OBSERVATIONS SUR LE SAUVETAGE
Le sauvetage des personnes surprises par un incendie ou par un éboulement, est une opération délicate pour la direction de laquelle il est impossible de formuler des règles générales et nous devons nous
borner ici à quelques indications succinctes ayant trait principalement à la question des éboulements.
Feu sur les personnes. — Le sauveteur doit opérer rapidement et avec sang- froid. La première chose à faire est de jeter à terre la personne atteinte, car la flamme est alors moins dangereuse et gagne beaucoup moins vite le visage et les parties hautes du corps ; elle se localise plus facilement et peut même s'éteindre si l'on roule la personne par terre, ce qu'on doit se hâter de faire. Il faut ensuite chercher à étouffer le feu avec des tapis, des couvertures ou des vêtements, en ayant soin de ne pas porter directement les mains sur les parties en combustion.
Sauvetage d'une personne qui se noie. — Sur beaucoup de chantiers, les ouvriers sont exposés à tomber à l'eau et beaucoup d'entre eux ne savent point nager. L'ingénieur doit exiger qu'une barque soit toujours disponible et parée au voisinage immédiat du travail, et que l'on ait toujours sous la main quelques engins simples de sauvetage, tels que des lignes ou des bouées.
La ligne est une corde solide, de 1 ou de 2 centimètres de diamètre, garnie à chaque mètre d'un gros bouchon de liège, terminée à l'extrémité par un flotteur en bois ou en liège et enroulée sur un dévidoir; on tient de la main gauche le manche du dévidoir, et de la main droite, on lance le flotteur à la personne tombée dans l'eau.
La ligne Torrès a 5 à 7 mètres de long ; elle se termine par une boule de liège et par un œil, et porte sur toute sa longueur une série de cabillots en bois; on la lance vers l'homme en danger, il la saisit et s'en entoure, de sorte qu'il peut se maintenir sur l'eau jusqu'à l'arrivée d'une barque.
On fait aussi des lignes servant à soutenir les personnes qui se jettent à l'eau pour en sauver d'autres ; elles se terminent par deux boucles dans lesquelles on passe les bras et s'échappent d'un dévidoir, tenu par une autre personne sur le rivage.
Les bouées se composent de plusieurs rondelles annulaires de liège superposées et enveloppées de toile goudronnée; l'épaisseur est de œ ,20 àO^O, et le diamètre de 0",40 à m ,60. A la bouée sont attachés fréquemment des bouts de cordage avec flotteur qui permettent de la saisir.
Un sauvetage parfois difficile est celui des personnes qui, marchant sur la glace, la voient céder sous leurs pas et tombent dans l'ouverture ainsi formée; elles ont peine à se maintenir sur les bords auxquels elles se cramponnent, car, la partie inférieure du corps est toujours comme aspirée horizontalement sous la glace; il faut donc se hâter de les secourir, sans s'approcher trop près de l'ouverture, puisqu'on risquerait de déterminer une nouvelle brisure. Les lignes et les bouées peuvent être utilisées, lorsqu'on en a sous la main. Les longues échelles, ou plusieurs échelles raboutées, et posées à plat sur la glace, de manière à dépasser les bords du trou et même à traverser le trou tout entier, si c'est possible, constituent un engin efficace de sauvetage. A la rigueur,
on peut les remplacer par des planches, des poutres, des pièces de bois quelconques, que Ton relie ensemble, si possible, de manière à constituer un long radeau ; les personnes qui le manœuvrent, se placent à l'extrémité opposée au trou, de manière à équilibrer le poids de la personne en danger.
Lorsque la personne à sauver a disparu sous la glace et qu'on peut l'apercevoir ou qu'on soupçonne la direction où elle se trouve, un homme s'approche de l'ouverture en se faisant accrocher par une ligne et en rampant sur une échelle posée à plat, si on en a une à sa disposition; il est armé d'une perche à croc, et mieux d'une perche à plusieurs grappins, et à long manche, avec laquelle il peut tirer à lui la personne submergée.
Une de ces perches à grappins devrait toujours se trouver sur les chantiers de travaux hydrauliques.
Sauvetage de personnes asphyxiées dans des puits ou des fosses. — Nous n'avons pas à examiner les accidents épouvantables qui se produisent dans des mines par le dégagement du grisou et nous parlerons seulement des accidents ordinaires, qui se répètent malheureusement tous les jours, et qui frappent les ouvriers travaillant au fond des puits ou des fosses.
Il ne faut pas croire que c'est seulement dans les excavations anciennes, ou abandonnées depuis un temps plus ou moins long, gue ces accidents se produisent; ils peuvent fort bien se manifester aussi dans des excavations en cours de construction, lorsque l'on traverse des terrains imprégnés de matières organiques ou animales. L'attention de l'ingénieur doit donc être attirée sur le danger que peuvent présenter les fouilles dans les terrains de ce genre; deux ouvriers employés au forage des puits de fondation du pont de Saint-Denis y ont perdu la vie.
Les puits ménagés dans les culées des ponts, ainsi que les puits d'amarrage des ponts suspendus, ne sont pas eux-mêmes dépourvus de tout danger et, dans certains cas, il convient de n'y point pénétrer sans quelques précautions.
Divers gaz méphitiques rendent une atmosphère irrespirable ou toxique. L'atmosphère simplement irrespirable est infiniment moins dangereuse ; elle ne renferme guère que de l'acide carbonique et de l'azote et l'on peut ramener à la vie les personnes qui y ont subi même une asphyxie prolongée.
11 n'en est pas de même des atmosphères toxiques, chargées d'oxyde de carbone, d'ammoniaque ou d'acide sulfhydrique ; une atmosphère, chargée d'un millième de cet acide, est mortelle à l'homme et c'est cette atmosphère qu'on est exposé à rencontrer dans les égouts et les fosses d'aisances; elle est heureusement signalée par son odeur et, lorsque cette odeur se manifeste, on ne saurait montrer trop de prudence.
Lorsqu'un ouvrier vient de tomber asphyxié dans une fosse, le premier mouvement des personnes courageuses présentes est de descendre immédiatement à son secours ; en agissant ainsi, on marche presque
toujours à une mort certaine, mais inutile, et le devoir de celui qui commande la manœuvre est d'arrêter toute tentative précipitée et d'exiger tout au moins que personne ne descende sans être solidement maintenu par une bricole ou par un cordage passé sous les aisselles et solidement fixé; au premier mouvement de défaillance on peut ainsi remonter le sauveteur.
Quand on a à pénétrer dans une cavité, le premier soin à prendre est de reconnaître la qualité de l'air qu'elle renferme; on y descend une lumière, en la faisant pénétfer jusqu'aux couches les plus basses, car c'est là que se cantonne l'acide carbonique dont la densité est une fois et demie celle de l'air. Quand la lumière a brûlé un quart d'heure d'une manière bien normale, sans agitation, sans variation d'éclat, il est bien probable qu'elle se trouve au milieu d'un air respirable; on peut môme en être à peu près convaincu si l'odorat ne perçoit point d'odeur ammoniacale ou sulfhydrique.
Cependant, il est bon de descendre dans le puits ou dans la fosse, une botte de branchages attachés à une corde que l'on agite à plusieurs reprises pour mettre l'air en mouvement. S'il y a de l'eau au fond de la cavité, on suspend à la corde un poids quelconque, une barre de fer par exemple, avec laquelle on agite l'eau à plusieurs reprises, puis or recommence l'expérience de la lumière. Si elle réussit à nouveau, il ne peut y avoir grand danger à descendre.
Il importe d'agiter l'eau qui dort au fond de la cavité, car elle peut être chargée de gaz méphitiques qu'elle abandonne par le battage et qui viennent corrompre l'atmosphère.
Quelque favorable que soit le résultat de l'expérience, un chef de chantier prudent n'en exigera pas moins que le premier ouvrier qui descend soit maintenu par un cordage passé sous les aisselles, et mieux par un bridage de puisatier, formé de deux ceintures en cuir réunies ensemble et fixées l'une à la taille, l'autre sous les bras, c'est à celle-ci que s'attache le cordage de rappel.
Quand la lumière s'éteint ou brûle mal dans une cavité, ou quand l'odeur qui s'en dégage est caractéristique de l'ammoniaque ou de l'acide sulfhydrique, il n'y faut pénétrer qu'après l'avoir ventilée.
Un bon système de ventilation, d'un puits par exemple, consiste à en recouvrir l'édifice avec un couvercle en planche laissant à son pourtour quelques petits orifices pour l'accès de l'air à l'intérieur; au centre du couvercle passe un tuyau descendant jusqu'au fond du puits, ou jusqu'à une faible distance au-dessus du niveau de l'eau, le tuyau aboutit au sommet d'un cône renversé ou entonnoir supportant une grille sur laquelle on allume de la braise; la combustion détermine un appel d'air ascendant dans le tuyau et l'air confiné est remplacé par de l'air pur venant du dehors.
On peut encore insuffler de l'air par un tuyau jusqu'au fond de la cavité en se servant d'un gros soufflet, ou d'un tarare ou d'un ventilateur quelconque.
Au bout d'une ou de deux heures de ventilation par combustion , on recommence l'expérience de la chandelle; si elle n'est point favorable,
C'est qu'un dégagement permanent de gaz méphitique existe dans la cavité et il faut le neutraliser.
Si c'était simplement un dégagement d'azote, il n'y aurait d'autre remède qu'une ventilation puissante.
S'il s'agit d'acide carbonique, on verse dans la cavité plusieurs arrosoirs de lait de chaux que l'on répartit sur toute la superficie et Ton agite ensuite l'eau fortement.
Pour détruire l'acide sulfhydrique, on lance avec des arrosoirs un lait de chlorure de chaux, 30 grammes de chlorure par litre d'eau, et on ne descend que lorsque l'odeur a disparu.
Pour l'ammoniaque, il faut recourir à l'arrosage avec une solution étendue d'acide sulfurique.
Enfin, il convient, dans les cas douteux, de maintenir une ventilation énergique pendant toute la durée du travail et d'exiger que les ouvriers soient constamment munis du bridage avec cordage maintenu à l'extérieur par un homme qui suit les mouvements de ses camarades.
Lorsqu'il s'agit de sauver un ouvrier tombé dans l'eau au fond d'un puits ou asphyxié dans une cavité, il est bon de disposer de quatre hommes; l'un, armé du bridage ou simplement maintenu par un cordage que tient le n° 2, se laisse descendre lentement, en s'aidant à l'occasion du câble du puits; cet homme est constamment surveillé par celui qui le soutient; un ouvrier n° 3 fait descendre le cordage destiné à remonter l'ouvrier qu'il s'agit de sauver. Lorsque celui-ci est attaché au cordage, le n° 3 le soulève aidé par un homme de secours ; puis le n° 1 est remonté à son tour.
Il importe que, dans de pareilles circonstances, tout le monde observe une stricte discipline et obéisse instantanément au chef de manœuvre, sans observation ni discussion.
Les précautions que nous venons d'énumérer sont applicables lorsque l'on veut pénétrer dans des cavités quelconques, qui doivent toujours être suspectes lorsqu'elles ne sont pas soumises à une ventilation permanente. Lorsqu'il s'agit de pénétrer dans une fosse remplie de matière, on la désinfecte avec une solution de sulfate de fer; le sulfate est dissous dans son poids d'eau et on emploie 1 à 2 litres de la solution par hectolitre de matière ; on fait subir à la masse un brassage énergique.
Sauvetage de personnes surprises par un ébonlement.
— Il n'est point, nous l'avons dit, de règle générale à donner pour les accidents de ce genre; autant de cas, autant de solutions.
Ce qui importe avant tout, c'est de ne jamais désespérer, quelles que soient les circonstances de l'éboulement et la nature du terrain, quel que soit le temps écoulé depuis l'accident; dans les terrains les plus mauvais, il se produit des arcboutements entre les masses mobiles et des vides subsistent capables de recevoir un ou plusieurs hommes.
Un puisatier a été retrouvé vivant trente jours après un éboulement; un autre, enseveli à 25 mètres de profondeur, a été sauvé au bout de vingt jours. Souvent, les ouvriers ensevelis ont avec eux quelques pro-
visions qui suffisent à prolonger leur existence; du reste, les fonctions vitales se ralentissent, et la dépense de l'organisme diminue. Ge qu'il y a de plus à craindre est le défaut de renouvellement de l'air, qui engendre l'asphyxie; il arrive cependant que les fissures de la masse éboulée permettent une certaine circulation d'air.
Un éboulement s'étant produit, il ne faut point se mettre au travail avec emportement et au hasard : il importe que le chef de manœuvre règle et modère le zèle et les dévouements inexpérimentés, car un travail méthodique est seul profitable; il importe aussi qu'une seule personne commande et qu'elle obtienne des sauveteurs réunis une obéissance absolue.
Le chef cherchera en premier lieu à déterminer aussi exactement que possible le point où se trouvent les personnes ensevelies; il consultera pour cela les dessins, s'il en existe, relatifs au travail en cours ; à défaut de dessins, il interrogera d'une manière précise les ouvriers qui l'entourent, il se rendra compte des profondeurs à l'aide des cordes des treuils, il se renseignera sur la nature des terrains à rencontrer, sur la position et l'épaisseur des couches perméables ou boulantes. S'il s'agit de galeries souterraines comme dans les marnières, ces galeries sont souvent poussées au hasard et l'enquête destinée à repérer la position des ouvriers ensevelis est assez délicate.
Parfois, on peut se mettre en communication par la parole avec les victimes qui donnent elles-mêmes de précieuses indications sur leur situation et sur le chemin à suivre pour parvenir jusqu'à elles; parfois même, il est possible avec une sonde et des tuyaux flexibles d'établir une communication matérielle, de faire passer aux victimes des aliments liquides, et de leur envoyer avec un soufflet une provision d'air pur; une pareille circonstance permet d'opérer le sauvetage presque sans danger, car les mesures hâtives ne sont plus nécessaires.
Des travailleurs de bonne volonté se présentent presque toujours en nombre suffisant, car rarement le dévouement fait défaut en pareilles circonstances ; choisir les plus robustes, les plus exercés au travail dans les puits et dans les galeries souterraines, leur assigner un ordre de travail et établir un roulement entre eux; comme il faut demander aux travailleurs une grande activité, il convient de les relever toutes les heures; d'ordinaire, deux hommes seulement travaillent au fond du puits ou de la galerie; lorsqu'ils terminent leur besogne, ils sont en grande transpiration, il faut leur préparer une chambre chauffée, des vêtements secs, une boisson cordiale, afin qu'ils ne deviennent pas euxmêmes victimes de leur dévouement.
Un éboulement s'étant produit, on peut, suivant les cas, marcher vers les victimes à l'aide : 1° d'une tranchée à ciel ouvert en fouille blindée; 2° ou d'un puits vertical ; 3° ou d'une galerie de direction ordinairement horizontale. Exceptionnellement, on pourra être amené à établir une galerie à inclinaison prononcée ; mais ce n'est pas une solution recommandable, car les galeries inclinées présentent toujours de plus grandes difficultés d'exécution et de consolidation ; on doit chercher au contraire à établir des galeries légèrement ascendantes afin de
faciliter l'enlèvement des déblais, et surtout l'écoulement des eaux si on doit en redouter la présence. Très souvent on devra combiner le puits et la galerie.
4° Fouille à ciel ouvert. — Parfois, mais c'est bien rare, on peut arriver jusqu'aux personnes ensevelies en exécutant dans la masse éboulée une tranchée à ciel ouvert ; lorsqu'on a recours à une galerie, on a presque toujours intérêt à l'amorcer par une tranchée, car l'avancement à ciel ouvert est plus rapide que l'avancement souterrain.
Une fouille de ce genre, en terre meuble, doit être au moins étrésillonnée et plus souvent blindée. Nous ne reproduirons pas, au sujet de l'exécution des fouilles blindées et étrésillonnées, les détails que nous avons donnés précédemment et que le lecteur trouvera aux pages 31 et suivantes du tome II du présent traité.
2° Puits. — On trouvera au même endroit des renseignements sur l'exécution des puits blindés, renseignements auxquels on joindra utilement ceux qui sont relatifs aux puits de sondages et que nous avons consignés à la page 57 du tome I.
Les puits à section circulaire sont ceux qui, à largeur égale, exigent le moindre déblai, mais on ne peut les entreprendre que si on dispose pour le blindage de bois courbes tout préparés; aussi a-t-on recours d'ordinaire à des puits de section rectangulaire. Les dimensions minima à adopter pour le vide sont m ,80 sur l m ,30 à l m ,50, et si la profondeur est notable, il est bon de commencer par des dimensions plus fortes surtout en largeur, car on peut être amené, par les difficultés de pose des cadres et des blindages, à établir des étranglements à une certaine profondeur.
Or, pour aller vite, il ne faut point gêner outre mesure les travailleurs du fond ; une médiocre économie sur le cube à extraire pourrait engendrer en fin de compte une perte de temps considérable.
Il convient donc de résister à la tendance, ordinaire aux gens inexpérimentés, d'opérer sur de trop faibles dimensions.
Le cadre supérieur du puits, appliqué sur le sol, doit être formé de pièces de bois de m ,10à0 m ,15 d'équarrissage, se prolongeant de 1 mètre au moins au dehors du rectangle, afin de prendre sur la terre une surface d'appui suffisante; il convient de recouvrir le sol avec des planches autour de l'orifice afin d'éviter les tassements par le piétinement des ouvriers. Au premier moment il faut aussi se préoccuper de réunir tous les agrès et outils nécessaires : cordages, poulies, treuils, pioches, pelles, seaux, et même une pompe si on prévoit qu'elle pourra être utile; heureusement on peut en trouver aujourd'hui à peu près partout ou s'en procurer une avec ses tuyaux en quelques heures.
Lorsque c'est dans un puits même que l'éboulement s'est produit, ce qui arrive assez fréquemment pour les marnières, on peut se servir du puits existant et chercher à traverser l'éboulement qui l'encombre, mais on n'aura avantage à agir ainsi que si la longueur encombrée est faible, car l'établissement du passage sera toujours pénible et dangereux ; pres-
que toujours il conviendra d'établir un nouveau puits, à une distance de l'ancien suffisante pour n'être pas exposé à rencontrer la zone d'éboulement, à 7 ou 8 mètres par exemple. Le nouveau puits sera placé à l'aplomb du point probable où se trouvent les ouvriers ensevelis et, autant que possible, dans la direction où ils doivent être, afin qu'arrivé à la profondeur voulue on puisse aller les rejoindre par un bout de galerie horizontale.
A défaut de renseignement précis sur la direction à donner à cette galerie, on établit à la base du puits nouveau une galerie sur plan circulaire, que l'on peut attaquer des deux côtés à la fois; on donne à l'anneau horizontal que forme cette galerie un diamètre tel qu'il embrasse la zone dans laquelle les ouvriers doivent être nécessairement rencontrés.
« Quand un homme est pris dans un éboulement, dit M. Haton de la Goupillière dans son Cours d'exploitation des mines, on cherche de préférence à parvenir au-dessus de lui en se boisant dans le solide et pratiquant un grillage au-dessus de la partie disloquée, de manière à pouvoir la vider. Si Ton attaque, au contraire, les éboulis par dessous, sans protection, on risque de les voir couler consécutivement, comme dans une chambre d'éboulement... »
3° Galerie. — On donne aux galeries une section trapèze de l m ,30 de hauteur et de m ,90 de largeur moyenne; la hauteur l m ,30 est suffisante parce que l'ouvrier piocheur peut travailler courbé, ou, ce qui est plus commode, agenouillé.
Le boisage des galeries est analogue à celui des puits. On se sert, pour la confection des cadres, de pièces de bois avec assemblage en gueule de loup, figure 11 i. Le chef du travail doit requérir des charpentiers afin d'avoir toujours des bois en quantité suffisante tout prêts à être posés et d'éviter toute perte de temps pour les travailleurs du fond.
La galerie normale est boisée sur tout son pourtour; les parois verticales et horizontales sont soutenues par un plancher en dosses ou madriers plus ou moins serrés, suivant la nature du terrain ; quelquefois même on place un fascinage au-dessus des madriers. Ce garnissage s'effondrerait s'il n'était maintenu par des cadres transversaux rigides, dont l'espacement dépend de l'intensité de la poussée des terres; chaque cadre comprend deux montants au sommet desquels s'assemble la traverse qui supporte le toit de l'excavation ; à la base s'assemble la semelle. Souvent, celle-ci peut être supprimée lorsqu'on s'établit sur terrain solide et on engage les montants dans des trous creusés à cet effet. L'espacement de m ,80 à 1 mètre pour les cadres suffit d'ordinaire.
Le procédé de boisage que nous venons de décrire suppose que le terrain est susceptible de se tenir sur une certaine surface, correspondant par exemple à l'intervalle entre deux cadres, mais il n'en est pas tou-
jours ainsi et il arrive quelquefois qu'on se trouve en présence d'un terrain éboulera ou coulant, tel que le sable. Voici alors comment on peut opérer :
On se sert de cadres a et A, alternativement plus grands et plus petits, le chapeau et les montants des plus grands entourant en projection le chapeau et les montants des plus petits; il va sans dire que les semelles seules sont dans le môme plan. Entre trois cadres consécutifs, on glisse des madriers jointifs ef tangents extérieurement aux cadres (a) et (à) et intérieurement au cadre (a') ; on fait avancer ces madriers À grands coups de masse que Ton frappe en f et cela au fur et à mesure que la fouille s'approfondit Les madriers sont taillés en biseaux à leur extrémité, de manière à pénétrer assez facilement dans le terrain coulant.
Au fond de la fouille est un bouclier en madriers jointifs horizontaux que l'on maintient par des chandelles latérales contrebutées par des
Fig. 112.
pièces horizontales ou inclinées qui s'appuient sur les cadres postérieurs. On ne déblaye pas sur toute la surface du bouclier à la fois ; on commence par enfoncer d'une certaine quantité les madriers (ef) du toit, on enlève les planches supérieures du bouclier, puis, après avoir enlevé le sable qui est derrière, on les reporte au fond de l'excavation formée; on descend ainsi peu à peu, de manière à transporter le bouclier parallèlement à lui-même, mais par parties.
Lorsqu'on a avancé d'une longueur suffisante, on pose un nouveau cadre, et, si c'est un petit cadre, on glisse derrière de nouvelles palplanches (ef).
Ces palplanches sont coincées solidement au-dessus des petits cadres, que leurs extrémités dépassent toujours un peu.
La figure 113 fait très nettement comprendre ce système de galeries qui peut trouver son application en bien des circonstances; plus ou moins
modifié, il peut être utilisé lorsqu'il s'agit de procéder au sauvetage d'ouvriers enfouis sous un éboulement de sable.
Il est important de ne pas laisser se former de vides au-dessus du garnissage, parce qu'il peut se produire des éboulis brusques et des chocs qui écrasent les cadres et comblent la galerie; on passe alors beaucoup de temps à réparer le dommage qui peut, du reste, entraîner de graves accidents. Dans un sable fluide, il faudra donc avoir soin de rendre les palplanchcs bien jointives, et s'il existe quelque fissure, on devra la garnir avec de la paille ou des fascines.
Les bois à employer peuvent être des rondins ou des pièces demirondes de O m ,10 à 0",25 de diamètre, suivant les cas; dans la pratique, on prend ce que Ton a sous la main, fût-ce des bois équarris d'une certaine valeur.
Fig. 113.
Pour terminer une galerie et pour arriver jusqu'aux victimes sans déterminer un nouvel éboulement, on peut traverser des passages particulièrement difficiles; on peut recourir exceptionnellement à des galeries et à des cadres triangulaires deO m ,60 de base et de m ,80 de hauteur, dans lesquelles un ouvrier travaille couché sur le côté. Ces galeries ne peuvent être évidemment que de faible longueur.
Les explications précédentes suffiront, nous l'espérons, à indiquer au lecteur ce qu'il convient de faire en cas d'éboulements pour sauver les victimes. Il y a souvent chance de succès, surtout quand la manœuvre est dirigée par un homme persévérant, courageux et de sang-froid, qui impose son autorité tant aux bavards qui l'entourent qu'aux ouvriers dont le dévouement infatigable en pareilles circonstances a besoin d'une direction prudente et sage.
Procédé rapide pour l'ouverture des puits et galeries de sauvetage. — Le génie militaire enseigne dans ses écoles régimentaires les procédés pour l'exécution rapide de puits et de galeries de faibles dimensions; ces procédés sont susceptibles d'application au sauvetage des ouvriers ensevelis sous un éboulement dans des terrains sablonneux. Voici la description qu'en a donnée M. Léon Lévy, ingénieur des mines, qui, du reste, a fait en 1884, l'expérience directe du système :
« 11 s'agissait de rechercher le corps d'un ouvrier pris sous un éboulement de 15 mètres au fond d'un puits pratiqué dans les sables de Fontainebleau et dont le revêtement, formé d'une chemise de plâtre de 2 à 3 centimètres, avait cédé sous la pression du terrain. La nature de ces sables, extrêmement maigres et fluides, exigeait des précautions particulières dans la construction du puits et du rameau de sauvetage, et l'application des moyens mis en œuvre a donné des résultats assez satisfaisants pour motiver ici la reproduction presque littérale des principaux passages du manuel intitulé : École des mines.
Fig. 115.
« Le procédé est connu sous le nom de fonçage de puits à la Boule.
a On commence par établir à la surface du terrain rendu horizontal un cadre à oreilles de m ,80/0 nl ,80 dans œuvre, composé de quatre pièces équarriesde m ,10 environ de côté : deux semelles S et S'a oreilles, assemblées à tiers bois avec les chapeaux H et H'. On assure tout le système avec de la terre et on le consolide au moyen de piquets placés aux bouts et sur les côtés des oreilles. On fouille ensuite d'environ m ,30 et on place un premier cadre jointivement au cadre à oreilles (fig. 115). On continue la fouille en lui donnant autant que possible une largeur égale au hors œuvre des cadres, que l'on place au fur et à mesure de l'approfondissement. Us sont composés chacun de quatre planches qui sont assemblées de champ au moyen d'entailles de la moitié de leur largeur (fig. 116). Ces planches ont de m ,25 à m ,30 de largeur et 0",02 et m ,03 d'épaisseur. Elles portent, comme les pièces du cadre à oreilles,
des coches au trait de scie en leur milieu. Au moment de la pose de chaque cadre, on laisse descendre successivement un fil à plomb de chacune des coches du cadre à oreilles et Ton fait varier, au moyen de coins, la position du cadre que Ton pose, jusqu'à ce que le fil à plomb couvre exactement les coches correspondantes des différentes pièces. On consolide le système en rattachant par des tringles en bois clouées les faces correspondantes des cadres. Ces tringles ont communément 1-,10 à l œ ,20 de longueur, 0*,06 à m ,07 de largeur et 0*,02 à (Pfid d'épaisseur.
Fig. 116.
« Lorsque le puits doit être construit rapidement, on ne s'astreint pas à conduire la fouille exactement suivant le hors œuvre des cadres, on la tient un peu plus large et Ton consolide les cadres au moyen de coins ou de gazons que Ton introduit entre eux et les terres.
Fig. 117.
Fig. 118.
« Il arrive souvent que, le puits se trouvant creusé à la profondeur nécessaire, on soit obligé de déboucher en rameau pour marcher vers les ouvriers à retirer. L'expérience nous conduit également à recommander le procédé suivant. Il est fondé sur l'emploi de châssis coffrants disposés jointivement.
« Le châssis ordinaire se compose de quatre pièces formées de planches de m ,03 à m ,05 d'épaisseur et de m ,25 à 0*,30 de largeur assemblées à l'aide de trois tenons et d'un coin {fig. 117). Le chapeau porte à ses extrémités deux entailles ayant pour largeur le tiers de la
largeur de la planche et une profondeur égale à l'épaisseur du bois. La semelle porte également deux entailles de môme épaisseur, mais dont Tune est deO m ,03 plus longue* que l'autre» L'un des montants se termine par tin tenon à chacune de ses extrémités; l'autre ne porte qu'un seul tenon à sa partie supérieure. Pour maintenir ce dernier montant qu'on place du côté de la semelle où se trouve l'entaille la plus profonde, on enfonce dans cette entaille un coin long et mince (fig. 118).
« Le milieu de la face inférieure du chapeau et celui de la face supérieure de la semelle sont indiqués par un trait de scie. Les quatre pièces d'un même châssis doivent porter un numéro d'ordre.
a Pour changer de direction, on emploie des châssis tournants dans lesquels les montants sont de largeur inégale : il en résulte que la semelle et le chapeau semblables entre eux présentent la figure d'un trapèze. On gagne la nouvelle direction par l'emploi d'un ou de plusieurs de ces châssis.
« Pour établir l'ouvrage, on enlève, s'il est nécessaire, le dernier cadre coffrant posé, on déblaie l'emplacement de la semelle du premier châssis et on la pose de manière qu'elle soit bien de niveau, sa coche exactement dans Taxe du rameau et la face antérieure affleurant dans œuvre du puits. On achève la fouille en enlevant, au besoin, un nouveau cadre à la Boule, et on procède à l'assemblage du châssis. A cet effet, on pose celui des montants qui a deux tenons, puis le chapeau, dont on engage l'entaille dans le tenon supérieur du montant placé. Le mineur, soutenant alors ce chapeau avec la tête et les épaules, saisit le deuxième montant qu'on lui passe, engage son tenon supérieur dans l'entaille du chapeau et achève de le mettre en place en s'aidant de ses outils jusqu'à ce que le montant soit à peu près vertical. Il ne reste plus qu'à enfoncer dans l'entaille de la semelle le petit coin qui sert à maintenir le montant dans sa position.
(( Le premier châssis posé, on pose les suivants jointifs au fur et à mesure que leur emplacement est préparé, et de manière que les coches des semelles soient exactement dans l'axe du rameau et que leur face supérieure se trouve dans un même plan. On assure les semelles dans cette position en damant fortement les terres.
(t On voit que l'exécution de ces ouvrages ne comporte que des ressources en bois et en main-d'œuvre que Ton trouve réunies dans presque toutes les localités. C'est là un nouvel avantage susceptible d'en étendre l'application ».
Cependant, il serait imprudent d'en poursuivre l'application au delà de 15 à 20 mètres de profondeur dans de mauvais terrains; le boisage avec cadres deviendrait alors préférable*
Travaux entrepris pour le sauvetage d'un puisatier enseveli à Seruialse. — Le hameau de Blancheface, commune de Sermaise, près de Dourdan (Seine-et-Oise), est établi sur un plateau formé par l'argile à meulière et le calcaire lacustre de Beauce surmontant les sables de Fontainebleau. On trouve à la surface du sol quelques mares qui tarissent en été; mais, vu l'extrême perméabilité des cou-
ches sous-jacentes, il n'existe point de sources dans le pays et les puits doivent descendre jusqu'au niveau de la nappe continue qui se rencontre dans les sables ; e'est cette nappe qui alimente tons les puits de la Beauce et qui subit des variations lentes commandées , ainsi que Ta montré Bel grand, par la plus ou moins grande humidité des saisons froides.
Pour alimenter la commune de Sermaise, le conseil municipal décida, en 1887, le forage d'un puits de i m ,80 de diamètre, qui devait atteindre la nappe souterraine à une profondeur de 60 à 70 mètres ; un entrepreneur soumissionna le travail à 60 francs le mètre courant, y compris le revêtement en maçonnerie de m ,22 d'épaisseur et céda l'exécution, moyennant 30 francs le mètre, à un puisatier belge, nommé Dutilleux, les fournitures restant à la charge de l'entrepreneur.
Commencé en décembre 1887, le forage était terminé à la fin de mars 1888 et la nappe d'eau était atteinte; la profondeur du puits devait être de 71 mètres, d'après l'entrepreneur, et de 65 m ,80 d'après l'architecte; on avait traversé les argiles et les marnes sur environ 22 mètres et le sable sur le reste ; au fur et à mesure de la descente, le puisatier avait consolidé les parois au moyen de branches flexibles dressées en hélice sur tout le pourtour de l'ouvrage et sur la hauteur des argiles et des marnes ; dans les sables, il avait appliqué sur les parois des planchettes de 1 mètre de long, m ,10 à 0,15 de large et 0*\025 d'épaisseur, maintenues par des feuillards en fer de m ,07 sur O m ,OI2. Il y avait tous les mètres, un de ces feuillards formant anneau intérieur et fixé par crochets à vis sur quatre planchettes opposées deux à deux et garnies d'une armature en fer, cette armature reliant la planchette de l'étage inférieur à la planchette correspondante de l'étage supérieur.
Dans les premiers jours de mars 1888, Dutilleux commença à élever la maçonnerie en briques, montée sur un rouet posé au fond du puits. Le 19 avril, le revêtement s'élevait à 34 mètres selon l'architecte, 37 mètres selon l'entrepreneur. Dutilleux travaillait sur un plancher à claire-voie installé sur la maçonnerie, et à 3 mètres au-dessous devait se trouver un plancher jointif destiné à arrêter les matériaux et les débris qui s'échappaient.
A quatre heures et demie du soir, l'enlèvement de quelques planchettes garnissant les parois détermina un éboulement et le plancher à claire-voie fut recouvert d'environ 1 mètre de sable ; le puisatier se fit remonter. Mais le 20 avril, à cinq heures et demie du matin, il vint reprendre son travail ; l'afflux de sable avait augmenté pendant la nuit; deux fois Dutilleux se fit remonter pour prendre des étais; la seconde fois il se fit attacher par une commande sur la corde du treuil et descendit les pieds dans le baquet; peu après, vers six heures, il demanda subitement de le remonter, un nouvel éboulement venait de se produire; mais, à peine le treuil avait-il tourné de 2 mètres qu'un éboulement considérable se produisait à la profondeur de 21 mètres, au contact des marnes et des sables; le puisatier se trouvait pris entre les deux éboulements et tous les efforts exercés par quinze hommes à la fois sur les manivelles du treuil, ne parvinrent pas à le dégager.
Ce jour-là on ne fit rien ; le soir même, M. Léon Lévy, ingénieur des mines, chargé de l'arrondissement, prévenu par M. le préfet, se rendit sur les lieux, et c'est à lui que nous devons les renseignements qui vont
Fig. 119.
suivre : arrivant à onze heures du soir, il constata tout d'abord que, d'après l'avis unanime des assistants, le puisatier ne devait pas avoir survécu; néanmoins il commanda un approvisionnement de bois et, faute d'ouvrier, dut remettre le travail au lendemain.
Le 21 au malin, M. Lévy descendit dans le puits et reconnut l'état des lieux, que représente le croquis ci-contre; une cloche d'environ 2 mètres s'était formée à la base de la marne ; la corde était prise dans la masse et le baquet devait se trouver à environ 3 m ,50 au-dessus du premier plancher, c'est-à-dire à 28 m ,30 de la surface d'après les données de l'architecte, ou à 30 n ,50 d'après celles de l'entrepreneur. En fait, il fut reconnu plus tard que les deux estimations étaient inexactes, car le baquet s'était détaché de la corde, et des deux planchers un seul existait, à 33 mètres de la surface.
M. Lévy résolut de boiser le puits du haut en bas pour aller à la rencontre du puisatier; la certitude de la mort de ce dernier étant presque absolue, la municipalité désirait voir les travaux de sauvetage combinés avec les travaux de conservation du travail effectué.
H fallait d'abord combler la cloche avec des fascines pour arrôler Téboulement; on finit par trouver un puisatier de bonne volonté qui descendit avec l'ingénieur et les gardes-mines. La cloche comblée, on jeta dans le puits des fagots et des bottes de paille pour remplir jusqu'au niveau 18 mètres au-dessous du sol ; à ce niveau se trouvait un banc de calcaire dur pouvant servir d'assiette pour un cadre à oreilles destiné à supporter le futur boisage descendant ; les bois étaient pendant ce temps préparés à la surface. L'après-midi arrivait un détachement de soldats du génie sous la direction du lieutenant Pierrot; dès lors le travail pouvait marcher avec ordre et rapidité.
A trois heures de l'après-midi, on posa le cadre à oreilles, formé de chevrons en chône de m ,15 d'équarrissage, et les oreilles étaient engagées de 0°\20 dans la roche. À minuit le cadre était posé et relié par des tringles à un autre cadre placé l m ,50 plus haut.
Le 22 on reprit le travail; pour gagner du temps, on ne monta pas le nouveau coffrage jusqu'au niveau du sol, comme on l'avait prévu tout d'abord et on commença à descendre à partir de la cote 18; les cadres étaient placés tous les mètres et soutenaient des coffrages jointifs, le tout en chevrons de sapin de m ,10 d'équarrissage et en planches de O m ,03 d'épaisseur.
Le cadre en chêne devant servir de faux cadre pour la pose du coffrage, on plaça à l'intérieur un cadre en sapin de l m ,12 dans œuvre; de la paille et des fascines étaient introduites entre le terrain et le coffrage, qui se trouvait serré par ce remplissage ; grâce aux fascines on pouvait poser le cadre inférieur avant d'introduire les planches du coffrage.
Le 22 au soir on était à la cote 19. Le lendemain matin, M. Lévy constata qu'un éboulement s'était produit vers la profondeur 10 mètres et qu'une poche de m ,58 s'était formée ; il résolut alors de boiser tout l'ouvrage, au moyen d'un système de cuves en bois qui lui avait déjà fourni d'excellents résultats dans une autre circonstance. Ces cuves, de 2 à 3 mètres de long, ont des douves en sapin de 3 centimètres d'épaisseur, clouées sur cadres en chône de O m ,05 d'épaisseur à pourtour circulaire, et les cadres sont reliés aux angles par quatre chevrons de 0",10 d'équarrissage; on peut du reste suspendre la colonne de cuves à un fort cadre posé sur le sol, de manière à ne pas charger le fond.
Le cuvelage entier fut posé de cinq heures du matin à sept heures du soir; les sapeurs purent alors se remettre avec confiance au travail du fond, le contact de toutes les cuves étant bien assuré à l'aide de coins. u Telle a été, dit M. Lévy, la solidité du système que, jusqu'au dernier jour du sauvetage, soit pendant trois semaines, aucune pièce n'a subi un mouvement appréciable ».
Le travail d'approfondissement, repris le 24, conduisait le soir même à la profondeur de 21 mètres; on avait fait 2 mètres seulement dans la journée, à cause des précautions à prendre pour le garnissage des parois.
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Fig. 120.
Le 25, on avait passé l'entonnoir, on entrait dans la marne éboulée et on arrivait à 23 mètres.
Le 26, après avoir traversé quelques blocs de grès durs, on entrait dans les sables boulants, il fallait rapprocher les cadres à m ,50 et battre les planches du coffrage avant de déblayer; on parvint jusqu'à la cote 24 m ,30 avec beaucoup de difficulté, car le sable rentrait par le fond de la fouille, comme une masse liquide cherchant à reprendre son niveau hydrostatique.
A cette cote, on rencontra les premières planches du coffrage primitif et bientôt un fouillis de feuillards brisés ou tordus; tout effort exercé sur cette masse déterminait un nouvel éboulement et la solidité des
parties supérieures parut bientôt compromise ; les travailleurs perdirent courage et, comme personne ne mettait en doute la mort du puisatier, puisqu'on n'avait entendu aucune plainte, aucun bruit, on décida d'abandonner le travail.
Le 28 avril au matin, on entendit des appels de Dutilleux et on se hâta de prendre des mesures pour se mettre en relations avec lui; l'entrepreneur avait cherché dans l'intervalle à approfondir la fouille en maintenant les parois avec une chemise en plâtre, qui ne tarda pas à se rompre lorsqu'on eut atteint la côte 25",50.
Sur un plancher provisoire, au-dessus de la chemise de plâtre, on installa un petit matériel de sondage manœuvré par les ouvriers de la maison Lippmann. On disposait d'une tarière et de deux cuillers, et, les sapeurs ayant été répartis en trois escouades travaillant chacune huit heures, on put poursuivre le forage sans interruption. Deux premiers sondages furent arrêtés par des obstacles qu'on ne voulut point réduire par le trépan, tout choc pouvant compromettre l'équilibre instable d'une masse aussi mobile; le troisième sondage arriva à l m ,50 de Dutilleux, ainsi que lui-même le ût connaître; enfin, bien que l'éboulement gagnât et que l'on eût été obligé de se réfugier sur un échafaudage à 6 mètres du fond, un quatrième sondage parvint jusqu'au puisatier dans l'aprèsmidi du 29 ; on put alors lui faire parvenir une bougie et des aliments et converser avec lui ; il fit savoir qu'il était sur un plancher, et, comme la sonde parvenait à la cote 33 mètres, on le crut réfugié sur le deuxième plancher jointif signalé par l'architecte et protégé par une certaine hauteur de maçonnerie; malheureusement il n'en était rien, le second plancher n'existait que dans les prévisions. Dutilleux se trouvait sur l'unique plancher installé au sommet de la maçonnerie.
Mais le trou de la sonde se bouchait peu à peu, et il fallait le tuber pour le maintenir ; le tubage offrait de grandes difficultés à cause des obstacles rencontrés ; il fallut le recommencer à plusieurs reprises. M. Lévy parvint cependant à faire entrer un nouveau tube en le bouchant à la base par un bouchon conique en bois qui écartait les feuillards comme aurait fait un coin.
A quatre heures de l'après-midi, le lendemain, la communication était rétablie; mais Dutilleux ne répondait plus guère et semblait devenir indifférent. Dans la matinée du 1" mai, il cessa de donner signe de vie. Au cours de l'opération, il s'était plainj, de l'envahissement des sables.
Deux ouvriers restèrent néanmoins près du trou de sondage ; le 4 mai, on constata que le passage était intercepté ; le trou fut refait et tube solidement avec un tube en fer qu'on enfonça au risque de provoquer de nouveaux éboulements, risque moindre que celui de l'asphyxie pour l'ouvrier enseveli.
Le 29 avril, M. Lévy, ayant déterminé la position exacte du puisatier, et reconnu l'impossibilité d'arriver à lui directement, proposa d'entreprendre un puits latéral, qui fut commencé le 1 er mai.
Le nouveau puits fut ouvert à 7 mètres de l'ancien, distance mesurée d'axe en axe, en dehors de la zone des éboulements ; il reçut une section
carrée avec i m ,12 de largeur en œuvre, ce qui donna, en ajoutant deux fois m ,10 pour les cadres et deux fois 0",03 pour le coffrage, une largeur hors œuvre de l m ,38; deux hommes pouvaient travailler au fond de cette large section ; la fouille fut poursuivie par le procédé
Fig. t*i.
rapide, familier aux sapeurs du génie, que nous avons décrit précédemment et qui est enseigné dans le manuel intitulé : Ecole de mines.
Le premier cadre appliqué sur le sol était un cadre à oreilles, en chêne, de O^iS d'équarrissage, avec semelles de 2 m ,40 ; on parvint à une profondeur de :
2 mètres le l ,r mai au soir.
3» ,30 le 2 -