanlanément cet état; le changement est toujours progressif et se fait dans un temps que l’on peut mesurer.

Voici des exemples à l'appui : |

À la pointe d’un obus on attache une corde d’une certaine longueur, on met l’obus dans sa pièce et on enflamme la poudre; le projectile s'élance avec une vitesse considérable : la corde ne peut prendre instantanément cette vitesse et se brise. Cette circonstance s’est opposée longtemps à l'emploi des amarres de sauvetage que l'on lance de la côte aux vaisseaux naufragés. |

Une balle de plomb lancée à la main dans un carreau le brise : lancée par une arme à feu, elle agit comme emporte-pièce et indique son pas- Sage par un trou circulaire. |

En passant très rapidement sur une planche ou sur de la glace de faible épaisseur, on ne rompt ni l'une ni l’autre, et cependant elles se briserajent sous une charge immobile beaucoup plus faible. |

Lorsque de l’eau est maintenue dans un tube ou tuyau quelconque,

dont on vient à ouvrir l'orifice inférieur, cette eau s'écoule avec une vitesse d’abord variable, qui ne tarde pas à s’accroître et à se propager dans toute la colonne, jusqu’à ce qu'elle ait atteint son maximum et soil devenue uniforme.

De même, si on vient à fermer brusquement l'orifice, la colonne entière ne s'arrête pas instantanément, les couches successives ont une tendance à se presser successivement, mais la compression qui en résulte n'est guère accusée par les variations de volume à cause de la minime compressibilité de l’eau. Quoi qu'il en soit, cette compression n'en existe pas moins; la demi-force vive de la colonne liquide doit être équilibrée par le travail moléculaire de la compression; le rapprochement des molécules étant très faible, la force de compression est nécessairement considérable pour produire un travail donné, et, comme cette force est transmise aux parois qui contiennent le liquide, il peut arriver que ces parois s’effondrent et se brisent.

C'est ce qui arrive souvent dans les tuyaux où circule de l'eau à forte pression; lorsqu'on ferme brusquement le robinet d'écoulement, la force vive de la masse liquide suffit quelquefois à crever le tuyau près du robinet. On évite cet inconvénient en fermant doucement le robinet, de manière à produire petit à petit le ralentissement du liquide. Mais il est

Fig. 51.

plus sûr encore d'adopter des robinets à vis auxquels il faut faire faire plusieurs tours pour qu'ils soient complètement fermés; on n'a de la sorte rien à craindre de l’imprudence et de l’inattention.

Il faut bien se souvenir qu’il ne s’agit point, dans le phénomène qui nous occupe, de pression hydrostatique, mais de force vive; un tube peut largement résister à la charge d’une haute colonne d’eau, et se crever avec violence lorsque l'on veut tout d’un coup arrêter le mouvement de cette colonne.

Nous espérons que ces explications préliminaires suffiront à faire comprendre le mécanisme du bélier hydraulique, que représente la figure 54.

L'eau d’une source élevée arrive dans le tuyau T, qui se termine par un orifice À que peut fermer une soupape à boulet S. Sur le tube T s'embranche un conduit cylindrique, au centre duquel débouche un tuyau plus petit B fermé par une soupape S'’ qui s’ouvre de bas en haut, tandis que la soupape S s’ouvre de haut en bas. Le tuyau B est au fond d'un réservoir à air R, sur le côté duquel prend naissance le tuyau d’ascension T'. Les soupapes S et S’ sont en métal creux, et leur poids est à peu près le double de celui de l’eau qu’elles déplacent. Elles tendent donc à retomber sur leur siège, à moins qu'une pression plus forte ne les soulève.

Le fonctionnement de l'appareil comprend trois phases distinctes, dont il est facile de reconnaître expérimentalement les durées respectives.

Première phase. — L'eau qui descend du tube T commence à s'écouler par l’orifice À au-dessus du boulet S; la vitesse de la colonne, d'abord nulle, va en s'accélérant jusqu’à atteindre son maximum ; l’eau finit par soulever le boulet S et l’applique sur l’orifice A.

Deuxième phase. — Alors l'écoulement est brusquement suspendu; la colonne d’eau, pour perdre sa force vive, exerce sur elle-même et sur les parois qui la contiennent une énergique compression qui produit plusieurs effets : une trépidation et une déformation des tuyaux, une compression de l’air en #7, une poussée sur la soupape S’ qui se soulève, et laisse l’eau pénétrer dans le réservoir à air R; l'air de ce réservoir se comprime pour faire place à l'eau.

Troisième phase. — L'air comprimé en (mn) se détend et rend à la masse d'eau on effort en sens contraire de celui qu’il a reçu ; la colonne liquide tend donc à rebrousser chemin et à remonter vers la source, il en résulte une diminution de pression dans le tube T; le boulet S, soumis à son poids et à la pression atmosphérique, retombe sur son siège et la première phase recommence.

Dans la troisième phase aussi, l'air comprimé au sommet du réservoir R se détend et rend à l’eau le travail qu’il en a reçu; la soupape S' est appuyée sur son siège, et l'eau ne peut s'échapper que par le tuyau d'ascension T. Elle s'élève donc dans ce tuyau.

Il est besoin de renouveler l’air de l’espace mn et celui du réservoir R car cet air se trouve entraîné ou dissous par l’eau comprimée; on obtient ce renouvellement au moyen de la soupape s qui débouche dans l'atmosphère et s'ouvre de dehors au dedans. Pendant la troisième phase du mouvement, l’air en mn se détend, sa pression s’abaisse et tombe audessous de la pression atmosphérique, le clapet s s'ouvre donc pendant un instant, et une certaine quantité d'air pénètre en "”n, d'où elle se trouve refoulée par la soupape S’ dans le réservoir R.

On a même imaginé d'employer la détente de l'air (mn) à faire un bélier aspirateur ; on fait déboucher dans l’espace mn un tube qui se

Û me 2 + mm ee — à mn

rend dans un réservoir inférieur, et, lors de la détente, l’eau s'élève dans ce tube.

Mais cet appareil a été peu employé, car il est d'un faible rendement et d'une faible utilité, comme on le conçoit, puisqu'on peut toujours lui substituer le bélier de refoulement.

Le grand avantage de celui-ci est son fonctionnement automatique, qui persiste indéfiniment sans frais et sans surveillance. Lorsqu'on dispose d'une chute de grand débit et de faible hauteur, le bélier est précieux, puisqu'il permet d'élever une partie de ce débit à une hauteur très considérable : c'est un effet qui paraît paradoxal au premier abord, et que nièrent même quelques académiciens lors de l'invention de Montgolfier. Mais, nous le répétons, on le conçoit sans peine, lorsqu'on veut considérer la théorie du travail et de la force vive et non point celle des pressions hydrostatiques.

Malheureusement, les pièces qui composent le bélier sont soumises à des chocs considérables, qui ne tardent pas à les détériorer; aussi a-t-on renoncé au bélier de grandes dimensions, et on l'a réservé pour élever de petites quantités d’eau.

| Lorsqu’ il est construit avec soin, il donne alors un excellent rende-

ment, qui peut atteindre 75 p. 100.

Nous avons traité plus haut, mais d'une manière incidente, la question du bélier d’épuisement ou bélier d'aspiration ; nous avons montré que, dans la troisième phase du mouvement, l'air comprimé dans l’espace mn, figure 51, se détendait, et que si cet air était mis par un tube en communication avec un réservoir inférieur, l’eau s’élèverait dans le tube à une hauteur qui dépend de la section du tube et de la force vive produite par la détente de l'air.

M. Ch. Leblanc, ingénieur des ponts et chaussées, a construit sur ce principe un bélier d'épuisement, dont il s’est servi pour des fondations d’écluses et de ponts; il a décrit son appareil dans un savant mémoire inséré aux Annales des ponts et chaussées de 1858, et les constructeurs de béliers hydrauliques feront bien de lire attentivement ce mémoire, ils y trouveront de précieux renseignements.

Un barrage maintient l’eau d'amont à uue certaine hauteur au-dessus du bief d’aval; un tube, fermé en haut par une soupape, livre passage à l'eau, qui prend une vitesse progressive dans ce tube, jusqu’au moment où cette vitesse est assez forte pour fermer la soupape; l'écoulement s'arrête brusquement, mais l’eau continue sa marche en vertu de sa force vive, il y a dilatation de l’air contenu dans un réservoir communiquant avec le tube, la soupape d'aspiration s'ouvre, et l’eau s'élève dans un tube d'aspiration qui pénètre au fond du puisard de la fouille, Get appareil a donné d'intéressants résultats ; mais il ne s’est pas propagé.

Pulsomètre. — Le pulsomètre, inventé en 1869 par l'américain Hall, est un appareil destiné à élever les liquides par la pression directe de la vapeur s'exerçant sur la surface même du liquide. Les idées classiques sur la condensation instantanée de la vapeur au contact de l’eau froide, expliquent sans doute l'apparition tardive de cet appareil simple

qui, dans son fonctionnement, représente quelque chose d’analogue aux pulsations du cœur.

La vapeur y agit non seulement par pression, mais encore par condensation; dans ce dernier cas elle aspire l’eau, et dans le premier cas elle la refoule.

L'appareil, coulé en fonte d’une seule pièce, comprend les éléments

ci-après :

Fig. 52.

4° Deux chambres accolées, en forme de poire, A,A, reliées par leur pointe supérieure ; |

2% Une chambre d'aspiration D placée sous les poires À. et munie de trois clapets d'aspiration en caoutchouc, deux de ces clapets débouchant dans les poires;

3° Une chambre de refoulement À avec ses deux clapets en caoutchouc, ouvrant à la base des poires; |

4 Un réservoir à air B placé entre les deux poires et communiquant avec la chambre #;

ua A à Se,

5 Une soupape oscillante placée à la pointe des poires et amenant la vapeur alternativement dans l’une et dans l’autre.

Supposons l'appareil amorcé, la poire droite est pleine d'eau, la soupape supérieure est rejetée vers la gauche, la vapeur entre, presse le liquide, et le refoule dans la chambre # et dans le tuyau de refoulement ; mais, à mesure que la poire se vide, la surface de contact de la vapeur et de l’eau augmente, la vapeur se condense, la pression tombe, et la

soupape oscillante revient à droite pour fermer la poire de droite et ouvrir la poire de gauche ; cependant, un vide relatif s'établit dans la poire de droite, le refoulement s'arrête, l'aspiration commence sous l'influence de la pression atmosphérique, et la poire se remplit; à ce moment, la condensation se produit dans la poire de gauche, la soupape oscillante retourne vers la gauche, la vapeur pénètre à nouveau dans la poire de droite, l'opération recommence, et ainsi de suite indéfiniment.

Pendant la période d'aspiration, un reniflard s’ouvre à la partie haute de la poire et laisse rentrer un peu d’air, qui se trouve comprimé par la force vive de l'eau aspirée, forme matelas et, plus tard, entraîné par le refoulement, gagne les chambres z et B.

Les applications du pulsomètre sont aujourd'hui fort nombreuses ; on s’en sert dans les chemins de fer pour remplir les tenders et on peut prendre la vapeur motrice dans la chaudière même de la locomotive à l’aide d'un tube flexible. L'appareil, par sa puissance, sa flexibilité, son petit volume, l'absence de transmissions, se prête merveilleusement à l'épuisement des puits. Nous verrons plus loin l'application qui en a été faite pour l'épuisement dans les puits de fondation au port de Rochefort.

On a même profité de la vapeur d'échappement, perdue dans les machines sans condensation, pour élever de l'eau à quelques mètres de hauteur.

La hauteur d'élévation dépend évidemment de la pression de la vapeur qu'on emploie. On ne connaît pas nettement le rendement économique de l'appareil; il consommerait, suivant les circonstances, 3:50 à 7 kilogrammes de charbon par heure ét par cheval mesuré en eau montée.

Application du pulsomètre à l'épuisement de puits et de galeries à la place de Montmédy. — Les figures 1 et 2, planche X, représentent une installation de pulsomètres faite à Montmédy par les officiers du génie militaire pour l'épuisement à l’intérieur d'une galerie inclinée à 43 p. 400. La distance entre les puits 6 et 7 de cette galerie est de 150 mètres ; le premier à 21 mètres de profondeur sur 4"80 de large, et le second 43 mètres de profondeur sur 2"50 de large; la galerie a 2 mètres de hauteur. L'installation de pompes et de transmissions eût présenté dans de pareilles conditions des difticultés presque insurmontables; le pulsomètre a donné une solution simple.

L'épuisement des eaux s'accumulant en À, à l'avancement de la galerie, se fait par deux pulsomètres B et C indépendants l’un de l'autre. L'appareil B enlève les eaux et les jette dans le puisard D, pratiqué sur la verticale du puits n° 6; elles sont reprises et montées à la surface du sol par l'appareil C.

La conduite d'aspiration de l'appareil B est allongée successivement au fur et à mesure de l'avancement des travaux, et ce pulsomètre est déplacé et reporté vers le front de taille lorsque, par suite de l'inclinaison de la galerie, la hauteur verticale d'aspiration devient trop grande. La conduite d'aspiration et celle de refoulement ayant même diamètre, on ajoute à celle-ci ce qu'on a dû retrancher à celle-là dans l'avancement de l'appareil.

Au puits n° 7, il s'agissait de continuer le foncement au-dessous de la strate aquifère et de poursuivre les travaux de la galerie de chaque côté du puits. Les pompes de divers systèmes étaient vite mises hors de service par la grande quantité de sable en suspension dans les eaux à élever. Deux pulsomètres conjugués ont été installés pour effectuer cet épuisement. Le premier est fixé en E, le second F est suspendu à un treuil; la colonne d'aspiration de E est reliée à la colonne de refoulement de F

par un tuyau en caoutchouc de 5 mètres de long, ce qui permet de descendre l'appareil inférieur suivant les besoins du travail et de le mettre à l'abri des inondations. Le fonctionnement de pulsomètres conjugués nécessite l'établissement d’une cuvette et d’un tuyau HH° pour recevoir la décharge du trop plein que peut présenter l'appareil inférieur.

Cette installation a été faite par la Compagnie de construction des Batignolles, concessionnaire en France du brevet de Hall.

CONDITIONS GÉNÉRALES A OBSERVER DANS L'INSTALLATION DES APPAREILS D'ÉPUISEMENT

Il n’est pas inutile de résumer à la fin de cette étude les quelques principes généraux qui en découlent :

4° Toutes les fois qu'il s'agit d'épuiser à l’intérieur d'une fouille ou d'une enceinte, il faut adopter, pour les dimensions en plan de cette enceinte, des valeurs notablement supérieures à celles du massif de maconnerie qu’elle doit recevoir. Presque toujours les ingénieurs inexpérimentés se tiennent trop à l’étroit; ils ne savent où loger les puisards et les rigoles d’amenée et éprouvent, surtout vers la fin de l'opération, une gêne considérable qui se traduit par de la mauvaise besogne et des dépenses supplémentaires; les maçonneries s’exécutent dans des conditions défectueuses, quelquefois même sont délavées.

2 À moins d’impossibilité il faut loger le puisard en dehors de l’assiette de la fondation et assez loin, eu égard à la nature du terrain, pour que l'aspiration des eaux ne désagrège pas le sol au voisinage des maconneries.

3° Le puisard doit être assez large et assez profond pour que la crépine s’y meuve facilement et trouve toujours une certaine provision d’eau; il faut forcer le plus possible les dimensions des puisards lorsque l'épuisement est intermittent et que le puisard est exposé à se vider fréquemment.

4° À moins d'être ouvert dans un terrain bien compact, le puisard doit être entouré de pieux et palplanches, ou, mieux encore, composé d’anneaux en tôle. Les parois ainsi formées sont percées de trous, à moins qu'on ne puisse, ce qui est bien préférable, se contenter d’un déversement superficiel par la partie haute de l'enceinte.

5° Le puisard doit être protégé par un couvercle à charnières lorsqu'il est exposé à recevoir des feuilles, des pailles, des racines, des plantes aquatiques, toutes choses qui arrêtent le fonctionnement de la pompe.

6° On ne peut atteler une pompe à une locomobile quelconque; il faut que, non seulement les conditions de puissance, mais aussi les conditions de vitesse soient réalisées, et il est bon de faire connaître à l’avance au constructeur les conditions dans lesquelles l'opération doit être effectuée.

7° Il ne faut pas craindre de recourir tout d'abord à de puissants moyens d’épuisement, sinon on perd en tâtonnements et en fausses ma-

nœuvres dix fois plus qu’on n’eût dépensé en consentant immédiatement la dépense voulue. Cependant, il faut éviter, surtout quand il s’agit de pompes rotatives, de choisir un modèle par trop fort, car l’intermittence du fonctionnement s'impose alors et cause une grande gêne.

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