LOGEMENT DES OUVRIERS
Il est désirable que les ouvriers soient logés à proximité immédiate des travaux. — Souvent ils trouvent un gîte dans les auberges et chez les habitants du voisinage, mais souvent aussi il faut construire des cantines pour les abriter.
La construction des cantines est laissée d'ordinaire à l'industrie privée, qui exploite les ouvriers autant qu'elle le peut; lorsque la concurrence ne peut s'établir, il en résulte des abus que la police locale ne cherche point toujours à réprimer, bien qu'elle nous semble suffisamment armée par la loi pour agir au nom de l'hygiène et de la sécurité publique.
Les ingénieurs et entrepreneurs de grands travaux auraient fréquemment avantage, au point de vue du bon recrutement de leur personnel et du bon ordre des chantiers, à construire eux-mêmes des cantines salubres et suffisamment vastes qu'ils loueraient à des exploitants avec un cahier des charges net et précis; on éviterait de la sorte une promiscuité et un entassement regrettable et on renfermerait l'exploitation des ouvriers par les cantiniers dans des limites acceptables.
<( Les logements, formant dépendance des cantines, dit M. de Lagrené, sont habituellement placés sous les toits, au-dessus des salles de repas; la toiture, formée de tuiles ou de carton goudronné, laisse passage à l'air et aux variations extérieures delà température; chaque dortoir comprend de 5 à 12 lits, dont chacun est occupé par deux hommes; la capacité intérieure du dortoir varie de m ,60 à m ,75 par homme ; le cube d'air est donc insuffisant, mais les interstices de la toiture atténuent un peu ce défaut. »
Ce sont là évidemment des conditions médiocres au point de vue de l'hygiène et de la réparation des forces. Mieux vaut une installation spéciale pour les dortoirs.
Baraques. — Dans l'armée, une baraque pour 12 hommes est établie sur 3 m ,80 de long et sur 4 œ ,60 de large; une porle de 0,75 est ouverte sur le pignon de façade et correspond à un couloir de m ,80 de large; à droite et à gauche du couloir on trouve un lit de camp de i m 9 90 de large. La hauteur aux pieds-droits, c'est-à-dire à la tête des lits, est de 1 mètre et la hauteur sous les arbalétriers au faîte, 3 m ,30. La largeur réservée à chaque homme sur le lit de camp est donc deO m ,60, et le cube intérieur par homme un peu supérieur à 3 mètres ; la largeur de 0",60 est insuffisante et il convient de la porter à Ô 00 , 75, c'est-à-dire de considérer la baraque précédente comme faite seulement pour 40 hommes.
La charpente se compose de 7 fermes, dont 2 pour les pignons ; les arbalétriers sont formés par des perches de m ,08 de diamètre, assemblées vers le haut par une entaille à mi-bois et reliées par une hart qui
embrasse en môme temps la ligne du faîte. Une traverse horizontale, à 2 mètres du sol, tient lieu d 'entrait; elle relie encore les arbalétriers et sert de support pour des planches. Les arbalétriers sont aussi arrêtés vers le bas par de forts piquets et s'assemblent avec eux au moyen d'une entaille à mi-bois et d'une hart.
La réunion des différentes pièces de bois de la baraque est consolidée partout avec de bonnes harts d'osier.
Le clayonnage des murs se fait avecdeux saucissons de paille enduite de torchis que Von entrelace autour des piquets de m ,10 de diamètre qui supportent les fermes, et autour de piquets intermédiaires qui n'ont que O œ ,04 de diamètre pour les murs et m ,06 pour les pignons. Il faut trois hommes pour confectionner un saucisson de torchis.
Lorsque ce clayonnage est terminé, on l'enduit en dedans et en dehors d'une couche de terre glaise ou de terre ordinaire, mélangée avec de la paille hachée, de manière à porter à m ,10 l'épaisseur des murs.
Le latis du toit est formé de 14 rangs de gaules, espacées de 0,30 d'axe en axe et fixées par des harts sur les arbalétriers.
Ce latis est fait pour recevoir une couverture en chaume; mais celleci est généralement abandonnée aujourd'hui ; on peut la remplacer par du carton bitumé.
La toiture déborde les deux pignons; l'un d'eux reçoit la porte avec une fenêtre au-dessus, le pignon opposé reçoit une seconde fenêtre.
Afin de préserver le sol des baraques de l'humidité, on creuse à environ m ,30 du pourtour de chacune d'elles une rigole de 0,15 de profondeur et de 0™,25 de largeur et on lui donne une pente convenable pour l'écoulement des eaux.
On a de plus le soin de choisir un emplacement incliné, abrité, si possible, des vents régnants et de la pluie, un sol sableux et ferme. Il convient aussi de s'établir à proximité d'un bon cours d'eau.
Les baraques militaires que nous venons de décrire, et dont le type se prête à toutes les modifications que l'on voudra, suivant la nature des matériaux disponibles, ne conviennent guère que dans un bon climat, pour une campagne d'été.
Lorsque le travail doit se poursuivre pendant plusieurs campagnes consécutives, il faut des installations plus complètes et plus solides.
Types de cantines. — Les figures 1 à 3, planche LX représentent un type de cantines en bois pour 50 ouvriers, avec quatre dispositions différentes en plan.
Lorsqu'il y a des équipes de jour et des équipes de Huit, il faut que les dortoirs soient éloignés des réfectoires, afin que le sommeil des ouvriers qui se reposent ne soit pas constamment troublé.
La charpente peut être établie en bois ronds assemblés par des clous ; les cloisons et parois sont en planches avec couvre-joints.
Le grenier doit uniquement jouer ce rôle et ne pas servir au logement d'ouvriers.
Il convient de compter pour la superficie 8 mètres carrés par homme, et une dépense de 30 à 40 francs par tête*
On pourra substituer aux parois en bois des parois en briques ou en carreaux de plâtre, et il conviendra alors de ménager des moyens de ventilation, vasistas et tuyaux d'aérage. De même, le mode de couverture pourra varier suivant les ressources du pays.
Le mobilier peut être grossier et formé de planches et de bois ronds.
Les lits sont faits de voliges, de lattes et de planches de 18 à 20 millimètres d'épaisseur (fig. 4 et 5) ; il faut environ 75 pointes de m ,05 de longueur pour les assemblages. — Voici le détail de cet ouvrage :
3 m ,40 linéaires de volige de peuplier, 4 montants en sapin tout sciés à Ofr. 35 pièce, 2 lattes à fr.25 ; la main-d'œuvre et le déchet ne coûtent pas plus de 1 fr. 25. Le lit entier peut être établi pour 6 à 7 francs.
Les figures 6 à 7 représentent des tables et des bancs; les dessins sont cotés et permettent l'exécution facile de ces meubles. La table a m ,75 de large et chaque travée est portée par deux pieds; les chevalets des bancs sont espacés d'un mètre.
La literie d'un lit comprend une paillasse, un matelas et un traversin en bourre, deux draps en toile et deux couvertures de laine. Ces couvertures sont indispensables et doivent être de bonne qualité.
Les couvertures et les vêtements de laine sont un facteur principal de l'hygiène.
Le logement dans les cantines, quelque défectueux qu'en soit l'installation matérielle, est généralement d'un prix trop élevé. Sur les chantiers des environs de Paris, il se règle tous les samedis et coûte d'ordinaire 6 francs par semaine ; le cantinier fait les lits chaque jour et nettoie la literie. 11 fournit par dortoir une cruche, une cuvette et un torchon par semaine; les ablutions des ouvriers laissent généralement à désirer et il convient de veiller à ce qu'ils aient constamment de l'eau en abondance à proximité de leur logement.
Importance des soins de propreté. — Il convient de faire comprendre aux ouvriers l'importance énorme qu'exerce, sur la conservation des forces et de la santé, la propreté du corps et des linges. Deux ablutions par jour sont nécessaires; il faut se laver fréquemment les pieds à l'eau froide, après qu'ils sont refroidis; si l'on doit se livrer à de longues marches, on peut affermir la peau par des onctions de suif mélangé à l'eau-de-vie ou à l'alcool camphré, et la transpiration exagérée est réduite par des onctions avec 5 grammes d'une pommade composée de 3 parties d'acide salrcilique, 10 d'amidon et 87 de suif.
Importance du vêtement. — Le choix du vêtement a son importance pour la santé du travailleur. Il lui faut une coifFure et un vêtement légers en été, chauds en hiver; liberté absolue doit être laissée aux mouvements, et trop d'ouvriers ont recours à des ceintures minces bien serrées à la taille.
Les étoffes de laine sont en tout temps les plus hygiéniques et le meilleur préservatif de bien des maladies.